Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 11 octobre 2013.

Bruno M. GALLERANI / 31128083
43 Maple Road, Longmeadow, Hampden County, Massachusets
Né le 10 octobre 1920 / En vie en 2013
T/Sgt, USAAF 385 Bomber Group 548 Bomber Squadron, mécanicien et mitrailleur dorsal
Lieu d'atterrissage : près du Schriekbos à Zoersel, Province d’Anvers, Belgique.
Boeing B-17F-BO Flying Fortress, 42-5886, immatriculation GX-G et surnom "The Jolly Roger", abattu vers 11h30 le 17 août 1943 lors d'une mission sur Regensburg par le Oberleutnant Arthur Beese ou le Fw Peter Ahrens du 3./JG26
explosa au dessus de Woensdrecht et s'écrasa près de part et d’autre de la frontière belgo-hollandaise, en partie à Berendrecht ("Fort Frederik"), Belgique et au Nieuwe Hinkelenpolder à Woensdrecht / Hoogerheide (Noord-Brabant) en Hollande.
Durée : 2 semaines.
Passage des Pyrénées : le 02 septembre 1943

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 387A. Rapport d'évasion E&E 93 disponible en ligne.

Bruno Gallerani était un remplacement de dernière minute dans l'équipage du "Jolly Roger" et ne connaissait aucun de ses membres. L'appareil décolle de Great Ashfield à 06h45 pour Regensburg. Attaqué vers 11h30 heure continentale à une altitude de 4000m par des chasseurs allemands, un obus de 20 mm endommage sa tourelle alors que Gallerani est en train de brancher son masque à oxygène. Il quitte sa position peu avant qu’un autre obus détruise sa tourelle. Tandis qu’il endosse son parachute, il voit le bombardier Henry Walker essayer d'ouvrir la trappe d'évacuation à l'avant de l’appareil. Le navigateur a l'air salement touché et Gallerani saute après Walker. L'appareil est déjà descendu à 2500m et deux chasseurs continuent à l'attaquer. Durant sa descente, Gallerani ne voit que trois autres parachutes.

Six hommes perdront la vie : le pilote 1st Lt Paul A. Sommers, le copilote 2nd Lt Herbert Winthrop Brown, le navigateur 2nd Lt Hugh T. McClatchey, l'opérateur radio T/Sgt Olin L. Wieneke, le mitrailleur gauche S/Sgt Parker F. Crabtree et le mitrailleur arrière S/Sgt Joe Schreppel. Selon une information qui nous a été transmise par Gustave Cryns, Joe Schreppel, sérieusement blessé, serait parvenu à allumer un petit feu pour attirer l’attention. Il décèdera cependant peu après, muni des derniers sacrements administrés par le prêtre de la paroisse de Sint Antonius Brecht (Zoersel). On précise que son corps a été déposé dans la petite morgue de Zoersel et que le lendemain une foule nombreuse est venue déposer des fleurs devant la porte de la morgue. On le signale comme étant originaire de "Pittsburgh, Pennsylvanie", mais les documents officiels indiquent qu’il était de Girard, Crawford County, dans le Kansas. La confusion provient vraisemblablement du fait que Schreppel aura donné plutôt le nom de Pittsburg, localité plus importante située à une quinzaine de km de Girard , toutes deux dans le Crawford County. Le nom de Schreppel est repris dans la liste officielle des militaires de ce County dont les corps n’ont pas été retrouvés et il figure toujours à la liste des disparus. Voir d’autres détails concernant le lieu final de sépulture de Joe Schreppel sur le site de Gustave Cryns à http://www.missingaction.be/aftermath1.php

Le pilote Paul Sommers repose au cimetière américain de Margraten en Hollande, le navigateur Hugh McClatchey à celui du Long Island Military Cemetery à Farmingdale, NY, USA. Les corps des trois autres n’ont jamais été retrouvés et ils figurent toujours à la liste des disparus.

Le bombardier 2nd Lt Henry S. Walker , le mitrailleur ventral T/Sgt James H. Brown et le mitrailleur droit S/Sgt Larry Raymond Stokes seront fait prisonniers. Le Sgt Stokes, assez sérieusement blessé, interné comme James Brown au Stalag XVIIB en Autriche, sera remis aux autorités américaines le 22 septembre 1944 et rapatrié aux Etats-Unis. Né en 1918, il décèdera en 1952.

Certaines parties du texte ci-dessous ont été rédigées au départ du rapport d’évasion de Gallerani et l’ensemble a été complété sur base de diverses informations qui nous ont été rapportées ou ont été retrouvées dans les archives de Comète. Gallerani lui-même, contacté en octobre 2007, avouait ne plus se souvenir de détails, ayant décidé durant son évasion de ne pas mémoriser ni de dates, ni de noms ni de lieux de manière à ne pas faire courir de risques à ses helpers en cas d’arrestation et d’interrogatoire « musclé »…

Selon des renseignements de Gustave Cryns, Gallerani est un des trois aviateurs qui sont tombés dans la propriété du baron Alphonse van de PUT (1887-1942), tout près du château familial " Zoerselhof".


L’ancien château du « Zoerselhof

Le rapport d’évasion de Bruno Gallerani, qui sera donc le seul à s’échapper signale qu’il atterrit dans un verger et doit couper ses suspentes pour se libérer. Un homme l'attend au sol qui parle très bien anglais, et d'autres arrivent. L'homme dit que les Allemands sont à 8 km, mais qu'il ne pense pas qu'il pourra leur échapper. Gallerani court un bon kilomètre avant de se dissimuler sous des ronces. Il y reste jusqu'au lendemain à 15 heures. Il continue à marcher et voit des gens âgés qui travaillent dans un jardin. Il leur montre sa carte de phrases traduites et on le conduit chez l'homme de la veille. Celui-ci le cache dans un champ et lui dit que d'autres personnes ont remis son équipement aux Allemands, qui vont bientôt le rechercher avec des chiens. Il pense donc ne pas pouvoir l'aider et lui indique la direction à suivre, lui conseillant de ne faire confiance à personne avant d'être dans le Sud de la Belgique, ou au moins au Sud du Canal Albert. Il lui signale que des jeunes gens des environs d'Anvers lui offriraient bien leur aide, mais qu’ils pourraient bien le dénoncer ensuite à la police. L'homme lui conseille aussi d'éviter les gens aisés, qui selon lui sont souvent pro-Allemands.

Gallerani marche à travers champs et marécages, évitant les gens. Il porte toujours sa combinaison de vol et remarque qu'absolument tout le monde l'observe quand il passe. Il dort la nuit suivante dans une pinède et au matin poursuit sa route vers le sud. Arrivé devant une grande usine, il se cache la journée dans le terrain jouxtant une bâtisse y attachée et dans laquelle est casernée une garnison allemande. Le 19 août, il arrive à un canal (vraisemblablement le Canal Albert) et attend le soir pour traverser sans être vu par la garnison allemande. Il doit ensuite en traverser un second à la nage puisqu'il ne trouve pas de pont. Il dort la journée du 20 pour se reposer.

Le 21, il est en train de prendre des fruits dans un verger quand deux hommes s'approchent. Ils ont l'air amicaux mais ne peuvent communiquer quand il leur demande de l'eau à boire, et l'un d'eux appelle une jeune fille. Après beaucoup de gestes, elle comprend qui il est, part chercher une amie et revient avec son père, qui l'emmène dans un bois. L’homme revient plus tard avec des cartes et un dictionnaire et le laisse passer la nuit là. Le 22, il revient avec un homme qui parle anglais, l'interroge et demande à voir ses disques d'identité. L’anglophone revient au début de l’après-midi avec des vêtements et un vélo et dès lors "son évasion est arrangée". L'homme le conduit dans une propriété où Gallerani est caché dans la grange, puis est déplacé vers une autre grange pour y être à nouveau interrogé.

Le 22, il est caché dans une meule de foin et un homme à la jambe de bois lui demande ses plaquettes d’identification et dit qu'il les lui rendrait le lendemain. Le 23, on les lui rend et deux jeunes hommes le conduisent à Anvers vers 17 heures, dans la maison de l'unijambiste. Il est mené vers une autre maison où il est à nouveau interrogé et où il reste 3 jours. Il va ensuite loger deux jours dans l’appartement d’un "Fred", dont la mère est peintre. D’Anvers, Gallerani passe par Ranst et environs.

Gallerani a été assisté par le résistant Auguste HELSEN de Nijlen (7 Boshoek). Luc HELSEN, fils d’Auguste, a retrouvé le carnet de son père dans lequel figure le nom et l’adresse de Gallerani à la date du 24 août, qui semble donc être la date du premier contact, sans précision de l’endroit :

L’aviateur portait un anneau d'or avec une gravure de loutre. Ce signe de reconnaissance fut signalé à Londres par Gust HELSEN qui émettait par une radio clandestine depuis une ferme de Ranst. Après confirmation de l’identité de Gallerani, Gust HELSEN est un des deux hommes qui le guideront à vélo vers le point suivant de la chaîne d'évasion. [ Par après, le retour de Gallerani en Angleterre fut annoncé par le message "Napoléon est à Waterloo" diffusé par la BBC et entendu le 17 septembre en Belgique .] Gallerani est renseigné avoir transité durant son évasion par le groupe de Marcel CHARDOME, Rue Van Schoonbeke / Van Schoonbekestraat à Anvers.

Selon les souvenirs de Gallerani en octobre 2007, il avait aperçu un château (« and some Gestapo building »), près d’une voie de chemin de fer. Selon certains souvenirs de Gust HELSEN, que nous ont rapporté son fils Luc, il semblerait que Gallerani soit resté un certain temps à Nijlen dans un château dans l’attente de la vérification de son identité. Après recherches, il se pourrait que ce soit le château Tibourschrans (« het hofke » pour la population locale pendant la guerre) à la Tibourstraat à Nijlen, non loin de la ligne de chemin de fer Lier-Herentals.

D’Anvers, "Fred" et un autre homme ont guidé Gallerani (vraisemblablement en train) jusqu’à Bruxelles où il passe la nuit dans une petite pièce dans un magasin. Le lendemain, on lui donne des faux papiers (sans avoir pu utiliser les photos en civil de son kit d’évasion, le format ne convenant pas) et un homme l’accompagne en train jusqu’à une ville (Givry ou Civry-Rance ?) près de la frontière française. C’est dans le train qu’il rencontre Leroy Funk.

Un homme blond parlant anglais le passe avec Funk et un guide à travers la frontière française. Une voiture les conduit à une gare, où ils prennent un train vers Paris en seconde classe. Ils attendent dans un café parisien que ce blond contacte un Français, blond lui aussi, qui conduit Funk et Gallerani chez lui pour trois nuits. Ce Français les mène alors dans un parc où le Belge blond de la frontière leur dit de suivre l'homme qui était avec lui. Ils prennent le train jusque Dax avec lui. Selon John White, c'est le lieutenant de cavalerie français Michel Habbart qui les guide, lui et Funk, de Paris à Dax en train, via Bordeaux.

A Dax, le guide prend contact avec un homme qui a des vélos et tous se rendent alors à Bayonne, rencontrant lors d'une halte John White et Denis Foster.

Ils logent à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA et sont conduits à la frontière espagnole le 02 septembre à 17 heures par Denise HOUGET via Saint-Jean-de-Luz. Le groupe des quatre aviateurs et de Michel Habbart passe le pont de la Nivelle vers Ciboure. A Ciboure, un homme leur dit dans un anglais parfait "I'll take your bikes". L'obscurité tombée, ils mettent des casquettes (des bérets ?) et continuent vers Urrugne et la ferme Jatxu Baita chez Joseph LARRETCHE. Ils y changent de pantalon et sont pris en charge par deux autres guides pour la marche de neuf heures vers l'Espagne.

Gallerani et les autres traversent les Pyrénées et la Bidassoa avec Jean-François NOTHOMB. C'est la 54e passage de Comète via la gare minière désaffectée de San Miguel et l'auberge d'Oiartzun. Gallerani et les autres évadés prennent alors au soir un train vers San Sebastian où ils passent trois jours dans un appartement. Le consul britannique les conduit à Madrid à l'ambassade et Funk et Gallerani passent trois nuits à l'hôtel Mora.

Gallerani est débriefé par le major Clark à Madrid le 9 septembre. Tout comme White, Funk et Foster, il parvient à Gibraltar le 12 septembre, y est interrogé par le major d'aviation Grady Lewis et part en Angleterre (à Prestwick) par avion le 16. Gallerani y est à nouveau débriefé le 17 septembre et rejoint le lendemain son unité à Great Ashfield.

L'avion, l'équipage et leur sort, dont, brièvement, celui de Gallerani, sont développés sur le site de Gustave CRYNS cité plus haut.

Luc HELSEN rapporte qu’après la libération, en 1944, son père Auguste fut convoqué au Quartier général des forces alliées à Anvers car Bruno Gallerani était porté manquant après une mission. Il s’avéra par la suite que l’appareil à bord duquel il se trouvait avait été touché au-dessus de l’Allemagne mais avait pu rejoindre le territoire russe. Selon Bruno Gallerani, cependant, par téléphone le 27 octobre 2007, comme son uniforme était en possession des Allemands et que son nom y figurait, il lui avait été interdit d’encore effectuer des missions. Il fut donc envoyé aux Etats-Unis où il servit en tant qu’instructeur de tir aérien jusqu’à peu de temps après la fin de la guerre en août 1945. Peut-être le fait d’avoir encore effectué une mission après son évasion lui était sorti de la mémoire (?)


Bruno Gallerani en Angleterre (1943)

Gustave CRYNS nous a communiqué des informations et des photos concernant la Mae West de Bruno Gallerani. Cette Mae West avait été remise à l’époque à Cyril ELST par un ami, un garçon de 15 ans, fils de l’habitant du château du Zoerselhof en 1943 et retrouvée récemment (2013) par Cyril ELST. Comme la liste des Helpers belges établie après la guerre reprend le nom de la "baronne VANDEPUT" à côté de la mention "see Janssens de VAREBEKE, Kasteel van Zoersel" qui elle-même renvoie à "Irma de VAREBEKE", on peut penser que c’était effectivement la famille JANSSENS de VAREBEKE qui habitait le domaine peu après le décès du baron Alphonse van de PUT en septembre 1942…




Merci à Luc HELSEN, fils de Gust HELSEN, pour les informations qu’il nous a transmises, de même qu’à Gustave CRYNS pour ses détails et les photos de Gallerani, de sa Mae West et du château Zoerselhof.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters