Aviateurs de l'opération Marathon

Dernière mise à jour le 9 octobre 2017.

John Haydn EVANS / 658281
Noddea, Goodwick, Pembrokeshire, South Wales, Angleterre.
Né en 1919 /† le 4 août 2017 à Kenilworth, Warwickshire, Angleterre.
Fl/Sgt, RAF Bomber Command 158 Squadron, pilote.
Lieu d'atterrissage: près de Zonhoven.
Handley Page Halifax B.VI, HX334, NP-C, abattu la nuit du 12 au 13 mai 1944 par Heinz-Wolfgang Schnaufer, Gruppenkommandeur du IV./NJG 1 lors d'une mission sur une gare de formation à Hasselt.
Écrasé à 00h46 le long de la Kneippstraat, derrière le Monastère des Broeders van de Christelijke Scholen à Bokrijk entre Hasselt et Genk, Limbourg belge.
Durée : 16 semaines.
Camps : Beffe, Acremont et Porcheresse.

Informations complémentaires :

Rapport d’évasion SPG 3350/1140.

Le Halifax décolle de Lissett, Yorkshire à 21h56. Immédiatement après le largage des bombes, l’appareil est touché vers 00h35 par Schnaufer à une altitude de 2300 m. Un fort incendie se déclare à bord et une épaisse fumée envahit l’habitacle. Avec un moteur en feu et ses contrôles ne fonctionnant plus, le pilote John Evans donne l’ordre d’abandonner l’avion. Tous les membres de l’équipage auront la vie sauve.


Equipage du HX334 : assis de gauche à droite : Sgt Board, Fl/Sgt Evans, Fl/Off Robertson
Debout de gauche à droite : Fl/Sgt Colledge, Sgt Lloyd, F/Off Daniels, Sgt Frank Tait
Photo du Fl/Sgt Evans et David Mole

Les deux mitrailleurs, tous deux Australiens, seront fait prisonniers et internés au Stalag Luft 7 : le W/O Vivian Graham Colledge, RAAF et le W/O Francis Joseph Tait, RAAF. Outre John Evans (la présente fiche), quatre autres hommes parviendront à s’évader : Douglas Lloyd , William Robertson, le mécanicien Sgt Leslie Ernest Board (SPG 3351/2096 – avec la Résistance belge jusqu’à la Libération) et le navigateur P/O John Bryan Daniels (SPG 3351/2097 – vraisemblablement resté avec Board). Nous n’avons pas de détails concernant ces deux derniers aviateurs, mais ils sont repris dans la liste de ceux aidés par les époux BIERNAUX à Hasselt, d’où ils ont été menés vers Bruxelles ou Liège.

John Evans atterrit dans un bois non loin de Zonhoven près de la ferme d'Alphonse BUNTINX de Zonhoven, qui a des connexions avec la Résistance. Jaak CARDINAELS,16 ans, de Zwartberg, employé dans la scierie de Harrie GERITS à Bokrijk, est occupé à planter des arbres avec un camarade lorsqu’ils entendent du bruit derrière eux et voient apparaître John Evans, vêtu d’une salopette et de sabots, et qui tente de leur faire comprendre qu’il essaie d’atteindre ‘s Hertogenbosch. CARDINAELS le guide vers une cachette sur le terrain de son patron GERITS et lui dit de rester là jusqu’à son retour.

CARDINAELS fonce à vélo jusqu’à la mine de charbon de Zwartberg et il fait appeler l’électricien Alfred VAN DER BIEST pour lui demander conseil. Lorsque CARDINAELS et VAN DER BIEST arrivent à la planque où CARDINAELS avait laissé Evans, il ne s’y trouve plus et des ouvriers de la mine leur disent qu’il est en fait caché non loin de là en compagnie d’un autre aviateur, William Robertson. Rejoignant les deux aviateurs, VAN DER BIEST les interroge, après quoi les deux belges accompagnent les évadés à vélo via la route Hasselt-Eindhoven jusqu’à Zonhoven, arrivant finalement près d’un grand étang dans les bois de la propriété du Baron Jean de VILLENFAGNE, bourgmestre de Zolder depuis 1930 et ses adjoints, René JASPERS, 18 ans et Louis WOUTERS, tous deux de Zolder.

Leur repaire, 5 m de large, 2 m de long et d’une hauteur limitée à 1m70, se trouvait sur les flancs d'un talus abrupt, dissimulé sous un toit de tourbe, et abritait déjà un petit groupe de prisonniers russes évadés de leurs postes de travail forcé dans les mines de Zwartberg et Houthalen. Lors d’un entretien du 30 décembre 1978 avec l’historien local Jef Brussels, cité par Jan Zoons dans un article (voir en bas de page), Louis WOUTERS déclare que lorsqu’Evans et Robertson sont arrivés dans cette cachette, leurs co-équipiers Vivian Colledge, Frank Tait et Douglas Lloyd s’y trouvaient déjà avec les quatre Russes. Louis WOUTERS précise à Jef Brussels en 1979 qu’Evans reçut un costume du boulanger GYOTS de Hasselt, tandis que Robertson se vit remettre le sien venant du greffier du tribunal de Hasselt via un autre boulanger de la ville, Gaston VANBRABANT.


Lloyd, Robertson et Evans avec 5 Russes clandestins en Belgique.

Les sept aviateurs du Halifax HX334, dont Lloyd, restent cachés dans les bois de la propriété durant plusieurs semaines, sans que l’on sache à quel moment ils ont été séparés. Selon Jef Bussels, quatre d’entre eux, Robertson, Evans, Board et Daniels ont été menés sur des vélos d’emprunt vers Hasselt, le baron de Villenfagne roulant en tête de peloton, René JASPERS et un instituteur de Zolder, (Michael ?) SCHEPERS, fermant la marche, les hommes roulant à intervalles d’environ 100 mètres les uns des autres. Louis WOUTERS les attendait au pont du Canal Albert à Hasselt et se demandait où étaient restés Lloyd, Colledge et Tait. On suppose que c’est en Belgique que ces deux derniers auront été arrêtés par la suite. A noter que René JASPERS (1926-1992), arrêté avec son père Jules à leur domicile par la Gestapo dans la soirée du 5 août 1944, a été envoyé au camp de Breendonk, près d’Anvers, avant de partir pour divers camps en Allemagne (le camp de concentration de Neuengamme, puis le Kommando – camp de travail – de Kaltenkirche, puis au début avril 1945, celui de Wöbbelin en Pologne occupée.) Fortement affaibli par sa captivité et pesant à peine 35 kg, il rentrera en Belgique le 23 mai 1945 (voir son récit à cette page). Son père, Jules JASPERS, détenu entre autres à la Prison de Saint-Gilles, fera partie du convoi du 2-3 septembre 1944 à destination de l’Allemagne, mais le train, grâce à l’action de machinistes résistants, ne quittera pas la Belgique (le "Train Fantôme".)


René Jaspers à sa rentrée du camp de Wöbbelin en mai 1945

Lloyd rejoint finalement Evans, Robertson et Daniels et tous sont guidés par Florent BIERNAUX, qui vient les chercher pour les conduire à vélo chez lui au 16 Thonissenlaan à Hasselt, où il habite avec son épouse Olympe et son fils Raymond.

Deux aviateurs canadiens [William Dudley ? et Bill Perry ?] se trouvaient déjà chez les BIERNAUX lorsqu'Evans et les autres y arrivent. Du jardin à l'arrière de la maison, les aviateurs observent des chasseurs P-47 Thunderbolt mitrailler le pont enjambant le Canal Albert. Evans et les autres aviateurs (apparemment sauf William Robertson) sont menés ensuite à Liège dans l'atelier d'un tailleur, endroit qui paraissait être un QG d'une filière d'évasion. Par après, Evans se retrouve dans la maison de Mme Julia MARCHOUL et de sa fille, 1 Rue Reynier à Liège, où "Joseph", apparemment membre important de l'organisation, lui apporte des faux papiers où il est identifié dorénavant comme "Albert George Felix BASTIN, dessinateur".

"Joseph" est arrêté vers la fin mai, ce qui déclenche l'alarme dans tout le réseau, amenant le transfert d'Evans, et vraisemblablement de Lloyd également, aidés de deux guides, dont Florent BIERNAUX, vers la maison de Mme Veuve Louis DELCHEF au 209 Rue Verte à Herstal-Liège où se trouvaient également deux Américains. C'est là qu’Evans, Lloyd et les autres entendent la nouvelle du Débarquement en Normandie.

Dans son livre "RAF Evaders", Oliver Clutton-Brock rapporte que John Evans et Douglas Lloyd s’étaient trouvé cachés pendant plusieurs semaines à Préalle, un faubourg de Herstal, avec deux Américains, Kenneth Griesel et Alvis Roberts. Il est mentionné que, pour éviter d’être pris lors d’une descente des Allemands à la recherche de jeunes réfractaires, les quatre hommes ont été à un moment escortés vers un garage de Herstal tout proche où ils ont rencontré six autres évadés Américains…

Le 4 juillet 1944, Evans, Lloyd et d’autres aviateurs sont menés en camion vers une grande bâtisse à Beffe, chez Vincent et Marie-Ghislaine WUYTS-DENIS. Une descente des Allemands sur le village provoque leur évacuation, d'abord par un prêtre, l’Abbé ARNOULD, ensuite par Louis VANLIERDE, qui les conduit dans une ferme à Paliseul dont le propriétaire fait partie du réseau. Ils y dorment et y sont nourris et sont ensuite menés par un jeune homme, "Albert" (Albert LOUIS, de Porcheresse ?), vers un camp enfoncé dans la forêt proche.

Après une marche de deux heures, ils arrivent dans une cabane faite de pins et de toile goudronnée où se trouvent déjà un pilote de Mosquito canadien et deux pilotes américains. [Il doit s’agir de Gordon Morgan, Howard Maupin et Samuel Schleichkorn.] Cinq jours plus tard, (le 4 août selon le livre d’Oliver Clutton-Brock), arrivent six autres aviateurs, et Evans, Lloyd et quelques autres sont alors guidés vers une autre cabane à environ 20 km de là. Ils y fabriquent leurs propres lits avec du bois de pin, du fil de fer et des fougères. Ce camp de Porcheresse était dirigé par le bruxellois Émile ROISEUX dit "le plombier" qui venait d'échapper à une arrestation à Bruxelles.

La photo ci-desous est de Gaston MATTHYS et montre des aviateurs alliés à "La cabane des chasseurs" au camp de Daverdisse-Porcheresse en août 1944, un refuge de l'opération Marathon au cours de laquelle les aviateurs alliés étaient rassemblés dans des camps dans les Ardennes belges et en France à Fréteval. Merci à Régis Decobeck pour cette photo, merci aussi à Marie-Claire Roiseux-Vienne, fille d’Émile Roiseux, pour les photos de la cabane.


La cabane des Chasseurs au camp de Daverdisse en août 1944.


La cabane en 1978 et 1984.

Plus tard, des hommes de l'Armée Blanche arrivent pour déplacer les aviateurs plus près du front, et, marchant de nuit à travers la forêt, ils arrivent à Bohan-sur-Semois, près de la frontière française.

C'est là qu'Evans, Lloyd et une trentaine d'évadés doivent se tenir coi en attendant l'arrivée de libérateurs. Yvonne BIENFAIT ("Monique", infirmière à l’Hôpital de Schaerbeek) était à ses yeux l'un des chefs du réseau pour les camps Marathon dans la région. Entendant dans le lointain le bruit de véhicules allemands en retraite sur la route et l'approche des troupes américaines étant confirmée, les aviateurs courent vers le village. Les Allemands avaient fait sauter le pont sur la Semois et ils peuvent voir un blindé américain sur l'autre rive. Abandonnant leurs chaussures et chaussettes, les aviateurs retroussent leur pantalon et passent la rivière pour rejoindre les GIs qui n'en reviennent pas de voir ainsi arriver cette bande de types parlant anglais.

Libéré le 4 septembre, Evans est soumis à un interrogatoire, puis mené en camion ouvert vers Paris où on l'interroge à nouveau à l'Hôtel Meurice, rue de Rivoli. Il rejoint l'Angleterre le 5 septembre 1944 et est interviewé le 6 par l'I.S.9.

John Evans, décédé en 2017, repose au Kenilworth Cemetery à Kenilworth, Warwickshire, Angleterre.

Beaucoup de détails concernant l'évasion de John Evans, William Robertson et Douglas Lloyd nous ont été fournis par Greg Lewis, qui a écrit "Airman Missing" à ce sujet. Voir également l’article de Jan Zoons à : cette page. Un livre de Jan Zoons relatant des événements dans la région durant la guerre, y compris les crashes des deux avions, a été publié en mai 2013 : «Een klein gehucht in een grote oorlog : Bokrijk 1940-1944» («Un petit hameau dans une grande guerre : Bokrijk 1940-1944»). A l’initiative du Bokrijkse Werkgroep Oprichting Oorlogsgedenktekens, un monument a été inauguré le mardi 26 février 2013 dans la Kneippstraat à Bokrijk, près de l’endroit où l’appareil s’est écrasé. TV Genk a diffusé une vidéo où une partie de la cérémonie peut être visionnée ici [la première partie montre Jan Zoons lors d’une réunion tenue avant l’inauguration au « Hoeve » dans le domaine des Frères de Bokrijk. Il donne quelques détails sur les avions tombés ici et cite le Halifax NK344 tombé le même jour que le HX334 de John Evans. Deux témoins de l’époque évoquent quelques souvenirs de chute d’avion(s). La cérémonie concernant le HX334 dont question ici commence à 04:50. On y voit Anniek Nagels, échevine à Genk, dévoiler le monument en compagnie de Jan Zoons. Une manifestation similaire est prévue à une date ultérieure à la mémoire de l’équipage d’un autre Halifax, le NA166, tombé le 13 mars 1945 à Genk.]




Grâce à Guy Jaspers, le fils de Réné JASPERS que nous remercions ici, voici également quelques photos :


1978, visite de John Evans à Zonhoven. De gauche à droite sur l'image :
John Evans, son épouse Jane Evans, Louis WOUTERS (resistance), l'épouse de René Jaspers : Julietta Baeten et sa sœur Maria Baeten.

1978, Mrs Jane Evans et René Jaspers.

Voir également la page consacrée à Bill Robertson sur ce site canadien.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters