Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 11 novembre 2019.

George William Henry DUFFEE / 1384785
36 Park Grove, Londres E15
Né à Londres, le 16 mars 1923 / le 21 décembre 2018 à Aberaeron, Pays de Galles
Sgt, RAF Bomber Command 78 Squadron, copilote
Lieu d'atterrissage : près de Berlicum, Noord-Brabant, Pays-Bas.
Handley Page Halifax B V ou B II, n° série JB855 - EY-H, abattu par un chasseur de nuit bimoteur (Hptm Wilhelm Herget - 1./NJG1) dans la nuit du 22/23 juin 1943 lors d'une mission sur Mühlheim-am-Rhein, Allemagne.
Écrasé à Beugt, entre Heeswijk-Dinther et Veghel, au sud-est de 's Hertogenbosch, Noord-Brabant, Pays-Bas.
Durée : 3 mois et demi
Passage des Pyrénées : le 28 septembre 1943.

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3315/1465 (incomplet).

Duffee est copilote "en stage d'apprentissage", debout près du pilote. L'appareil, qui avait décollé à 23h03 de Breighton, est de retour de l'objectif quand, à hauteur de Berlicum, les quatre moteurs explosent sous les impacts d'un canon oblique tirant vers le haut. L'appareil plonge et Duffee peut ouvrir son parachute très près du sol.

L’équipage du Halifax se composait de : F/Lt. Leslie Herbert Knight, pilote (tué); Sgt. George Duffee, copilote (seul évadé); Sgt. Frederick Charles Simons, mécanicien (mort de ses blessures le 28 juin); P/O. Henry John Standfast, navigateur (prisonnier) ; F/O Ronald Dennis Caldecourt, bombardier (tué) ; F/O. Stanley Albert Clark Cutler, opérateur radio (tué) ; Sgt. Frederick James Ross Bain, mitrailleur dorsal (tué) et du Sgt. J. Lee, mitrailleur arrière (prisonnier). Les 5 décédés sont inhumés au cimetière de Eindhoven (Woensel), Pays-Bas.

Une fois atterri en Hollande dans un champ de pommes de terre, Duffee se cache dans un fossé d'irrigation ou de drainage près de 's Hertogenbosch avant de se diriger vers l'Ouest puis le Nord-Ouest.

L'après-midi du 24 juin, il aperçoit une patrouille de six soldats allemands descendre d'un camion. Ils semblent fouiller les alentours et il entend des coups de feu. Ils remontent dans leur camion vers 18 heures. Quand tout redevient calme, il marche vers Berlicum à l'Est et se risque à demander de l'aide dans une ferme où il échange son uniforme et ses bottes contre un vieux pantalon brun, un manteau rapiécé et des sabots usagés. Après quelques kilomètres de marche, il dort alors dans une meule de foin jusqu'au petit jour.

Duffee est réveillé au matin par des voix d'enfants se rendant à l'école et il décide de prendre le risque de les suivre jusqu'au village de Berlicum (Est de 's-Hertoghenbosch), espérant y trouver de l'aide.

Arrivé au village, il va dans un café et demande au bar si quelqu'un connaît l'anglais. La tenancière ne parle pas cette langue et va chercher l'instituteur, Marinus der KINDEREN (repris à la liste des Helpers néerlandais comme habitant D 52 e, à Rosmalen). Ce dernier, un pistolet à la main, lui demande s'il est vraiment un aviateur anglais et Duffee lui montre ce qu'il reste de son kit d'évasion (cartes, poche d'eau en plastique, quelques tablettes de Horlicks et une petite boussole). Bien qu'il ne puisse produire ni plaquettes d'identité ni photos, ni donner le nom du dernier show à Londres, habitant dans le Yorkshire, il est cru par l'instituteur qui lui dit qu'il devra être caché dans une ferme avant que son évasion puisse être organisée. Après avoir été présenté à un ex-officier de marine, VAN BUREN, il est conduit à la ferme, où il loge du 25 au 30 juin, partageant la vie d'un couple d'âge moyen et leurs enfants. Le 30, VAN BUREN le conduit vers une maison à Rosmalen avec J.A.A.M. VENROOY (Dorpsstraat G 72b). La liste des Helpers néerlandais ne reprend aucun "VAN BUREN", mais il y a un Reineir (Reinier ?) van BERNE au Sparrenburg B173 à Rosmalen, sans aucun autre détail…)

On lui dit qu'il y restera seulement 10 jours, mais il reste cinq semaines à Rosmalen, dans deux maisons : chez H. J. VOLMAN (Ryksweg D 53c) les deux premières (il y avait un enfant) et la quatrième semaine, et F. A. MICHELS au E 119 à Hintham. Il entend qu'on veut l'expédier par avion, puis par bateau.

Au début août, VENROOY lui procure de faux papiers et un peu d'argent et le mène à vélo jusque 's Hertogenbosch où "VAN BUREN" (van BERNE ?) les attend à la gare où il monte avec ce dernier dans le train vers Nijmegen.

Arrivés dans cette ville, ils prennent un tram pour arriver chez le chimiste "Adolf POOLEN, au 337 Dalseweg vecht", un homme qui aide les réfractaires et chez qui il restera deux semaines en compagnie d'un jeune réfractaire de 19 ans. La liste des Helpers néerlandais reprend Adolf Hendrik POELEN à la Hermelijnstraat à Nijmegen, non loin du 337 de la Berg en Dalseweg. Il y est visité par un homme qui connaît la route vers l'Espagne et y reçoit une carte d'identité. [ ???] Il est alors déplacé dans un monastère d'un ordre français à l’extérieur de Nijmegen.

Il y passe pour un soldat français sourd et muet. Un jour de la fin août, un homme vient le chercher et à vélo ils roulent vers la gare de Nijmegen où il est pris en charge par une jeune fille. Elle et lui montent dans des compartiments séparés dans le train pour Tilburg. A l'arrêt de Oss, l'homme qui a fourni la carte les rejoint. Arrivés à Tilburg, un gendarme le conduit sur sa moto vers une cache dans un bois, probablement près de Esbeek, où se cachent déjà cinq étudiants néerlandais et un jeune juif échappé d'un camp proche. Selon des sources hollandaises, l’endroit de cette cachette doit être le Bockenreijder à Dun, à 4 km au sud-est d’Esbeek.

Duffee reste 3 jours dans cette cachette et le 20 août, un garde forestier "FRANZ" vient le chercher à moto pour le mener, précédés d'un autre guide, vers un point à environ 2 km de la frontière belge. Après le passage d'une patrouille allemande, les trois hommes passent une haie, traversent une route et se retrouvent du côté belge. Le deuxième guide le prend sur sa moto pour se rendre à une maison à environ 1 km de là. Ils y rencontrent le gendarme néerlandais Karst SMIT (maréchaussée) qui le prend à moto et, évitant d'être repérés par une patrouille allemande, ils atteignent Weelde.

De là ils vont en bus à Turnhout, puis en tram à vapeur à Anvers. En cours de route, des soldats allemands montent dans le tram en vue d'un contrôle d'identité et les deux hommes, craignant que la pauvre qualité de leurs papiers ne les dévoile, décident à un moment de sauter de la plate-forme. Ils ne sont pas poursuivis, voient le véhicule s'éloigner et vont se remettre de leurs émotions dans un café. Ils prennent le tram suivant et, sans être inquiétés, en descendent un peu avant le centre d'Anvers. A la gare d'Anvers, ils prennent un train électrique vers Bruxelles, pour se rendre au 4 Rue Jules Lejeune à Ixelles, chez Charlotte "Lotty" AMBACH.

Les quatre premiers jours, il loge à différents endroits, guidés par Élise AMBACH et semble passer d'une organisation à une autre. Il loge à Ixelles du 20 au 21 chez Pierre PIRARD au 22 Avenue Emile Duray. On cite aussi à cette date Marcelle DE JAER, au 47 Avenue Guillaume Gilbert également à Ixelles. Il est convoyé par Ernest VAN MOORLEGHEM et Pierre JACQUES de DIXMUDE.

George Duffee évite ainsi de justesse la fausse ligne "Jackson" de Prosper Dezitter, traître belge à la solde de la Gestapo, et qui vient d'être découverte le 19 août par Madeleine MERJAY.

Il est ainsi recueilli par EVA ce 20 août. Il loge une semaine chez un poissonnier (Prosper SPILLIAERT au 394 Chaussée d'Anvers à Bruxelles), où une fille lui apporte une carte d'identité et des vêtements civils.

Le 28 octobre, il est convoyé par René PONTY avec Beverly Geyer. Il passe à Anderlecht, chez un professeur d'art qui enseigne à l’Institut des Arts et Métiers, (René-Pierre PIRART). Il est pris en charge par Aline DUMONT ("Lily") et est donc hébergé deux ou trois semaines chez les PIRART au 8 Rue des Tournesols à Anderlecht. Il y reste 12 jours. "Lily" lui rend visite trois fois et lui annonce qu'il quittera Bruxelles. Il passe quelques jours par le centre de rassemblement chez Hélène CAMUSEL au 160 Rue Marie-Christine à Laeken. (Duffee cite également Anne BRUSSELMANS, sans préciser l’aide apportée, mais l’on sait qu’Anne s’occupait principalement du logement des évadés en région bruxelloise).

Aline DUMONT le conduit le 10 septembre à une gare où il rencontre Edward Bridge et à nouveau Hélène CAMUSEL. Les deux hommes, qui ont reçu de nouvelles pièces d'identité, montent avec elle à bord du train vers Tournai. De là, ils prennent un train de journaliers vers Rumes, une petite localité frontalière, où ils rencontrent un douanier français, Maurice BRICOUT.

Celui-ci les guide à pied via des sentiers et traversant des champs pour arriver à sa maison à Bachy du côté français où les attend Rachel BRICOUT (née FEREZ) avec un bon repas arrosé de vin.

Les deux aviateurs prennent congé des BRICOUT et accompagnent alors vers le village un Anglais vivant en France depuis de longues années. Munis de bérets et de papiers adaptés au territoire français (où Duffee est renseigné comme architecte, autorisé à rendre visite à de la famille à Paris), les trois hommes prennent un bus pour Lille. A la gare de Lille, ils montent dans le train de Paris avec une guide. Ils y sont accueillis à la gare par "Robert" qui les mène à son petit appartement dans un quartier populaire où les attend sa femme "Georgette" et un autre évadé, un aviateur américain originaire de l’État de Georgia (vraisemblablement John Buice). [Cette Georgette pourrait être Alice Georgette MAUDET, épouse BISSONNIER, au 7 Avenue Philippe Auguste dans le XIème - ? ]

Duffee et Bridge restent dix jours dans l'appartement et un soir, après avoir pris congé de leurs hôtes et de l'Américain, accompagnent une dame d'âge moyen (Rosine THERIER, épouse WITTON - ?) qui prend avec eux un train à destination de Bordeaux, où ils arrivent le lendemain à sept heures du matin. Là, un jeune homme d'environ 28 ans (Jean-François NOTHOMB, alias "Franco") les prend en charge, montant avec eux dans le train de Dax. Les deux anglais se rendent compte que deux jeunes hommes portant béret, silencieux et paraissant assez nerveux dans un coin du même compartiment qu'eux doivent être des "colis" tout comme eux, leur guide devant les convoyer tous les quatre vers le Sud. NOTHOMB et les quatre hommes descendent ensemble à Dax.

Chacun y prend un vélo, et, guidés par NOTHOMB et Denise HOUGET se dirigent vers Bayonne. Jean-François NOTHOMB est en tête avec Denise, suivis des deux autres aviateurs, Duffee et Bridge fermant la marche à distance raisonnable derrière les autres. Après 1 heure et demie, le groupe arrive à un pont gardé par une sentinelle allemande qui les regarde passer mais ne les arrête pas. Plus loin, les hommes se restaurent dans un bois et Duffee et Bridge apprennent les détails concernant leurs deux autres compagnons : Harry est un navigateur de Londres et Bill, un pilote canadien (qui pourrait être William Cook ?).

Le groupe poursuit sa route à vélo et arrive à un village où un gendarme observe la circulation. Le guide et les deux premiers aviateurs ne se font pas arrêter, contrairement à Duffee et Bridge, auxquels le gendarme demande leurs papiers. Devinant à leur accent qu'ils ne sont pas ce qui figure sur les documents, il s'apprête à les mener au poste lorsque Duffee lui déclare qu'ils sont des aviateurs anglais. Sur ce, le policier les mène au poste où les aviateurs et le gendarme et ses collègues boivent à la victoire prochaine des Alliés. Les deux aviateurs doivent prendre congé et sont finalement retrouvés par NOTHOMB revenu les chercher. Il leur apprend que leurs deux compagnons se trouvent déjà dans une auberge à quelque distance de là où tous logeront cette nuit-là. Il s'agit de l'auberge Larre de Jeanne "Marthe" MENDIARA, 25 Avenue du Cambo à Sutar/Anglet.


Mot de remerciement de Duffee dans le carnet de Pierre Elhorga.

Le lendemain, ils partent à vélo, traversent Saint-Jean-de-Luz en direction de Ciboure. Le 26 septembre ils y sont rejoints par Arthur Bowlby, Elmer Dungey, James Allison et George Baker. A Ciboure, ils rencontrent un guide basque (Florentino GOÏCOECHEA) chez Katalina LAMOTHE, veuve AGUIRRE, et sa fille Joséphine, au 58 Rue du Docteur Micé. Ils y reçoivent des espadrilles, en vue de la difficile traversée des montagnes vers l’Espagne.

Ils traversent les Pyrénées avec Florentino et Jean-François NOTHOMB. C'est la 59e traversée de Comète, via le détour du pont de Endarlaza, suite aux crues de la Bidassoa, passent ensuite par Oiartzun et Hernani puis San Sebastian. La voiture diplomatique les emporte à Madrid.

Duffee passe par Seville, où il embarque sur un vaisseau hollandais avec Allison, à destination de Gibraltar. Ils doivent se faire passer pour des marins ivres et passent ainsi à travers un contrôle de la police.

George Duffee quitte Gibraltar en avion Dakota C47 le 11 octobre et arrive en Angleterre (atterrissant à Lyneham ou à Valley ?) le lendemain. Il est interrogé à Londres.

Il fera quelques conférences en Angleterre après son évasion (dans 22 bases) avant de repartir en mission en OTU, participant à 59 opérations. En 1948 et 1949, il effectuera 236 vols pour le Berlin Air Lift avant de devenir pilote à British Airways.

George Duffee est souvent revenu, avec sa famille, aux Pays-Bas, en Belgique en France et en Espagne.


Une photo de 2011 montrant George Duffee, à gauche, avec le chercheur néerlandais Ad van Rijswick
(source : "de Hilverbode", Hilvarenbeek, Pays-Bas - 13 février 2019.)


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters