Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 7 décembre 2013.

Charles A. BENNETT / O-729796
261 Otis Street, Santa Cruz, Californie, USA
Né le 12 février 1917 en Californie / † 26 novembre 1993 à Venice, Floride, USA
1st Lt, USAAF 91 Bomber Group, 323 Squadron, pilote
Atterri entre la Stockheide et la Van Der Stokkenstraat, près de la ferme "Ter Hoeve" à Wolfsdonk, au nord-ouest de Testelt, Brabant, Belgique.
Boeing B-17F-BO Flying Fortress, n° série 42-29559, OR-Q / "STUP'N'TAKE-IT", abattu le 17 août 1943 lors d'un raid sur Regensburg et Schweinfurt.
Ecrasé près de Testelt (Diest) au nord-est de Langdorp, Brabant, Belgique.
Durée : 6 semaines et demi
Passage des Pyrénées : le 03 octobre 1943 (arrivée en Espagne le 5 octobre, selon le rapport de Bennett…)

Informations complémentaires :

Rapport de perte d’équipage MACR 278. Rapport d'évasion E&E 223, disponible en ligne.

Le B-17 décolle de Bassingbourn vers 11h30 heure anglaise. L'appareil est sérieusement endommagé (deux moteurs de gauche mis hors d'usage) lors d'une attaque d'une trentaine de Focke-Wulf au-dessus de l'Allemagne et doit rentrer à sa base. Le Me 110 du II./NJG1 basé à Saint-Trond, piloté par le Lt Walter Barte, est crédité de son abandon par l'équipage au-dessus de Testelt. Charles Bennett indique qu’un obus de 20mm explose dans le poste de pilotage. Il blesse sérieusement son copilote Stanley Dahlman, Bennett étant touché à la jambe par des éclats du projectile. Bennett ajoute qu’il aide Dahlman, sonné, à terminer d’endosser son parachute et qu’il le pousse vers la trappe d’évacuation mais qu’à ce moment-là, le B-17 explose et Bennett est expulsé du cockpit par l’explosion de l’avion en plein vol. Stanley Dahlman n’en réchappera pas. Revenu à lui, Bennett aperçoit six autres parachutes durant sa descente.

Le 2nd Lt Stanley A. Dahlman, 22 ans, ainsi que l’opérateur radio le T/Sgt William J. Barrett et le mitrailleur gauche le S/Sgt Thomas J. Hunt seront d’abord inhumés tous trois au cimetière de la base militaire de Sint-Truiden / Saint-Trond et, immédiatement après la guerre, au cimetière américain de Neuville-en-Condroz. Seul William Barrett repose encore là, les restes de Stanley Dahlman et de Thomas Hunt ayant été rapatriés aux Etats-Unis à la demande de leurs familles.

Quatre autres hommes, gravement blessés, seront arrêtés par les Allemands et soignés à l’Hôpital Bordet à Bruxelles : le bombardier 1st Lt Maurice J. Sullivan, le mitrailleur droit Sgt Robert G. Gaynor, le mitrailleur ventral Sgt John F. Greager (qui avait également été expulsé de l’appareil lors de l’explosion et avait brièvement vu Bennett après leur atterrissage) et le mitrailleur arrière S/Sgt Edward P. Troy. Après leur guérison, ils passeront par le centre d’interrogation Dulag Luft à Oberursel près de Francfort avant d’être internés dans divers Stalags (Edward Troy, qui avait perdu son oeil gauche lors des tirs de Me110 et qui, malgré sa blessure, était resté à son poste en mitraillant les attaquants, a été rapatrié avant la fin de la guerre dans le cadre d’un échange de prisonniers. Il a été décoré de la Distinguished Flying Cross pour son acte de bravoure lors de la mission).

Outre Charles Bennett (la présente fiche), deux autres membres de l’équipage parviendront à s’évader : le mécanicien/mitrailleur dorsal Ford Cowherd et le navigateur Adrian Van Bemmel. Ce dernier se fera par contre arrêter juste avant de passer la frontière franco-espagnole.

Charles Bennett atterrit vers 15h00 dans la ferme de VAN DE WEIJER, Vanderstokken Straat à Ter Hoeve (Hoeve à Testelt). Tout le monde vient le saluer. Son mitrailleur ventral, le Sgt John F. Greager, un bras cassé et blessé, le rejoint. Il lui dit que le mitrailleur droit, le S/Sgt Robert F. Gaynor avait la jambe cassée. Quand les Allemands arrivent, Bennett court se cacher dans les bois.

Le fermier le retrouve et lui dit de le suivre. Ils atteignent Wolfsdonk où on lui donne de vieux vêtements et ils vont au café du village. Deux hommes les y attendent déjà. Il mange et boit et ils attendent jusqu'à la nuit chez Alfons VERBRUGGEN au 284 Herseltsesteenweg, quartier "Ourodenberg" à Herselt au nord d'Aarschot. Selon un rapport d’activités du couple Jozef CLAES-STANS (voir ci-dessous) que nous a transmis en novembre 2012 leur fille Magda Claes, c’est Frans VERBRUGGEN, Madestraat à Ramsel (un peu au nord d’Aarschot), qui avait amené Bennett chez Alfons VERBRUGGEN. Ce dernier donne à Bennett de quoi manger avant de le remettre à une Mme L. PEETERS.

Le soir du 17 août 43, Bennett va en vélo avec deux hommes, Frans GEYSKENS, du 85 Leuvensestraat à Aarschot et Jozef CLAES, chef de police adjoint de la localité, jusqu’à la maison de ce dernier au 148 Leuvensestraat à Aarschot. Jozef (Joseph) CLAES parle un peu d’anglais et son épouse Maria, née STANS, soigne la jambe droite de Bennett, blessée par des éclats, de même que ses nombreuses égratignures. [ Jozef CLAES, né le 1er avril 1908 à Mol, a été arrêté chez lui par la Gestapo le 13 octobre 1943 et fusillé à Brasschaat le 30 novembre 1943.]

Les CLAES sont prévenus par Jules ROELANTS qu’un autre aviateur venant de Langdorp va arriver chez eux et, effectivement, Van Bemmel, qui parle assez couramment le flamand, arrive tard dans la soirée. Van Bemmel avait vu Cowherd sain et sauf, avec le mitrailleur Troy gravement blessé et constaté qu’ils avaient dû se séparer à l'arrivée des Allemands. Le 18 août, Cowherd est amené par des résistants.

Selon le récit de Maria CLAES, dans l’après-midi du 17 août, Cowherd, Bennett et Van Bemmel quittent la maison de ces derniers, guidés à vélo par Maria, précédée sur la route par Jos CLAES (fils de Leon CLAES et n’ayant aucun lien de parenté avec Jozef…) Toujours selon Maria, arrivés vers 15h00 à l’église d’Aarschot, ils rencontrent Désiré MERTENS, son père George MERTENS et Frans STORMS, tous trois membres du Front de l'Indépendance de Louvain. Maria les quitte alors et les voit prendre à vélo la direction de Betekom, à l’ouest d’Aarschot. Le groupe arrive finalement à Boortmeerbeek où Bennett va loger chez une famille aisée. Van Bemmel et Cowherd vont chez les VANDERHOEVEN (Englebert, Eugene et Maria VANDERHOEVEN, Beringestraat, Boortmeerbeek.)

Quatre jeunes hommes armés de fusils viennent chercher Bennett le lendemain pour le conduire chez une dame âgée et sa servante. Il est bientôt rejoint dans cette maison par Van Bemmel, mais celui-ci n’y reste que 8 jours, Bennett y étant hébergé pendant une quinzaine, jusqu’au 3 septembre selon le rapport de Bennett.

Cowherd, qui se trouvait au 114 Warotstraat à Winksele chez Jules VERVOORT, sa femme et ses deux filles, retrouve Bennett le 3 septembre alors qu’il est en route à vélo vers Malines. Leurs guides sont à nouveau Frans STORMS, George MERTENS et Désiré MERTENS. A Malines, les deux aviateurs sont logés chez le prêtre de la paroisse de Hanswijk, Désiré STORMS, sans lien de parenté avec Frans.

Après quelques jours, "Lily" (Aline DUMONT = aussi "Michou") vient les chercher chez le prêtre à Malines pour les mener en train ("chez elle" à Bruxelles, selon Bennett). Ils sont logés dans un flat de la Rue Royale, chez deux dames parlant anglais.Le rapport de Cowherd dit que c’est chez sa logeuse qu’il a rencontré "Lilly", connectée avec l’organisation.

Les archives de Comète nous apprennent que Bennett et Cowherd ont passé 17 jours par le centre de rassemblement chez Hélène CAMUSEL au 160 Rue Marie-Christine à Laeken, du 10 au 27 septembre (selon des archives), jusqu’au 23 septembre selon le rapport de Bennett…

Le 27 (23...) septembre, un guide (Georges ARNOULD, ou "Albert le patissier") les conduit à Tournai en train. De là, il les guide en tram à proximité de la frontière (au passage de Rumes). Une jeune Française (Henriette HANOTTE, une Belge née en France) les y attend et les conduit au soir chez le douanier Maurice BRICOUT et sa femme Rachel, à Bachy en France.

Bennett rapporte que le lendemain matin, ils ont marché pendant 2 heures jusqu’à Lille, mais cela paraît peu vraisemblable, non seulement vu la distance, mais aussi de par le circuit généralement emprunté depuis Bachy. Il est donc plus que probable qu’ils ont marché jusqu’à la gare de Cysoing, d’où ils ont pris vers 09h00 un train vers Lille. Arrivés là, ils quittent la gare avec un grand guide aux cheveux foncés qui les mène à Paris.

Un dénommé "Georges, le chef de l’organisation" (Jacques le GRELLE) les y prend en charge et les interroge avant de les remettre à une dame de petite taille (1m50), d'environ 50 ans (Germaine FLACHET). Elle les conduit en Métro de l'autre côté de la ville, où un Albert, environ 30 ans, les prend dans son appartement au 3e étage à la Rue Oudinot où il habite avec son épouse Georgette et leur fille de huit ans (près de chez Aimable FOUQUEREL). Sa mère et sa sœur leur rendent des visites. Après deux jours, Bennett va ailleurs et Cowherd est rejoint par Roy Claytor, pilote de B17 abattu lors du même raid. Par la suite, Cowherd et Claytor voyageront ensemble.

Le lendemain de l'arrivée de Claytor, le 1er octobre selon le rapport de Bennett, après 6 jours passés là par lui et tandis que Cowherd et Claytor restent dans cet appartement, Bennett seul est donc pris en charge par un homme d’environ 1m60, portant des lunettes cerclées de corne avec un pince-nez, un ancien employé d’Universal Pictures. Bennett et son guide se rendent à la Gare d’Austerlitz et voyagent en troisième classe jusque Dax. Dans le même train, Bennett rencontre d'autres fugitifs : William Hooker, Joseph Aquino et Joseph Walters.

En gare de Dax, ils sont rejoints par Kenneth Fahncke et le Néo-Zélandais Roy Hodge.

On les attend à la gare et ils vont en vélo à Bayonne où ils rencontrent Elvire DE GREEF. Le groupe loge à Sutar, faubourg de Saint-Jean-de-Luz, à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA.

C'est la 60e traversée de Comète. Son groupe passe par Larressore avec Jean-François NOTHOMB et Marcel ROGER avec Denise HOUGET. De là, leurs guides basques les emmènent à Jauriko borda.

Bennett, Hooker, Aquino et Walters passent par Irun, où ils rencontrent le consul des Etats-Unis le 7 octobre (sic rapport de Bennett) et arrivent sains et saufs à San Sebastian.

Hooker, Aquino et Walters quittent le consulat de Bilbao le lendemain de leur arrivée. Bennett ne part qu'une semaine plus tard, et n'arrive à Gibraltar que le 10 novembre, alors que Claytor et Cowherd se trouvent déjà en Angleterre. Bennett est interrogé le 11 à Gibraltar par un capitaine Britannique de l’I.S9 et apprend que Adrian Van Bemmel s'est fait arrêter à Saint-Jean-de-Luz par les Allemands. Van Bemmel se trouvait en compagnie d'un écossais, Bryce Domigan, un autre fugitif depuis Aarschot.

Charles Bennett quitte Gibraltar en avion le 19 et arrive le 20 novembre à Bristol en Angleterre. Après un long débriefing, un membre de son escadrille vient le prendre en charge et Bennet rentre ensuite aux USA.

Le récit du raid et d'autres photos de l'équipage se trouvent à http://www.91stbombgroup.com/91st_info/schweinfurt_raid.pdf.


Quelques membres de l’équipage de Charles Bennett apparaissent sur cette photo prise le 14 mai 1943 de l’équipage du 2nd Lt Charles Silvernail, dont il avait été copilote lors de missions précédentes.
A l’arrière, Robert G. Gaynor, 3ème depuis la gauche ; William T. Barrett, 5ème depuis la gauche.
Devant : Adrian Van Bemmel à l’extrême gauche ; Charles Bennett, 2ème depuis la gauche ; Maurice J. Sullivan à l’extrême droite (Photo USAAF).


Le 23 ou le 26 septembre 43 au passage de Rumes:
De gauche à droite : un prisonnier ukrainien évadé, Charles Bennett, Georges Arnould, un second Ukrainien, Ford Cowherd.
Accroupis devant : Henriette Hanotte et Jules Thomé. (photo Henriette Hanotte).

Mot de remerciement de Bennett dans le carnet de Pierre Elhorga.


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters