Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 24 septembre 2013.

William Francis CATLEY / 1330807
41 Klea Avenue, Clapham, London SW4
10 avril 1921 à Blackwood, South Wales / † en 2001.
Sgt, RAF Bomber Command 77 Squadron, opérateur radio et mitrailleur
Zone d'atterrissage : près de Clavier, un peu au sud-est de Modave, Province de Liège, Belgique.
Handley Page Halifax B II N° série : JD371, immatriculation KN-O abattu par l'Oblt. Martin Drewes, Commandant du 11./NJG1, dans la nuit du 27 au 28 août 1943 lors d'un raid sur Nuremberg
Ecrasé Rue Survillers, à environ 1 km au sud de Modave, Province de Liège, Belgique
Durée : 8 semaines
Passage des Pyrénées : le 24 octobre 1943

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3316/1598 complet.

Le Halifax décolle à 22h30 de Elvington, largue ses bombes sur l'objectif et à mi-chemin du vol de retour, à hauteur de la frontière germano-belge, non loin de Darmstadt, il est attaqué par un chasseur. L'Oblt Martin Drewes est crédité de cette victoire, ayant touché le Halifax à 03h19 (heure continentale) à une altitude de 5300m au sud de Modave. Un violent incendie se déclare à bord et le pilote F/Sgt Augustine Brannigan (RCAF) donne l'ordre d'évacuer. Afin d’éviter que l’appareil ne s’écrase sur Modave et ne provoque une catastrophe, Brannigan et son copilote Rodgers maintiennent l’appareil en vol et manoeuvrent pour qu’il s’éloigne du village. N’ayant plus assez d’altitude, l’appareil s’écrase dans une prairie à Survillers.

Le pilote Brannigan, le copilote Sgt Ronald Rodgers (RCAF), le bombardier F/Sgt Peter Rowland Humphries, le mécanicien Sgt James Seaforth Silver (RCAF) et le mitrailleur dorsal Sgt Alexander George Templeton trouveront la mort. Ils reposent tous les cinq au Heverlee War Cemetery près de Leuven / Louvain.

Outre William Catley, qui avait été sérieusement blessé lors d’une mission sur Cologne dans la nuit du 28 au 29 juin, deux autres membres de l'équipage parviendront à s'évader : le mitrailleur arrière William Palmer et le navigateur Arthur Beard.

William Catley perd ses bottes alors qu’assis sur le bord de la trappe d’évacuation, se préparant à sauter, le Halifax pique soudainement vers le bas. Il est propulsé au sol sous la table du navigateur, reprend ses esprits, parvient à quitter l’appareil et, après une ouverture tardive de son parachute atterrit dans la boue d’un champ à Clavier vers 02h15 (heure anglaise) le 28 août. Durant sa chute il avait pu apercevoir l'appareil en train de brûler. Il cache son parachute et sa Mae-West dans une haie avant de marcher 4 à 5 Km, . Il a le visage griffé et marche très difficilement, ayant une contusion à la cheville droite. Il aperçoit des gens travaillant aux champs et leur crie "RAF". Un garçon court vers lui, lui dit de rester là, et revient un peu plus tard avec de la nourriture. Il reste caché dans ce champ jusque 22h30, heure à laquelle le garçon revient pour le guider à la ferme de ses parents à Les Avins. La famille de Joseph LEHAIRE l’héberge pendant deux jours et lui remet un habit civil complet et une paire de sandalettes en fin cuir qu'il portera jusqu'en Espagne. Le 29 vers 15 heures, la maison est fouillée par des Allemands. Il se cache dans le grenier et passe dans une grange où il reste quelques heures. La nuit suivante, il est déménagé chez le frère de son logeur pour deux jours de plus.

Beard rapporte que le 1er septembre il est guidé vers un autre endroit où son évasion est arrangée. Il ajoute qu'il part ensuite à vélo au château de "Vylle" à Modave et reste chez le comte " DEMUR " qui parle anglais. Il s'agit en fait du comte Alphonse de MEEÛS (1859-1944), propriétaire à l'époque du château de Vyle-et-Tharoul, près de Marchin. Après son décès, sa veuve, Marie-Thérèse de VILLERS sera cataloguée Grade 5 (voir à http://evasioncomete.org/TxtAwards.html ), leurs filles Marthe et Germaine étant nommées dans la distinction attribuée à l'ensemble de la famille. Bien que le rez-de-chaussée soit utilisé comme mess d'officiers par les Allemands et que la servante ait apparemment de bons contacts avec les occupants, Catley loge six (ou 9 ?) jours au château.


Cette photo, que nous a transmise Marc LAMBOTTE, montre de gauche à droite les trois sœurs de MEEÛS :
Marthe de Meeûs, Marie-Thérèse de Masbourg et Germaine de Meeûs
(la personne à l'arrière étant vraisemblablement la "servante" du château),
qui cachèrent William Catley dans le château de Vyle.

Le 07 septembre, vers 07hr30, on le guide à pied pendant 3 Km vers une petite gare à voie unique (vraisemblablement à Pont de Bonne). Après un trajet jusqu'à Huy en tram vicinal n°126, nouvelle marche de 2 Km à pied dans Huy le long de la Chaussée de Liège pour arriver dans la maison d'un prêtre, M. "Currin (?)", qui parle assez bien l'anglais et qui était un ancien officier aumônier de l'Armée Belge. Il doit s'agir de l'Abbé CURRIE, de Huy, figurant, sans autres détails, dans la liste des helpers constituée après le conflit en vue de l'attribution de récompenses. Selon une autre source, ce prêtre serait Henri FRANCOTTE...

Catley est visité là par un homme qui lui fait remplir un Form E et prélève deux des photos de son kit d'évasion. Ce Form E, conservé à Bruxelles, porte la mention "reçu de ALAIN (PF280), F/1". Après environ trois jours, le 17 septembre, un autre homme vient le voir et Beard lui remet ses deux dernières photos. L'homme revient par après avec une carte d'identité pour Beard, établie au nom de Karl Willy Lin..., un employé d'une usine de moteurs à Bruxelles. Une autre source indique qu’à Huy, Catley a reçu (de qui ?) de faux papiers où il était repris comme étant François Lehaire, mécanicien en machines à écrire…

Le 21 septembre vers 09 heures, l'aumônier le conduit chez un membre de la Résistance à Huy et une fille (Aline DUMONT) vient l'y prendre pour le guider jusque Bruxelles via Namur. Ils prennent alors plusieurs trams dont le dernier est le n° 10, jusqu'à un terminus au Nord de Bruxelles. Là, il est logé chez un docteur jusqu'au 27 septembre.

Aline DUMONT vient reprendre Beard le 27 et le conduit à une gare où un homme le mène chez Marc DELCAMPE, un peintre en bâtiments (et membre du module de logement de René PIRART) au 290 Rue des Coteaux à Schaerbeek. Son épouse est en Angleterre et sa maison sert d'abri aux évadés. Catley y retrouve Arthur Beard et William Palmer, de son équipage. Ces deux derniers étaient restés ensemble 5 ou 6 jours chez Marc DELCAMPE. Une autre source place ces retrouvailles des trois hommes chez Henri PARMENTIER et son épouse (75 Avenue du Prince Héritier à Woluwé-St Lambert). Par ailleurs, dans une lettre adressée à Catley par René PIRART le 28 novembre 1945, PIRART dit que Catley ne se souviendrait pas de son nom, mais bien du chapeau du « Professeur » (PIRART) qu’il portait lors de promenades en rue avec Carlyle Darling, parti vers le Sud quelques jours avant Catley…

Le 28 septembre à 06 heures, Aline DUMONT guide Palmer et Catley jusque Mons par le train. Beard, ainsi qu'un navigateur qu'il ne connaît pas (Peter Smith), y sont conduits par un autre guide. A Mons, tous prennent un autre train pour la frontière. Après un voyage de cinq minutes en tram vicinal jusqu'à Erquennes, les guides les amènent chez un douanier (François BOURLARD), Catley et Palmer restant chez BOURLARD jusqu'au lendemain. Henriette HANOTTE est de ce passage, avec Georgette DIEU.

Catley et Palmer restent chez BOURLARD jusqu'au 29 septembre à 07h00, tandis que Beard et Smith étaient partis la veille à 19 heures. Chez ce douanier, Catley remet sa carte d'identité belge et en reçoit une française. Le douanier et un autre guide les passent en France, et ils retrouvent les autres à la gare de Villers-Sire-Nicole, au Nord de Maubeuge. Ils y prennent un train à 09 heures. Un jeune homme prend Palmer et Catley en charge jusque Paris, changeant de train à hauteur de Saint-Quentin.

Le nom de Catley est repris sur une liste d'aviateurs aidés établie par Amanda STASSART.

Palmer, Catley et leur guide (Amanda, vraisemblablement) arrivent à Paris vers 15 heures. Ils sont conduits dans un petit parc et y rencontrent un homme grand, qui parle anglais et qui leur est indiqué comme étant le chef du réseau, ainsi qu'une femme grisonnante. Le chef leur pose quelques questions techniques. Il passe alors Palmer et Catley à la femme (Germaine FLACHET) qui les prend en Métro jusqu'à la station Nation, puis les emmène à pied chez le docteur "Piquite" (le Dr PIGUET au 28 Rue Gay-Lussac à Paris Ve), où Palmer reste environ une semaine. Catley ne part pas en même temps que Palmer et Beard, qui quittent Paris le 02 octobre.

Catley part quatre jours plus tard, après que le docteur ait reçu une lettre anonyme lui disant de se débarrasser de lui. Il va ainsi chez un ou une pédicure pour une nuit, puis dans l'appartement d'un coiffeur, où il reste jusqu'au 16 octobre. Germaine BAJPAI-FLACHET (Catley s'en rappelle comme Mme "Gerdan") le reprend à cette date, et il rencontre Robert Kellow à la gare. A partir de là, le récit des deux hommes devient identique.

Accompagnés d'une guide, Catley et Kellow montent dans le train à destination de Bordeaux. Ils signalent deux Américains également à bord (ce sont Robert Muir et Mike Fleszar). Le groupe échappe aux contrôles et, arrivés à Bordeaux, un homme (probablement Jean-François NOTHOMB) les mène en train jusque Dax où tout le groupe sauf un des Américains pédale jusque Bayonne. L'Américain, qui ne sait pas rouler à vélo, les rejoint en train à leur hôtel. On signale que Catley et les autres ont été guidés à vélo de Dax à Bayonne par Jeanine DE GREEF.

Le 23 octobre, les quatre hommes quittent la France avec deux guides, rejoints par un troisième au tiers du trajet. C'est le 64e passage de Comète, par Larressore et Jauriko borda, avec les seuls guides de Pierre ELHORGA. Catley déclare dans son rapport qu'il est passé en Espagne "par un fraudeur" (sic). Il indique que Mike Fleszar était mal en point physiquement et dut être porté par un des guides. Kellow quant à lui reprend dans son rapport que le passage est réalisé le 24, mais la comptabilité de Comète indique qu'ils sont bien partis le 20 octobre 43. Le groupe loge à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA ou plutôt chez Pierre ARRIEUMERLOU.

On les avait prévenus dès leur arrivée en France qu'une fois arrivés en Espagne, ils pourraient se rendre sans problème à la police espagnole, en déclarant qu'ils sont des aviateurs alliés échappés des Allemands. Les évadés arrivent dans un petit village (Urdax ?) où les policiers leur confisquent leur canifs et leur demandent leur argent (ils n'en ont pas). Ils sont ensuite conduits dans un hôtel et, dans l'après-midi, on les mène à un autre village (Dancharinea ?), où on leur demande leurs nom, prénom, adresse et métier en temps de paix.

lls sont conduits le lendemain en bus à Irun, où ils sont photographiés et où on prend leurs empreintes digitales. Après une autre vérification de leur identité à un poste frontière, ils sont conduits avec quatre Français à la "Villa Casablanca", un camp de concentration pour Français à Irun. Ils n'y passent qu'une nuit avant d'être menés dans un hôtel en ville où ils restent loger pendant 3 semaines. Le second jour, ils ont la visite du consul anglais de San Sebastian. Par la suite, Catley et John Dix sont emmenés à Lecumberri par des membres de la force aérienne espagnole. Kellow y retrouve le Fl/Off Hobday et le Sgt Sutherland de son équipage, ainsi que 5 ou 6 Américains. Après une nuit à Saragossa, ils sont tous envoyés à Alhama de Aragon pour 5 jours.

William Catley quitte Gibraltar le 02 décembre pour arriver à Saint Mawgan le lendemain et il est débriefé au MI-9 à Londres le 04 décembre 43.

Merci à Mme Brenda Cooper, fille d' Arthur William Beard pour la photo qui suit.


Un aviateur non-identifié et Arthur William Beard (à droite).

Une stèle à la mémoire des victimes du crash du Halifax JD371 avait été inaugurée le 31 mai 2006. Elle se trouve à environ 2 km au sud de Modave, dans le hameau de SURVILLERS, le long d'un chemin de campagne sans nom, un chemin latéral de la Rue Survillers. Voir à http://www.aviationheritage.eu/nl/content/gedenksteen-halifax-jd371.

En décembre 2012, un groupe de quatre passionnés souhaitant honorer la mémoire des membres de l’équipage s’est constitué à Modave : le Groupe Halifax-Modave (http://www.rememberJD371.be ), composé de Eric DEMONTY, Marc LAMBOTTE, Christophe MATHY et André NICOLAS, aidés par le canadien Geoff WARREN, dont l’oncle, le F/Sgt George Warren a été tué la même nuit lors du crash du Halifax JD368 (RAF 10 Squadron) près d’Estinnes, au sud-est de Mons. Grâce à leurs efforts, la commune de Modave a décerné officiellement le 28 août 2013, 70 ans exactement après le crash du JD371, le titre de citoyen d’honneur à titre posthume à tous les membres de son équipage.

En décembre 2012, un groupe de quatre passionnés souhaitant honorer la mémoire des membres de l'équipage s'est constitué à Modave : le Groupe Halifax-Modave (http://www.rememberJD371.be ), composé de Eric DEMONTY, Marc LAMBOTTE, Christophe MATHY et André NICOLAS, aidés par le canadien Geoff WARREN, dont l'oncle, le F/Sgt George Warren a été tué la même nuit lors du crash du Halifax JD368 (RAF 10 Squadron) près d'Estinnes, au sud-est de Mons. Grâce à leurs efforts, la commune de Modave a décerné officiellement le 28 août 2013, 70 ans exactement après le crash du JD371, le titre de citoyen d'honneur à titre posthume à tous les membres de son équipage.

Le même jour, une impressionnante et très émouvante cérémonie s’est déroulée à l’extérieur du cimetière de Modave, où une stèle à leur mémoire a été inaugurée en présence de plusieurs personnalités et de membres des familles des aviateurs Augustine Brannigan et Ronald Rodgers, venus spécialement du Canada. Etaient également présents, le fils et le neveu de William Catley. Malheureusement, la fille d’Arthur Beard a eu un empêchement de dernière minute et n’a pu assister en compagnie de ses filles aux diverses manifestations. Un survol de chasseurs F-16 de la Composante Air de la Force Aérienne Belge, d’abord à deux, puis à nouveau ensemble, l’un d’entre eux inclinant ses ailes au-dessus de l’assemblée, en signe d’hommage aux disparus et finalement, l’un des deux chasseurs repassant symboliquement seul, fut un des moments forts de cette journée inoubliable, tant pour les familles des aviateurs que pour les très nombreux participants.

Des échos de la presse au sujet de cette commémoration sont en ligne sur le site du Groupe Halifax-Modave à http://www.rememberjd371.be/presse%20-%20copie.htm

Ci-dessous, quelques photos de la cérémonie.


La musique de la force Aérienne belge et la haie d'honneur.


Le drapeau Comète au milieu à gauche


Speech du neveu de Brannigan


Speech de la nièce et petite-nièce du copilote R.Rodgers


La stèle a été dévoilée


Madame Virginia Caldwell arborant fièrement le drapeau Comète. Madame Caldwell est la fille du Sergent Frank Andrews, dont le Halifax fut abattu deux mois après le JD371 et de Jeanne MACINTOSH, guide et hébergeuse de Comète.


Le panneau, à gauche de la stèle, reprenant les photos et les noms des huit membres de l’équipage du JD371.

(Photos : Victor Schutters et Edouard Renière)


Le 28 août 2013, Chris Catley (à droite), fils de William Catley, et son cousin Paul Catley (fils du frère de William) ont pu rencontrer à Modave Madame Lea DONS, témoin du crash du JD371 et âgée de 16 ans à l’époque.


La croix confectionnée par Monsieur DAVIN, menuisier à Modave, et placée par lui à l’endroit du crash, malgré la présence des Allemands. (Photo via Chris Catley, fils de l’opérateur radio William Catley).


En très mauvais état, la croix initiale a été remplacée en août 2013 par une reproduction et posée au même endroit à côté d’une plaque à l’honneur des huit membres de l’équipage du JD371. (Photo aimablement transmise par Madame Rachel Semlyen, Secrétaire Honoraire de la 77 Squadron Association. ( http://homepage.ntlworld.com/r_m_g.varley/77%20Squadron%20Association.html)

© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters