Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 17 octobre 2013.

Leroy Antone FUNK / 37272514
Conde, South Dakota, USA
Né dans le Dakota du Sud le 06 août 1915 / † à Montevideo, Minnesota, le 23 octobre 1996.
T/Sgt, USAAF 95 Bomber Group 335 Squadron, mitrailleur latéral gauche.
Atterri près de Sint-Huibrechts-Lille, province de Limbourg, Belgique.
Boeing B-17F-BO Flying Fortress, 42-30176, OE-P / "ASSASSIN", abattu le 17 août 1943 lors d'un raid sur Regensburg
Ecrasé entre Vlimmeren et Sint-Lenaarts, près d'Oostmalle, Province d’Anvers / Antwerpen, Belgique.
Durée : 2 semaines.
Passage des Pyrénées : le 02 septembre 1943.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage n° MACR 401. Rapport d'évasion E&E 94 disponible en ligne.

Leroy Funk est du même équipage que le mitrailleur arrière Joseph Aquino. Le pilote est le 1st Lt John L. Sundberg, le copilote est le 2nd Lt John P. Moyer, le navigateur est le 2nd Lt William K. McNatt, le bombardier est le 2nd Lt Claude F Livingstone, le mécanicien/mitrailleur dorsal est le T/Sgt Lester E. Schwab, le mitrailleur ventral est S/Sgt Emerson L. Davies, le mitrailleur latéral droit est Franklin G. Barrett. Tous seront arrêtés, et le seul tué sera l’opérateur radio, le T/Sgt Anthony L. Carlone. Seuls Aquino et Funk parviendront à s'évader.

Dans son rapport d’évasion, Funk n’indique que très peu de détails précis quant aux localités traversées et ne cite aucun nom de ses helpers, respectant le principe qu’au moins il en sait à leur sujet, au moins il pourrait révéler en cas d’arrestation et de torture. Dans un récit dicté pour sa famille en 1994, et que nous a transmis sa veuve Delores, il apporte quelques détails, toujours sans pouvoir citer le nom des personnes courageuses qui l’ont aidé, disant tout au long de son récit combien il regrette de n’avoir pu leur exprimer sa gratitude. Avec le passage du temps, il y a des discordances de dates et d’évènements par rapport à ce qui figure à son E&E 94, ce qui est bien compréhensible, Leroy Funk n’ayant commencé à parler de ses souvenirs d’évasion que très longtemps après la guerre.

L'appareil, qui décolle de Horsham vers 08h00 du matin heure anglaise, ne parviendra pas jusqu'à l'objectif. La Flak est intense à la côte belge et ils sont attaqués par des chasseurs au-dessus de la région anversoise. Le radio Carlone, blessé à la tête, tape sur l’épaule de Funk et lui montre le compartiment radio en feu. Funk aide Carlone à endosser son parachute et tente d’essuyer le sang qui coule sur son visage, mais sans succès car il gelait au fur et à mesure. Il aide Emerson Davies à sortir de sa tourelle ventrale, et, après l’ordre d’évacuer l’appareil donné par le pilote, il saute après Davies, à une altitude de 5500m. Son parachute s'ouvre à 5.000 mètres et il aperçoit quatre autres parachutes et l'avion traînant une fumée noire. Il atterrit au Nord Ouest de Lille-Saint-Hubert/Sint-Huibrechts-Lille et jette son équipement dans un canal. Il part alors au Sud Ouest et marche le jour et la nuit. Le 19 août, il rampe sous une meule de foin et observe une ferme isolée. Une vielle femme le cache dans un champ derrière chez elle et revient le soir avec un homme. Il lui est remis un mot en anglais lui demandant de suivre cet homme à 100 mètres derrière lui. Il est ainsi conduit à une maison "et son évasion est arrangée". Dans son récit, il mentionne avoir été à un moment mené dans la localité de Poederlee (près de Lille).

Il arrive chez le curé de Sint-Huibrechts-Lille, qui parle anglais et le loge deux nuits. Un jeune homme lui apporte alors des vêtements civils et le conduit chez lui pour trois autres nuits. Deux hommes viennent l'identifier et l'emmènent à Herentals en train en le questionnant.

Selon son rapport E&E, Funk est conduit à Malines/Mechelen et est logé deux jours et deux nuits chez un "Van Grysel" ou "Van Grypsal", agent de renseignement. Cet homme le loge ensuite trois nuits chez une femme âgée.. Confirmation : Des archives de Comète comportent un témoignage du 16 octobre 1968 de Madame Louise VAN GYSEL, signalant que Leroy Funk est arrivé le 24 août 1943 chez elle et son mari au 268 Liersesteenweg à Mechelen / Malines. Elle précise que Funk a ensuite été confié à Madame COOLEN, 8 Korte Maagdenstraat (au coin du 15 Gerechtstraat) toujours à Malines.

Le 29 août(dans son récit, Funk situe cela au 2 ou 3 septembre), les deux guides d'Herentals le conduisent à Bruxelles en 3e classe. Le récit, lui, indique qu’il n’est accompagné que d’un homme qu’il appelle arbitrairement "Sam", un "espion anglais" rencontré "le 20 août" et qui l’avait pris en charge depuis cette date, lui ayant dit qu’il devait se cacher la journée dans un bouquet d’arbres près d’une maison (vraisemblablement du côté d’Herentals ?) et passer les nuits dans une remise à outils y attenant. Dans son récit, Funk signale être resté là pendant six jours, du "20 au 26 ou 27 août"…

Arrivés à Bruxelles, selon le récit, Funk et "Sam" ont marché environ une heure à travers la ville pour arriver à une maison où Sam frappe à la porte. Un homme vient ouvrir (marié et père de deux filles) et Funk est caché dans le grenier pendant six nuits, période au cours de laquelle il est interrogé au moyen d’un document pré-imprimé reprenant des questions à propos d’expressions typiquement anglo-saxonnes, etc. Un jour, Sam passe à cette maison et lui remet de faux papiers au nom de "Lerois Francois Louis" (sic) et indiquant qu’il est un "waiter" (serveur/garçon de café), sourd et muet. Le récit se poursuit en signalant qu’un matin à 10h00, Sam vient le chercher et Funk le suit à pied à distance. Les deux hommes marchent environ une heure avant d’arriver à une gare où ils prennent un train, roulant pendant deux heures jusqu’à un endroit, toujours pas précisé. Ils passent la nuit dans un champ, marchent presque toute la journée suivante pendant à peu près "20-30 miles" (30 à 50km…) et arrivent à une ferme où ils passent la nuit dans une étable.

Selon des archives de Comète, Leroy Funk, à la demande de Jules DRICOT, a été placé chez Jean-Baptiste MONDRY et son épouse, chez qui il a logé à la fin août au 38 Rue de Venise à Ixelles.

Toujours selon le récit de 1994, Funk et Sam seraient partis le lendemain ("4 ou 5 septembre"), auraient marché environ 7km jusqu’à une gare et pris un train les menant à Paris…

D’après le rapport d’évasion de Funk, arrivés à Bruxelles, son guide (non nommé) et lui y rencontrent un homme dans une église, qui le loge trois nuits. Cet homme le guide à Sivry (ou Givry) par le train et il rencontre Bruno Gallerani et son guide dans ce train. Gallerani nomme Funk dans son rapport, mais Funk ne cite pas son nom dans le sien, ni dans son récit de 1994, se contentant de parler d’"another GI"… qu’il aurait vu pour la première fois après leur sortie de la gare à Paris.

Un homme blond parlant anglais le passe avec Gallerani et son guide à travers la frontière française. Une voiture les prend tous les cinq à une gare, où ils prennent un train vers Paris en seconde classe. Ils attendent dans un café parisien que ce blond contacte un Français, blond lui aussi, qui conduit Funk et Gallerani chez lui pour trois nuits. Il les conduit alors dans un parc où le Belge blond de la frontière leur dit de suivre l'homme qui était avec lui. Ils prennent le train jusque Dax avec cet autre guide.

A Dax, le guide prend contact avec un homme qui a des vélos et ils se rendent à Bayonne, rencontrant lors d'une halte John White et Denis Foster. Selon White, c'est le lieutenant de cavalerie français Michel Habbart qui les guide, lui et Bruno Gallerani, de Paris à Dax en train, via Bordeaux.

Funk et Gallerani logent à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA et sont conduits à la frontière espagnole le 02 septembre à 17 heures par Denise HOUGET via Saint-Jean-de-Luz. Le groupe (Funk, Gallerani, John White et Denis Foster) passe le pont de la Nivelle vers Ciboure. A Ciboure, un homme leur dit dans un anglais parfait "I'll take your bikes". L'obscurité tombée, ils mettent des casquettes et continuent vers Urrugne et la ferme Jatxu Baita chez Joseph LARRETCHE. Ils y changent de pantalon et sont pris en charge par deux autres guides pour la marche de neuf heures vers l'Espagne.

Le groupe d’évadés traverse les Pyrénées et la Bidassoa avec Jean-François NOTHOMB. C'est la 54e traversée de Comète via la gare minière désaffectée de San Miguel et l'auberge d'Oiartzun. Ils prennent alors au soir un train vers San Sebastian et y passent trois jours dans un appartement. Le consul britannique les conduit à Madrid à l'ambassade et Funk passe trois nuits à l'hôtel Mora.

Tout comme White, Gallerani et Foster, Funk est débriefé par le major Clark et le Lt John White Jr à Madrid. Il parvient à Gibraltar le 12 septembre et il y est interrogé par le major Grady Lewis. Il quitte Gibraltar par avion le 15 et arrive le 16 à Prestwick en Angleterre.


Mot de remerciement de Funk dans le carnet de Pierre Elhorga.

Leroy Funk repose au Sunset Memorial Cemetery, Montevideo, Minnesota.

Merci à Madame Delores Funk pour le récit dicté par Leroy en 1994 et où figurent quelques photos.


Leroy Funk et sa mitrailleuse de flanc.


Une photo de l’équipage, la flèche montrant Leroy Funk à l’avant-plan. Joseph Aquino se trouve
également dans la rangée de devant, soit à l’extrême gauche, soit à l’extrême droite.

Ci-dessous, des cartes jointes à son récit et où Leroy a tracé, au mieux qu’il s’en souvenait en 1994, son parcours depuis la Belgique jusqu’à Gibraltar. Il indique dans son rapport d’évasion qu’il avait utilisé les cartes de son kit d’évasion pour pouvoir suivre au mieux son itinéraire, s’aidant également de sa boussole.


(Angleterre) Belgique, France, Espagne


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters