Aviateurs de l'opération Marathon

Dernière mise à jour le 3 février 2019.

Geno DI BETTA / O-741890
Warthmore Avenue, Route 21, Parkersburg, West Virginia, USA
Né le 3 mars 1921 à Boomer, West Virginia / † le 28 septembre 2000 à Vienna, West Virginia
1er Lt, USAAF 306 Bomber Group 423 Bomber Squadron, pilote
Atterri vers 15h00 au Nord de Catillon-Fumechon, près de Beauvais, Oise, France.
Boeing B-17G-BO Flying Fortress N° série : 42-31388 (RD-A),abattu par la Flak et achevé par des chasseurs lors de la mission du 11 février 1944 sur Frankfurt.
Ecrasé dans un champ sur la commune de Campremy, près de Wavignies (Oise), au sud d’Amiens (Somme), France.
Durée : 7 mois.
Camps Marathon : Fréteval

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 2527. Rapport d'évasion E&E 962 disponible en ligne.

Le B-17 décolle de Thurleigh vers 07h00. Touché par la Flak au-dessus de Frankfurt, l'appareil a de gros trous dans les ailes, sa queue est presque arrachée, du carburant s'échappe des réservoirs. L'intercom est hors d'usage et le pilote Dibetta donne l'ordre verbal d'évacuer l'avion. Le mitrailleur ventral S/Sgt James H. Coleman, atteint par un obus, est mort à son poste. La page 33 du MACR porte la mention manuscrite de ses nom et matricule sur la traduction d’un rapport allemand KU858 indiquant la découverte d’un corps de "pilote" trouvé en liaison avec la Forteresse de Sanders et Feilbach. Il y figure qu’il a été enterré au cimetière militaire de Beauvais-Marissel. Bien que dans leurs rapports, d’autres membres de l’équipage indiquent qu’il a été retrouvé près des débris du B-17 et enterré dignement par des civils français, il semble y avoir confusion, car Coleman figure toujours à la liste des Disparus et son nom est repris aux Tablettes des Disparus du Cimetière Américain des Ardennes à Neupré, près de Liège.

Trois hommes seront fait prisonniers, le navigateur Lt Raymond F. Feilbach, le bombardier Lt Jerroll E. Sanders (tous deux arrêtés dès leur arrivée au sol), le mitrailleur dorsal T/Sgt Fortunato V. Chiccarelli (blessé au bras, d’abord soigné, vraisemblablement par le Docteur Édouard REDAUD de Clermont, mais obligé après deux jours, suite à une infection, d’être pris en charge par un hôpital à Beauvais où Bergeron ira le voir avant que les Allemands n’arrêtent son co-équipier).

Outre Di Betta, cinq autres parviendront à s'évader : le copilote Earl Wolf, l'opérateur radio Clyde Hewitt, le mitrailleur gauche Guy Golden, le mitrailleur droit Leonard Bergeron et le mitrailleur arrière Eldo Weseloh.

Geno Di Betta, légèrement blessé à la main par un éclat de shrapnel, saute à environ 600 m du sol. Dès son atterrissage, un prisonnier de guerre russe s'occupe de lui, tandis que d'autres hommes se débarrassent de son équipement. Il est mené vers une ferme et se cache dans une cage à poules tandis que les Allemands sont à sa recherche.

Après quelques heures, un fermier le mène à une voiture dans laquelle deux hommes sont assis, l'un d'eux petit, jeune, costaud. On le conduit à Saint-Just-en-Chaussée, dans un café où ils rencontrent un chef de la Résistance "qui avait l'air d'un criminel, aux lèvres fines et au long nez." Cet homme le questionne quant au sort de son équipage, lui prend les cartes de son kit d'évasion et demande ses plaquettes d'identification. Di Betta ne lui en donne qu'une et conserve l'autre.

Dans une pièce à l'étage du café, il rencontre son copilote Wolf et les deux hommes sont conduits en voiture la même nuit jusqu'à une maison où ils passent cette nuit. Le lendemain, ils sont guidés vers Clermont, à une quinzaine de km au Sud de Saint-Just-en-Chaussée chez le Docteur Edouard REDAUD au 16 Rue d'Amiens, marié, 4 enfants dont le plus âgé a 12 ans, où ils logent environ 40 jours. Une petite fille les conduit ensuite à Clermont dans un bureau de police ou à la Justice de Paix où ils rencontrent Bergeron, Hewitt, Golden, Weseloh et deux autres évadés. Ces hommes sont emmenés en camion jusqu'à Vineuil-Saint-Firmin où Di Betta et Weseloh logent chez Louise GUYJER, qui était soit l'épouse, soit la secrétaire du maire.

Par après Di Betta et Weseloh vont à pied chez le garde forestier Henri LESTIENNE, qui les héberge pendant six semaines, séjour durant lequel des gendarmes de Chantilly leur apportent de faux documents d'identité. Un gendarme (vraisemblablement le gendarme PERNET, de Chantilly, cité par Edmond BOURGE dans son rapport d'activités) les conduit alors en voiture jusqu'à Neuilly-en-Thelle où ils sont guidés par René D'HALLEINE, un machiniste.

A Chantilly, ils prennent Emmett Bone, Joseph Gorrono, Donald Hoilman, George Solomon et deux autres évadés. Geno Di Betta logera trois semaines chez D'HALLEINE en compagnie de Solomon, Weseloh et Hoilman. Ces deux derniers quittent cet endroit avant l'arrivée d'un autre médecin (le Docteur ANDRIEU) chez qui Hewitt et Golden avaient logé.

Di Betta rencontre par la suite "Gaston", de Clermont, petit, costaud, qui avait hébergé Hewitt et Golden (Il s'agit de Gaston LEGRAND et Odette SAUVAGE - voir les pages de Hewitt et Golden). Dans son rapport, Di Betta mentionne que "vers avril" l'avion "Lucky Strike" s'écrase tout près. Il s'agit du B-17 du 95 Bomber Group USAAF, le 42-31258, qui s'est écrasé à 3 km de Neuilly-en-Thelle le 10 avril. Quatre des membres de l'équipage seront d'ailleurs aidés par Comète, mais seront ultérieurement fait prisonniers. Il s'agit de William Dearing, James Hanrahan, John Hedlund et Grady Justice, qui ont chacun une page sur ce site. Di Betta mentionne que le médecin (le Docteur ANDRIEU) s'occupe des blessés de cet avion et se fait arrêter (le 13 avril) avec certains d'entre eux alors qu'il les conduit en voiture.

Di Betta poursuit son rapport : Huit évadés, dont il fait partie, sont menés en voiture vers Bornel, à 7 km au SO de Neuilly-en-Thelle, et logent chez un mécanicien propriétaire d'un garage. Il doit s'agir de René BOKKELANDT sur la Route Nationale. Après trois nuits passées là, un homme de grande taille les conduit à Le Mesnil-Théribus dans l'Oise, où ils restent 3 ou 4 semaines en compagnie d'un suisse nommé "Friari" chez une "Mme Bonin". Il s'agit de Roger FRARI et de Marie-Louise BONNIN, qui habite avec son fils. Là, Gilbert THIBAULT leur dit qu'ils sont pris en charge par une organisation militaire et qu'ils ne bougeraient pas avant 1 ou 2 mois, après quoi on les dirigerait vers Paris et l'Espagne.

Après son séjour chez Mme BONNIN, qui aurait duré trois semaines, Di Betta indique que lui et les sept autres sont partis vers Chaumont ou Beaumont (ce doit être Chaumont-en-Vexin, à 10 km de Le Mesnil-Théribus et d'où il y a une liaison ferroviaire directe avec Pontoise) avec un homme de petite taille, instituteur, parlant un peu l'Anglais, afin de prendre un train pour Pontoise. Arrivés là, ils sont conduits en camion par un M. "Bonnat ou Bonnet", 40-45 ans, dans une école à Argenteuil près de Paris. Il s'agit de Charles BIENNAIS du 6 Avenue Maria puis 31 Boulevard Thiers à Argenteuil en Seine & Oise, qui est régisseur-économe de la cantine. BIENNAIS prend note de leurs noms et les fait partir par groupes de deux vers des caches.

Di Betta et Hewitt, quant à eux, sont logés à Argenteuil au 6 Rue Belin, une pâtisserie appartenant à la famille VILLENEUVE, dont la fille Denise leur servira souvent de guide. Marvin Goff et William Yanzek logent en face chez un "Mr BREDECHE".

Ayant quitté les VILLENEUVE, Di Betta, Hewitt, Goff et Yanzek sont menés par un PIERRE (Pierre ROBERT alias "Petit Pierre" du 26 Avenue Pierre Ier de Serbie à Paris XVIe), lunettes noires, vers un magasin de fleurs à Paris. Il doit s'agir de Andrée DONJON, célibataire fleuriste au 60 Rue de Bellechasse à Paris VIIe, dont la maison (avec sa mère Marie Vichy) est le lieu de rassemblement d'aviateurs et sert de cloison étanche entre divers réseaux. Elle en loge au moins 5 ou 6 et en guide une trentaine à Paris ou Nesles-la-Vallée avant d'être arrêtée le 07 juillet et déportée.

Di Betta rapporte qu'il est alors amené (seul) chez "Anne" à un appartement au 7e étage d'un immeuble près de la Tour Eiffel (c'est chez Germaine MELISSON alias "Anne, Annie" née BOHEL au 8 rue de Monttessuy à Paris VIIe). Ensuite, Philippe et Virginia d'ALBERT-LAKE, accompagnés de Germaine MELISSON, le mènent à l'appartement des d'ALBERT-LAKE au 1er étage d'un bloc situé au 1bis rue Vaneau, dans le 7e Arrondissement.

Vers le 25 mai, Di Betta est déplacé par une autre "Anne" (blonde, plus petite que Germaine MELISSON et il doit s'agir de Anita LEMONNIER alias "Anne" du 2 Rue Ernest Renan à Paris XVe, convoyeuse Comète de juin 44 à libération pour Philippe d'ALBERT-LAKE), avec Hewitt, Goff et quelques autres, vers Châteaudun où un autre guide (instituteur ?) les fait rencontrer "Lucien" (Lucien BEZAULT de Saint-Denis-les-Ponts, Châteaudun en Eure & Loir et convoyeur vers les camps) et "André".

Les évadés marchent alors vers la ferme d'un "Pierre" et y restent jusqu'au 7 juin, lendemain du débarquement en Normandie. Di Betta s'y trouve apparemment avec Hewitt, Gorrono et un Néo-Zélandais "nommé Spears" (en fait Alan Speirs). Adolphe "Lucien" BOUSSA les voit là ainsi que le radio de ce dernier, et c'est alors Gilbert THIBAULT qui les guide vers le camp de Bellande dans la Forêt de Fréteval au Sud de Cloyes-sur-le-Loir où se trouve déjà une quarantaine d'évadés.

Environ deux semaines plus tard, Di Betta, Hewitt, Bone, Goff, Andrew Claytor et le canadien Robert Hortie vont au 2e camp, à Richeray au Nord de Busloup. Di Betta décrit un peu la situation dans le camp et indique que Marcel RIDEAU, garde-chasse à Richeray-Busloup (Loir & Cher) leur avait apporté de la nourriture pratiquement chaque jour. A l'occasion, "René", habitant près de l'église de Busloup, faisait de même (très probablement René AVRAIN).

Di Betta poursuit : le 10 août, le pilote belge Jean Croquet, qui servait souvent d'interprète, annonce aux évadés à Richeray que le camp de Bellande a été libéré par des troupes américaines et que Adolphe BOUSSA avait pris contact avec les américains au Mans, apparemment à l'insu de Jean de Blommaert. On leur dit que des camions passeraient les prendre et Di Betta et les autres évadés quittent Richeray pour rejoindre une route où ils attendent vainement toute la journée l'arrivée des transports. La nuit suivante, Di Betta et d'autres dorment dans une étable chez Marcel RIDEAU tandis que d'autres vont loger à Busloup même.

BOUSSA arrive pendant la nuit et déclare que les camions vont bientôt arriver. A midi le lendemain, ne voyant rien venir, quelques hommes décident de tenter d'atteindre les lignes amies par leurs propres moyens. C'est ainsi qu'ils rencontrent une patrouille du 818ème Tank Destroyer Battalion dont le Capitaine Wheeler les rejoint bientôt. Ce dernier emmène autant d'hommes qu'il peut dans ses véhicules alors qu'entretemps de BLOMMAERT avait pris contact avec Airey NEAVE pour règler les problèmes d'évacuation du camp. Dans la confusion, Di Betta se retrouve à bord d'un camion qui roule en direction du Mans, s'arrête pour la nuit et repart le lendemain matin. Passé Laval, un des camions fait une embardée et une dizaine d'hommes sont blessés puis répartis dans différents hopitaux. Di Betta ne précise pas s'il est parmi les blessés, toujours est-il que c'est vraisemblable car il déclare être rentré par avion-hôpital en Angleterre le 15 août. Il est interviewé le 19 par l'I.S.9.

Geno Di Betta repose au Mount Carmel Cemetery à Parkersburg, West Virginia, USA.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters