Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 17 août 2016.

Elmer Burton DUNGEY / R108567 & J.17742
Collingwood, Ontario, Canada
Né le 20 mai 1915 à Alliston, Ontario, Canada / † le 30 mai 1996 à Toronto, Canada
Sgt RCAF, RAF Bomber Command 408 Squadron, pilote
Atterri à Werchter, 5 Km au Nord de Louvain, Brabant Flamand, Belgique. («near Tessenderlo» selon Oliver Clutton-Brock dans son livre «RAF Evaders», page 231…)
Handley Page Halifax B II, n° série JB913, EQ-F, abattu le 4 juillet 1943 à 01h08 en route vers l'objectif de Cologne, (l'appareil est attaqué par un chasseur de nuit allemand, piloté par le Hptm. Walter Millius du III./NJG 3 dont c’est la 10e victoire).
écrasé à l'Ouest de Schoot, près de Tessenderloo, Belgique.
Durée : 3 mois
Passage des Pyrénées : le 28 septembre 1943

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3315/1460.

Le Halifax décolle de Leeming à 22h59, piloté par Elmer Dungey (la présente fiche), vétéran de nombreuses missions et qui sera décoré de la DFC (Distinguished Flying Cross) après son retour en Angleterre. En route vers l’objectif, au Nord de Diest, l’appareil est attaqué par deux Junkers 88, dont celui de Walter Millius. Atteint de coups directs dans la soute à bombes, un violent incendie se déclare et à environ 01h35 le pilote Dungey, donne l’ordre de l’évacuer, tentant de maintenir l’avion sous contrôle pour permettre à son équipage de sauter.

Le navigateur F/O Victor William Foster saute en premier, suivi de l’opérateur radio Sgt R. «Taffy» Evans, du mécanicien Sgt Thomas N. Brown, RCAF (qui avant de sauter aide Dungey à endosser son parachute), du mitrailleur arrière Arthur Bowlby, du pilote Dungey et enfin du bombardier F/O Thomas Lowery (souvent repris comme Lowry ou Lowrey), blessé par des éclats d’obus à l’épaule et ayant eu des difficultés à endosser son parachute. Seuls Dungey et Bowlby parviendront à s’évader. Les quatre autres ainsi que le mitrailleur dorsal Ronald H. Speller –RCAF sont rapidement arrêtés par les Allemands. Ils rencontreront plus tard, en prison en Belgique, le pilote allemand qui les avait abattus.

Dungey atterrit dans un arbre et perd connaissance sous le choc. Un fermier, apparemment membre de la Résistance, le trouve, récupère son parachute et l’emmène chez lui pour lui donner à manger et à boire. Il l’emmène ensuite vers une grange où se trouvent deux Russes, probablement des travailleurs forcés, se cachant des Allemands.

Selon un récit de Geoff Bowlby, sur base des souvenirs, anciens, de son grand-père et de ceux de Dungey, ce dernier est amené la même nuit vers 04h30 par le fermier, craignant qu’on le découvre chez lui, et qui lui donne une couverture, lui disant de tenter de dormir. Il semble, selon la version de Bowlby, que ce soit quelques heures plus tard, vers 11h00 qu’il retrouva son coéquipier Dungey. Dans les souvenirs de ce dernier, rapportés par Geoff, il aurait aperçu Bowlby sortir d’un bois à Tessenderlo en compagnie d’un instituteur du coin connaissant l’anglais.

Quoiqu’il en soit, ils sont tous deux d’accord pour relater qu’ensuite ils ont été conduits à vélo à Tessenderlo dans une petite maison appartenant à un membre de la Résistance locale. Selon Dungey, ils furent alors séparés, lui étant guidé vers une taverne à Tessenderlo, tandis que Bowlby est conduit «presque immédiatement» à Aarschot. La version de Bowlby dans ce récit très détaillé nous paraît plus crédible, bien que des incohérences apparaissent dans certaines dates.

Selon nos informations, ce sont Jozef CLAES et Casemier DAISEMONT qui ont été chercher Bowlby chez un forgeron de Tessenderloo le 5 juillet 43. [La liste des helpers belges reprend Casimir DAISOMONT au 22 Leuvensestraat à Aarschot.] Et selon certaines sources, ce serait le 8 juillet que des gens amènent près de lui son pilote, Elmer Dungey. Quoiqu’il en soit, dès leur rencontre, ils resteront ensemble pratiquement jusqu'à Madrid. Les deux hommes logent chez Peter Vincent Jozef CLAES (adjoint du chef de la police d’Aarschot), et son épouse Maria Anna STANS, tous deux membres de la Witte Brigade (FIDELIO – Secteur n° 75 – Aarschot). Jozef CLAES les photographie et prépare lui-même leurs faux papiers avec Maria.

Le texte du récit précise que Bowlby, vêtu en civil, et Dungey, habillé en prêtre, sont restés deux jours chez les CLAES-STANS. Ils apprendront par la suite que Jozef fut arrêté peu après leur passage. Jozef CLAES, né le 1er avril 1908 à Mol, a été arrêté le 13 octobre 1943 et fusillé à Brasschaat le 30 novembre 1943. Dans le récit de Geoff Bowlby, petit-fils d’Arthur, il est fait mention de l’aide apportée par Peter Vincent Jozef CLAES et sa femme, Maria Anna STANS-CLAES, d'Aarschot ainsi que par François LEMAITRE, de Louvain, sa femme et sa fille Denise. Nous supposons que ces derniers ont pu jouer un rôle dans l’évasion de Dungey également.

Vers le 13 juillet, trois hommes de la "Witte Brigade - Fidelio" viennent prendre les deux aviateurs pour les mener en train à Louvain. Ils y restent deux jours chez un policier, où deux autres aviateurs étaient déjà : le F/S Robert Williston et le Sgt Joseph Arseneaut (tous deux à bord du Halifax JD159 du 419 Squadron, abattu la même nuit que le JB913 de Dungey et qui seront arrêtés par la suite, victimes du traître Prosper Dezitter et de la fausse ligne Jackson). De là, un homme et une femme (Hortense DAMAN – voir ci-dessous) viennent les conduire chez Mr Joseph GYSSELS, Parkstraat 233 à Leuven/Louvain où ils restent 12 jours.

De là, ils vont ensuite chez François LEMAÎTRE, son épouse et leur fille Denise, 39 Rijschoolstraat à Louvain, et y restent jusqu'au 30 août. Cette maison se trouvait directement en face d’un mess pour officiers Allemands et à trois maisons d’une caserne de l’ennemi. Les deux aviateurs dorment dans une chambre à l’étage et trouvent le temps long, ne pouvant faire de bruit ni se déplacer. Un soir, après le couvre-feu, ils oublient d’éteindre la lumière et des soldats allemands crient depuis la rue, les aviateurs mettant un certain temps à comprendre la situation avant d’éteindre.

L’incident ne porte pas à conséquence, des Allemands venant le lendemain s’excuser auprès des LEMAÎTRE pour avoir dérangé leur grand-mère dans son sommeil… Néanmoins, les deux évadés ont hâte de bouger et projettent de tenter leur chance tout seuls en marchant vers la Suisse. François LEMAÎTRE le leur déconseille, offrant de les loger chez lui jusqu’à la fin de la guerre. Comme les deux hommes insistent et lui disent qu’ils avaient décidé de partir si rien ne se passait au plus tard le 1er août, François se propose de les aider.

Par la suite, des résistants leur apportent des costumes, volés à des officiers allemands. Des arrangements semblent avoir été contrariés et on leur dit d'attendre encore. Compte tenu des circonstances, Mme BUYL (une logeuse de Madeleine MERJAY, et mentionnée comme «Miss Boyle, an English lady» dans le récit de Geoff Bolwby) fit accélérer leur évacuation. [La liste des Helpers belges reprend Mme Berthe BOYLE, Leuven, un certificat de reconnaissance à titre posthume ayant été envoyé après la guerre à son mari, Mr P.V. Boyle à Salisbury, Wiltshire, Angleterre.] En fait, ignorante de l’infiltration de la ligne par des traîtres, elle avait envoyé les aviateurs précédents dans les mains de Prosper DEZITTER et sa fausse ligne Jackson.

Dungey et Bowlby figurent sur la liste des aviateurs aidés par Karst SMIT, un gendarme hollandais ayant à l’occasion convoyé des aviateurs depuis la Hollande vers Bruxelles. Nous ignorons à quel moment et dans quelles circonstances il est intervenu ici, mais c’est vraisemblablement suite à la collaboration de SMIT avec l’officier de police Ixellois Ernest VAN MOORLEGHEM, membre d’EVA.

Un livre intitulé "Child At War", par Mark BLES, a été publié en Angleterre en 1989 (Hodder & Stoughton). Standaard Uitgeverij a publié une version néerlandaise en 1990 : "Een kind in oorlog. Het ware verhaal van Hortense Daman". Aux pages 112 à 117 d'une édition de poche de SPHERE Books Ltd (1990) de ce livre, qui raconte la guerre de la jeune Hortense DAMAN (qui épousera après le conflit le britannique Sydney CLEWES), il est fait mention de Dungey et Bowlby. En voici quelques détails: Le 05 juillet 1943, Dungey et Bowlby furent remis à François DAMAN, Pleinstraat, Louvain, Dungey étant revêtu d'une soutane. Daman les amena chez Madame GYSSELS (épouse de Joseph GYSSELS), 233 Parkstraat, Louvain, pour interrogatoire et vérification d'identité. Celle-ci dura quelques semaines ("six" ?) pendant lesquelles ils logèrent chez Mme GYSSELS. Ce fut Hortense DAMAN, 16 ans, soeur de François et future Mme Clewes, qui leur apporta régulièrement de la nourriture. Ils l'appelaient "Ory" et étaient conscients des énormes risques qu'elle en particulier courait. La veille de leur départ, elle avait apporté un lapin dans le panier de sa bicyclette. Mme Gyssels en fit un ragoût que les aviateurs dévorèrent à belles dents. Lors du débriefing par le MI9 à Londres après leur retour en Angleterre, on demanda entre autres à Dungey et Bowlby ce qu'ils avaient mangé chez Mme Gyssels la veille de leur transfert. Ils déclarèrent tous deux qu'ils s'étaient délectés d'un «rabbit stew» et n'y pensèrent plus. Des semaines après qu'ils aient quitté Louvain, François DAMAN reçut un avis d'un membre d'une ligne d'évasion chargé d'écouter les messages envoyés par la BBC pour confirmer la bonne arrivée de "colis". Dans ce cas c'était "the rabbit tasted fine" ("le lapin était excellent")... et les Daman surent ainsi que Dungey et Bowlby étaient bien arrivés. Plus loin, il est mentionné que le 10 septembre, s'étant rendu à Bruxelles chez Anne BRUSSELMANS, François Daman reçut de celle-ci 2 X 750 francs pour les frais de Bowlby et Dungey.

Dungey et Bowlby sont donc guidés le 30 août 43 par Mme BUYL qui les conduit à pied à la gare de Louvain. De là, Bowlby prend un train pour Brasschaat où il va loger pendant un ou deux jours chez d'autre GYSSELS, Georges et Émilie. Dungey quant à lui, est convoyé jusqu’à Bruxelles par le policier Pierre JACQUES de DIXMUDE et Ernest VAN MOORLEGHEM pour être hébergé par Paul et Henriette HELLEMANS au 13 Rue Stévin à Bruxelles.

Art Bowlby rejoint Dungey chez les HELLEMANS 2 jours après et ils sont dès lors tous deux pris en charge par Comète. Ernest VAN MOORLEGHEM et Pierre JACQUES de DIXMUDE venant de découvrir la supercherie de la fausse ligne "Jackson" de DEZITTER quelques jours auparavant (le 19 août), la plus grande prudence s’impose et les deux hommes passent dans différentes maisons. Dungey est renseigné comme ayant été hébergé chez les PIRART au 8 Rue des Tournesols à Anderlecht pour un jour avant de passer (en face au n° 7) chez Maria BAL. Ils seront chacun interrogés pendant une heure par Anne BRUSSELMANS-MAGNEE durant leur semaine de quarantaine (la semaine où les aviateurs sont observés pour vérifier qu’ils ne sont pas des agents allemands infiltrés).

Iser LANGMAN les accueille tous deux le 30 août 43 chez les parents et frère de Charles HOSTE où ils passent une nuit, au 34 Rue du Tilleul à Schaerbeek. Prosper SPILLIAERT les remet le lendemain à Charles HOSTE, qui les emmène loger ensuite chez Clément DEBERGHES et son épouse Clothilde REGIBO au 92 Rue de Locht à Schaerbeek. [La liste des Helpers belges reprend Clément DEBERCHES à cette adresse.] Gaston LEMOINE ira leur couper les cheveux chez ces derniers au début de septembre.

Le 8 septembre 1943, Dungey et Bowlby sont remis par Gaston MATTHYS à René PONTY et ils sont ensuite pris en charge par Aline DUMON (Michou). Cette dernière fera remettre à PONTY 750 FB pour les frais d'EVA. Ils étaient le premier "envoi" systématique de EVA par COMETE. Sur le rapport d'interrogatoire EVA de Bowlby, on lit : "recueilli ce jour 30/8/43 à PORTEMINE. Evacué par 22 sur 2204 le 8/9/43".

Dungey et Bowlby sont alors hébergés par Mme Jeanne LOSSIGNOL à la Rue de l'Amazone à Ixelles, Bruxelles avant d’être séparés pendant six jours. Bowlby est renseigné comme restant aussi chez Mr «Maci» [Henri MACA] au 31 «rue de Valdor» à Bruxelles [=Rue du Val d'Or]. Pendant son séjour à Bruxelles, Bowlby est souvent accueilli en soirée chez les VAN TUYKOM à Woluwé-Saint-Pierre, au n° 2 Rue Martin Lindekens.

Le 16 septembre, les deux hommes partent pour Paris via Tournai avec deux guides séparés. Ils passent de Belgique en France, probablement à Rumes, avec Henriette HANOTTE et marchent toute la nuit avant d’atteindre Lille. Là, ils montent dans le train de Paris, guidés par Amanda STASSART (qui reprend le nom de Dungey dans une liste d’aviateurs aidés) et arrivent avec elle à Paris le 17 à 19h00.

A Paris, Mme BAJPAI (Germaine FLACHET, épouse BAJPAI) les conduit dans un salon de beauté tenu par un couple chez qui seul Dungey reste loger. Après trois jours, Dungey et Bowlby se retrouvent chez le Dr Robert PIGUET, son épouse Émilie et leur fille Janine, au 28 Rue Gay-Lussac à Paris VIe. Selon le récit de Geoff Bowlby, son grand-père rapporte qu’arrivés à Paris, les deux hommes ont été séparés pour la deuxième fois depuis Louvain, Dungey allant loger chez "two ladies of the night" et Bowlby chez un docteur, restant tous deux à Paris pendant neuf jours en tout…

Le soir du 25 septembre, Germaine BAJPAI les conduit en métro à la gare et une jeune fille ("only fifteen or sixteen"…) leur achète de quoi manger ainsi que leurs tickets de voyage jusqu’à Bordeaux avant de les quitter une fois placés dans leur compartiment. Arrivés à Bordeaux le 26 septembre à 07h00, ils sont pris en charge par "Franco" (Jean-François NOTHOMB) qui les accompagne en train jusque Dax. De Dax ils vont à vélo à Bayonne, où une femme roule avec Bowlby et James Allison, tandis que Jean-François NOTHOMB alias "Franco" prend en charge Dungey et George Baker jusqu’à Saint-Jean-de-Luz. Là, ils rencontrent George Duffee et Edward Bridge.

Dungey et Bowlby, exténués après leur longue route à vélo, passent la nuit à Bayonne chez Pierre ARRIEUMERLOU. Le 27 septembre (le récit reprend le 28…) vers 07h30, Dungey et Bowlby quittent Bayonne, toujours à vélo. Le récit de Geoff indique seulement qu’ils étaient restés dans une maison près de la frontière espagnole et qu’ils y restèrent jusque «dans la soirée du 30»…

Ils sont guidés de Saint-Jean-de-Luz à la frontière espagnole par un guide. Dungey, Bowlby et quatre autres aviateurs traversent les Pyrénées avec un guide basque, Florentino GOÏCOECHEA, et "Franco" (Jean-François NOTHOMB). Dans le récit de Geoff, on parle d’un «PAUL» (= Frédéric DE JONGH ?) et de Florentino qui les guident sur les pentes des Pyrénées… Selon le récit de Geoff, ceci se passe dans la nuit du 30 septembre, ce qui est erroné.

Il s’agit du 59e passage de Comète, via via Saint-Jean-de-Luz. Après la traversée de la rivière Bidassoa marquant la frontière, le groupe doit éviter de se faire repérer près d’une gare de chemin de fer en contrebas. Ils passent en file indienne, mais Bowlby perd une chaussure en courant et se coupe sérieusement le pied sur les pierres pointues et les traverses des rails. Il rejoint les autres le pied en sang et tous arrivent dans la nuit du 27 au 28 à un village à environ sept kilomètres de San Sebastian. On les conduit alors vers une ferme isolée où ils peuvent se restaurer et dormir.

Lorsqu’il se réveille, Bowlby apprend que Florentino est parti à pied à San Sebastian avec Dungey et Baker, ce groupe y arrivant vers 17h00 le 28. Bowlby part alors en boîtant vers une autre ferme en contrebas où il reste jusqu’à minuit. Il retrouve alors le restant du groupe et tous sont pris en voiture jusque San Sebastian, d’où les six hommes à nouveau réunis sont conduits en voiture à Madrid, où ils arrivent après 12 heures de route.

Dungey, Allison et Baker partent directement pour Séville, tandis que Bowlby reste encore une semaine à Madrid pour soigner son pied avant de partir avant les autres en train pour Gibraltar le 06 octobre (le récit de Geoff parle erronément de son arrivée là le 10 octobre...)

Elmer Dungey, Allison et Baker restent loger pendant quatre jours dans une maison à Séville et le 3 octobre montent incognito à bord du navire norvégien Sneland I qui ne quitte le port que le 8 octobre à destination de Gibraltar. Dungey quitte Gibraltar par avion le 11 octobre et arrive le lendemain à Lyneham en Angleterre. Il est interviewé par l’I.S. 9 le 13 octobre 1943.


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters