Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 11 décembre 2014.

Robert Zeno GRIMES / O-797521
19 Aylwin Road, Portsmouth, Virginie, USA
Né le 24 novembre 1922 en Virginie / † le 21 avril 2010 à Fort Belvoir, Virginie
1st Lt, USAF 96 Bomber Group 413 Bomber Squadron, pilote
Atterri en parachute dans les champs à Silly près d'Ath, Hainaut, Belgique.
Boeing B-17F-BO Flying Fortress - 42-30372 (MZ-P) - "Shack Rabbit III", abattu le 20 octobre 1943 par un chasseur allemand FW190 lors d'une mission sur Düren.
Avion écrasé en deux parties la queue à Hensies et la carlingue à Quevaucamps (Entité de Beloeil).
Durée : 9 semaines.
Passage des Pyrénées : le 23 décembre 1943

Informations complémentaires :

Le Missing Air Crew Report relatif à la perte de cet appareil : MACR 1017. Escape & Evasion Report n° 361 (disponible en ligne).

L'appareil (qui était assigné au 413 Bomb Squadron) décolle de la base de Snetterton Heath. A l'approche des côtes du Continent, à 8.000 m d'altitude, le sur-compresseur du moteur n° 4 a des ratés et le pilote Bob Grimes doit mettre cette hélice en drapeau. L'avion parvient cependant à rester dans la formation, en dernière position. Le temps est mauvais sur la Belgique et la formation doit prendre de la hauteur pour passer au-dessus des nuages, ce que le " Shack Rabbit III " ne peut faire avec seulement trois moteurs. Grimes fait demi-tour pour retourner à la base, cherchant une cible d'opportunité dans la région.

Au moins six chasseurs allemands Fw190 attaquent alors l'appareil esseulé et Grimes est blessé à la première attaque. L'empennage est soufflé et seuls les ailerons sont contrôlables. Le moteur n° 2 est touché et Grimes, qui a de plus en plus difficile à contrôler l'appareil qui perd davantage d'altitude, donne l'ordre d'évacuer.

Quatre hommes perdront la vie, le copilote 2nd Lt Arthur Charles Pickett, dont le parachute ne s’est apparemment pas ouvert ou ses sangles se sont emmêlées, l’aviateur tombant sur une maison à Harchies et perdant la vie quelques minutes après sa chute ; l'opérateur radio T/Sgt Frederick William MacManus, atteint d’une balle à la tête, décédé à bord ; le mitrailleur gauche S/Sgt Jerome Chester Nawracaj (qui aurait trouvé un vélo peu après son atterrissage, mais aurait été dénoncé le 21 octobre par une femme à laquelle il avait demandé son chemin. S’éloignant rapidement à vélo, il aurait été abattu, atteint au dos par des soldats allemands) et le mitrailleur arrière S/Sgt George Carl Janser, bloqué dans la queue de l’appareil qui se détache après une explosion.

Robert Grimes et cinq autres parviendront à s'évader : le navigateur 2nd Lt James McElroy, le mitrailleur ventral S/Sgt Robert Metlen, le bombardier Lt Charles Carlson, le mitrailleur dorsal S/Sgt Theodore Kellers et le mitrailleur latéral S/Sgt Harold Sheets.

L'appareil se met en vrille quand tout l'équipage a sauté et Grimes saute alors en dernier par la trappe avant. Une des sangles de cuisse de son harnais est cassée. Il voit des Fw190 qui passent près de lui et craint qu'ils ne le visent. Apercevant un aérodrome sous lui (ce doit être Chièvres), il s'attend à un accueil par des soldats allemands.

Grimes atterrit vers 15 heures et quart dans un champ jouxtant une grand-route, où des gens s'arrêtent pour le regarder. Il se débarrasse de son parachute et de sa Mae West et des gens lui indiquent sur sa carte qu'il est en Belgique. Ils lui disent qu'il ferait mieux de se dépêcher, car les Allemands sont très proches. Un jeune homme qui l'aide à se mouvoir dans un autre champ plus loin de la route, derrière une haie, lui dit qu'il reviendra à 18 heures mais ne revient pas.

Quand il commence à faire noir, Grimes se dirige vers une maison pour demander de l'aide. Une femme se trouve dans une cour à l'arrière et il lui dit qu'il est Américain. En lui faisant comprendre qu'elle voudrait bien qu'il s'en aille, elle le guide vers un garage. Trop faible pour chercher une autre maison au village et dans l'espoir de trouver plutôt une autre ferme, il s'adresse à un vieil homme, qui ne se montre pas plus affable. La femme revient vers lui et explique que des Allemands logent chez eux avant de le conduire dans la grange. Elle lui donne à manger et deux femmes le traînent ensuite jusqu'à la maison suivante, l'abandonnant à la porte de derrière.

Après des hésitations, les occupants de cette maison le laissent entrer. On lui nettoie sa plaie avec de l'eau chaude, on la désinfecte avec de la teinture d'iode, il reçoit un verre de cognac et va dormir sur un matelas au sol. Le lendemain, le 21 octobre, il est déplacé dans une autre maison d'où un véhicule de l'Armée Blanche l'emporte vers une autre destination. [l'Appendix "C" de son rapport d'évasion indique qu'il s'agit du QG local à Lessines (?)] Son rapport ajoute que la trousse de son kit d'évasion ne contient que de l'argent français, qu'il reçoit des vêtements civils et qu'une fausse carte d'identité belge est faite avec ses photos en civil faites en Angleterre. Une infirmière vient le visiter et pendant la nuit, un docteur vient lui administrer une piqûre contre le tétanos, puis une autre pour lui stimuler le cœur. Il mentionne le nom de Rolande "Crusin" du 93 Rue de l'Hôtellerie à Lessines pour l'infirmière qui lui injecte le stimulant cardiaque toutes les trois heures, et il renseigne également qu'un chef de la police vient le visiter, comme beaucoup d'autres résistants.

Des archives nous ont permis de trouver qu'Aristide ADAM dit Émile, chef de secteur 32 du Groupe G (Ath) est le résistant qui organise la récupération de Robert Grimes blessé dans des champs à Silly avec Jean BOISDENGHIEN de Lanquesaint et Léo VAN BEL (au contact de Octave WÉRY) de Meslin-l'Evêque. Ces derniers s'entendent avec ADAM depuis mai 1943 pour l'aider à l'évasion d'aviateurs. Raoul CABOTAIRE de Meslin-L’Evêque transporte Grimes en voiture chez Antoine ADAM, le père d'Aristide, au 27 Rue de la Station à Gibecq (Silly). Grimes y reste 2 jours et de là est conduit chez l'abbé Louis LEMIRRE de Meslin-l'Évêque par Willy FERMEUSE de la même localité.

Rolande CRUSIAU, quant à elle, infirmière au 14 Place à Bois-de-Lessines et courrier C32 au Groupe G pour Émile ADAM, déclare effectivement avoir soigné Grimes le 20 mars chez ADAM, d'où il part le 21 avec FERMEUSE chez l'abbé Louis LEMIRRE où Rolande continue à le soigner avec une seule visite du Dr Jean DE LOOF (19 Rue de la Station, Deux-Acren) et travaillant à la Clinique Jean Jaurès à Lessines.

Dans son rapport, Grimes dit partir le 22 à l'aube à bord d'une voiture précédée de deux hommes à vélo s'assurant que la voie est libre. Ils vont chez un prêtre dans un village voisin (l'abbé Louis LEMIRRE à Meslin-L’Evêque), où pendant la nuit il reçoit la visite d'un autre médecin (DE LOOF), Rolande arrivant à vélo avec des produits cicatrisants. Grimes rapporte qu'une nuit, vers le 27 octobre, on lui dit de bien écouter un boum - il l'entend distinctement - et ce sera l'explosion d'un train de munitions saboté par les résistants.

Le 29 octobre, on le conduit à un véhicule qui l'embarque à Bruxelles dans la maison d'une femme âgée de 60 ans au 160 "Monte Christi" (c'est en fait chez Hélène CAMUSEL au 160 Rue Marie Christine à Laeken). "Lili /Lily" Aline DUMONT y habite et on l'y emmène parce qu'elle est infirmière et pourra soigner sa blessure. [Voir ci-dessous, la mention par Jeanne MACINTOSH de la date du 14 novembre pour ce transfert… ?]

Un livre "The Freedom Line, The Brave Men and Women Who Rescued Allied Airmen From the Nazis During World War II" par Peter EISNER (Harper Collins, 2004) relate l'évasion de Grimes. A propos de sa blessure (que dans son rapport d'évasion Grimes situe à la cuisse…), on y lit qu'après l'opération, sans anesthésie et qui dura une heure et demie pour extraire la balle qui s'était logée dans son fémur, Grimes conserva cette balle dans sa poche pendant les six semaines qu'il passa à Bruxelles.

Grimes dit dans son rapport d'évasion que le 30 octobre, Aline DUMONT lui envoie un excellent docteur, qui le mène à l'hôpital le 02 novembre avec un masque sur la gorge. Le docteur dit à tout le monde que son patient souffre trop et ne peut pas parler. Il lui administre un anesthésiant local et l'opère à la cuisse. L'opération dure une heure et demie.

L'aviateur reste ainsi avec Aline DUMONT jusqu'au 14 décembre. Son père Eugène et sa sœur Andrée ("Nadine") sont encore en prison, mais sa mère vient d'être relaxée. Ils ont tous été condamnés à mort, mais Aline aurait pris des mesures pour que cela ne se produise pas. Elle prend Grimes en promenade à travers Bruxelles pour le mettre en forme pour les Pyrénées. Un soir, ils sont en tram et les Allemands fouillent tout les monde car des trams avaient été utilisés pour transporter des armes.

Le dossier de Jeanne MacINTOSH renseigne qu'agent Zéro-Portemine de ROOVERS, elle a été recrutée le 28 novembre 42 par François HANSSENS (0-86B) au 14 Avenue des Tulipes/Tulpenlaan à Hal. Citoyenne britannique, elle était partie en congé chez sa mère en Belgique en 1939 et n'avait pas pu rentrer en Angleterre, vivant alors chez un oncle et une tante à Lembeek, près de Hal (Robert GOFFAUX, 107 Chaussée de Mons à Lembecq / Lembeek). Elle sert d'intermédiaire pour Robert Grimes entre Octave WERY et Aline DUMONT. Selon Jeanne, Grimes se trouvait chez François HANSSENS au 14 Avenue des Tulipes / Tulpenlaan à Hal, d'où il aurait été amené le 14 novembre 43 en auto chez Hélène CAMUSEL à Bruxelles par M. LENNETZ (Jean-Baptiste LENNERTZ, 86 Rue de Pervyse, Etterbeek-Bruxelles ?), un agent d'Élie MIROIR. Jeanne déclare avoir rendu deux visites à Grimes durant les 44 jours passés par lui chez Hélène CAMUSEL.

Grimes confirme avoir rencontré beaucoup de monde avec Aline DUMONT. Il mentionne bien Jeanne MacINTOSH et rapporte qu'elle vivait hors de Bruxelles et amenait des Anglais vers la capitale. Il ajoute que la Gestapo (en fait, la GFP/Luft) l'a arrêtée avec deux Anglais ainsi que son oncle (très actif dans la résistance) et sa tante. Quand Grimes rencontre "Daniel Mouton" (Albert ANCIA), ce dernier lui prétend que 200 résistants avaient envahi la prison où les MacINTOSH se trouvaient et les avaient libérés. Grimes précise que le père est Morris MacIntosh de 201 St James Street, The Red Cross, à Londres.

Grimes poursuit : Lili elle-même travaillerait de 06 à 22 heures pour le réseau, directement sous la direction du patron qui est son seul contact. Anne, une de ses meilleures amies, travaillerait sous ses ordres. Quand il arrive à Paris, il se rend compte que Lili y est connue. Il remarque qu'un homme qui avait peu de cheveux roux, mesurait 5 pieds 10 pouces (1m77) et portait des lunettes bronzées, travaillait plus avec elle que n'importe qui d'autre. Il pense que cet homme s'appelle Gaston (c'est Gaston MATTHYS). Un résistant nommé VERHEYDEN (non identifié) avait l'habitude d'amener des aviateurs depuis Anvers, mais était à ce moment trop occupé pour le faire encore. Grimes remarque aussi que tous les mercredis soir, Lili recevait la visite d'une grande femme aux cheveux foncés portant toujours un manchon noir à un doigt et fumant beaucoup.

Grimes apprend à connaître "Jack le Canadien", ou "Willie", l'homme-au-doigt-coupé. Lili lui montre des photos de l'individu : 48 à 50 ans, parfois avec une moustache et les cheveux teints et un jeu de différentes lunettes. Son amante travaille avec lui (Il s'agit bien entendu de Prosper Dezitter et Florentine Giralt). Après qu'à Liège la Gestapo ait arrêté un couple qui logeait trois Américains qui, eux, purent se sauver par la porte de derrière, Grimes signale que "Lili" devrait se rendre dans cette ville pour examiner le problème.

Jeanne MacINTOSH est arrêtée le 10 décembre. Le réseau apprend qu'elle aurait parlé et ils doivent déménager puisque Jeanne sait où Lili habite. Grimes et Lili vont se réfugier dans la maison d'une certaine JEANNE de 35 ans qui vit avec sa sœur FIFI (?). C'est avec cette JEANNE que Lili est partie en novembre pour préparer une autre route vers la France car la police allemande commençait à "brûler". La mère de JEANNE et FIFI, accidentée avec le gaz peu auparavant et se trouvant à l'hôpital vient alors à décéder, ce qui force Grimes et Lili à partir. Comme ils ne savent où aller, Lili loue un appartement où ils restent du 17 au 20 décembre.

Le 20 décembre, Grimes prend le train pour Tournai avec un blond à Moustache (ce devrait être Jules DRICOT), qui le laisse avec un aviateur de la RAF (Stanley Munns) dans un café où ils rencontrent Arthur Horning et Elton Kevil. Les évadés se mettent en marche et traversent la frontière guidés par "une brunette costaude", (Henriette Hanotte). Ils arrivent à une maison où un homme les guide à travers champs vers une autre maison.

Là, ils rencontrent une fille aux cheveux blond foncé et aux yeux bleus (Amanda STASSART, "Diane") qui les guide par après vers Paris. Ils voient aussi un homme de petite taille qui dirige cette section et auquel Lili lui a dit de s'adresser s'il avait des problèmes. Cet homme présente bien, paraît avoir 25 ou 26 ans et mesure 5'5". Grimes l'avait vu à Bruxelles et avait appris qu'il guidait parfois de Bruxelles à Paris (il s'agit d'Albert MATTENS). Les évadés passent la nuit là et le 21 marchent vers une petite ville où ils prennent un train pour Lille, d'où une correspondance les amène à Paris.

A Paris, Grimes et d'autres hommes attendent dans un café qu'Amanda ait placé deux des évadés en lieu sûr. Amanda guide alors Grimes et Munns chez une dame âgée blonde dont le mari fait tout le temps la cuisine. Ils rencontrent là, "l'homme-qui-porte-toujours-un-révolver", mince, parlant l'anglais, et qui est le chef du réseau à Paris (Jacques LE GRELLE). L'après-midi, un autre guide, ancien prisonnier de guerre évadé parlant un peu l'anglais, les mène à une gare où ils y voient Horning avec une petite femme en noir. Celle-ci les guide à Bordeaux en train et change leurs cartes d'identité juste avant d'arriver.

A Bordeaux, Grimes et Horning voient Lloyd Stanford et Jim Burch qui sont avec "Max" (Marcel ROGER), qui les place dans le train de Dax dont ils descendent juste avant d'arriver au centre. Grimes part alors à vélo avec Marcel ROGER, pendant que "Franco" (Jean-François NOTHOMB) prend un bus avec les autres. Nothomb a une moustache, une grosse barbe et, selon Grimes, se donne de l'importance.

Ils atteignent le pied de collines devant Bayonne et "la femme de Franco" (Denise HOUGET ou plutôt Elvire DE GREEF) leur apporte à manger. Ils y rencontrent Albert ANCIA, qui leur déclare alors diriger 7.000 résistants, avoir été arrêté trois fois par les Allemands et être parvenu à chaque fois à s'évader.

Ce 22 décembre, ils vont tous à Saint-Jean-de-Luz à vélo puis arrivent chez Katalina AGUIRRE et sa fille Fifine âgée de 16 ans, chez lesquelles vivait l'un des guides espagnols. Chez elles, ils rencontrent "Robert Paducah", un agent français travaillant pour les Britanniques (Roland Bru, de Base Espagne du BCRA), qui y reçoit un appel téléphonique d'un docteur (probablement Edmond SPERABER) qui lui amène peu après un lot de cartes. Un autre homme se joint alors à eux. C'est, selon Grimes, un Français moustachu de 35 à 40 ans et qui se noiera avec Jim Burch (il ne peut s'agir que du Belge Antoine d'URSEL). [Dans le livre de Peter EISNER "The Freedom Line" - 2004" (principalement sur l'évasion de Grimes et, à travers lui, de Comète), page 193 : "The Frenchman was Roland BRU, code-named Richard. He was a member of the Resistance en route to Madrid. Little was known about who he was and even less was known about his mission. But Resistance members and Allied special forces occasionally moved in and out of occupation zones with Comet."]

Grimes ne signe pas le cahier de Pierre ELHORGA à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA, tout comme Horning, Burch et Stanford. Ils ne s'y sont probablement pas arrêtés. Plus tard ce 23 décembre, 10 hommes se préparent à la ferme de Joseph LARRETCHE à Urrugne, Yaxtu Baïta, en vue du passage vers l'Espagne.

Grimes rapporte qu'ANCIA déclare que si lui et NOTHOMB étaient pris, la ligne serait finie. Il en conclut que c'étaient ANCIA et NOTHOMB qui faisaient tourner ce bout de la ligne. Le groupe d'évadés et leurs guides se mettent en route : NOTHOMB, ANCIA, "Robert Paducah" (Roland BRU), d'URSEL, les deux guides basques Manuel OLAIZOLA "dit Cestona" et Martin ERRAZKIN qui remplacent Florentino grippé, Horning, Burch, Stanford et Grimes, soit 10 personnes au total. NOTHOMB porte un gros sac de courrier destinés aux services britanniques et ANCIA emporte deux paquets de documents pour les Américains (OSS) et les FFL (Forces Françaises Libres).

Le groupe atteint la Bidassoa et commence à traverser par paires, leurs pantalons noués autour du cou. Ils ont de l'eau jusqu'à la poitrine et Grimes glisse et est emporté par le courant. Il parvient à agripper le vêtement d'un autre homme (Roland BRU dira plus tard en avoir "repéché un") et peut reprendre pied. Il se rend compte à un moment que Burch, ANCIA et le moustachu (d'URSEL) sont également emportés. Arrivé de l'autre côté, NOTHOMB donne son sac à "Robert Paducah" (Bru) et part longer la rivière pour tenter de retrouver les trois manquants. Grimes ne reverra plus NOTHOMB par la suite.

Les rescapés traversent une voie ferrée (celle du train Txikito) et commencent à grimper la pente vers Erlaitz. Un garde espagnol les aperçoit et commence à hurler. Le groupe s'égaille et la sentinelle commence à tirer, bientôt rejointe par d'autres gardes, et la traque commence. Les évadés sont vite rattrapés puis fouillés à la recherche d'armes, mais pour rien d'autre. Les gardes les conduisent alors vers une maison qu'ils atteignent à 01 heure et demie du matin le 24.

Sur le chemin, "Robert Paducah" parle aux aviateurs de papiers valant 50.000 dollars de boulot, qui prendraient un mois à être copiés, et qu'il fallait porter d'urgence à San Sebastian. Le groupe apprend ainsi que les colis transportés par les Belges étaient du courrier secret… qu'il faut maintenant à tout prix détruire sans se faire remarquer par les gardes. Dans la pièce où ils se trouvent avec trois soldats, "Robert" donne du parfum et des bas au plus ancien d'entre eux afin qu'il ne fouille pas tout. Lorsque celui-ci trouve tout de même les papiers et demande de quoi il s'agit, ils répondent qu'il s'agit simplement de lettres. Comme le garde déclare alors qu'il doit les montrer à son sergent au bureau en ville, en même temps que le paquet de documents que lui et ses collègues avaient retrouvé à la Bidassoa, une partie du groupe distrait les gardes pendant que les autres parviennent à mettre le feu au paquet de "Robert". Grimes rapporte que ces lettres lui semblaient être rédigées en français et les cartes en anglais.

En route vers le commissariat et alors qu'il ne restait plus qu'un paquet, celui destiné à l'OSS (le premier nom de la CIA - Kattalin AGUIRRE travaillait effectivement pour un réseau de renseignement américain), "Robert" le passe à Grimes en lui disant de s'en débarrasser avant qu'ils ne se trouvent en présence du sergent. Grimes lance alors le paquet pour l'OSS par-dessus un mur. Peu après, Stanford lui passe alors le paquet des FFL qu'il était parvenu entretemps à subtiliser aux gardes, mais Grimes ne parvient pas à s'en défaire.

Arrivés au bureau, le sergent, avisé par les gardes, demande immédiatement le paquet de documents et Grimes nie d'abord l'avoir. Après que, devant l'insistance du sergent, "Robert", qui parle l'espagnol et faisait l'interprète, dise à Grimes de le lui donner, les Espagnols se rendent compte qu'il ne s'agit pas du "paquet américain" qui était plus épais. Les évadés craignent un moment pour leur sécurité, mais deux autres sergents, plus âgés et amicaux, calment leur jeune collègue en disant que cela n'avait finalement pas tant d'importance. [Plus tard, Grimes reviendra près du mur avec Allison WANAMAKER, conseiller à l'Ambassade US à Madrid, dans le but de récupérer le paquet qu'il avait jeté, mais ils ne le retrouveront pas.]

La valise de NOTHOMB, elle, avait été retrouvée à la rivière et on y découvrira, une fois ouverte qu'elle ne contient que des vêtements pour passer plusieurs jours en Espagne et une photo de sa famille.

Toujours ce 24 décembre, Grimes et les autres rescapés sont emmenés à la prison "Casablanca" (un lieu-dit de Irun) où ils retrouvent ANCIA, qui leur apprend qu'il avait perdu tous ses vêtements dans la Bidassoa et qu'il avait prétendu être un pilote belge dans la RAF. A nouveau interrogés, "Robert", se faisant alors passer lui aussi pour un Américain, raconte qu'ils s'étaient tous enfuis d'un camion allemand à Bordeaux. Lorsqu'on leur demande ce que sont d'autres colis retrouvés dans la Bidassoa, ils prétendent tous qu'ils sont étrangers à ces paquets.

Un autre récit dit que, jouant la corde sensible, ANCIA demande s'ils peuvent aller à la messe en cette fête de Noël. Cette faveur leur est accordée et le 25, un représentant français de la Croix Rouge vient questionner les quatre hommes puis retourne au consulat britannique à San Sebastian pour y informer le Consul William GOODMAN qui, lui, prévient Michael CRESWELL à Madrid. Ces diplomates, avisés de la mort de deux hommes lors de la traversée et conscients de l'énervement des Allemands, ne perdent pas de temps et organisent leur délivrance. L'homme de la Croix Rouge est renvoyé sur Irun pour apporter de l'argent aux autorités locales, geste devant entraîner de meilleurs soins aux quatre hommes. Ils sont autorisés à se promener dans la ville les jours suivants et, profitant d'une sortie le 27 décembre, ANCIA, qui avait expliqué aux Américains qu'il ne pouvait se laisser photographier ou faire prendre les empreintes digitales, bluffe leur seul garde et s'enfuit (Il semble bien que ceci soit une légende. C'est Roland Bru, alias "Robert Pasdurand", qui s'enfuit. Ancia passe par les prisons de Sarragosse et Miranda avant de rejoindre Gibraltar et Londres) avant que celui-ci ne puisse faire quoi que ce soit.

Revenons au récit de Grimes : Conduits à l'Hôtel Norte, plus confortable, les évadés y reçoivent le 10 janvier la visite d'un membre du consulat américain, Allison WANAMAKER, qui leur annonce qu'ils quitteront Irun le lendemain. Ils partent le 11, logent quelques jours dans un centre de villégiature et partent ensuite pour Saragossa, puis pour Alhama de Aragon du 18 au 21. Ils s'arrêtent quelques heures à Madrid le 26 et arrivent à Séville où les Britanniques les interrogent sur l'incident à la frontière. Ils sont ensuite conduits le même jour jusqu'à Gibraltar. Ils y sont interrogés le 27 avant d'être rapatriés par avion vers l'Angleterre le 30 janvier, arrivant à Bristol le même jour.

Rentré aux USA, Robert Grimes sert comme instructeur à des candidats-pilotes et se prépare en 1945 à effectuer des missions lors de l'invasion imminente du Japon lorsque la guerre se termine. Il participe en 1948-49 au Pont Aérien de Berlin destiné à ravitailler la population berlinoise suite au blocus soviétique. Il est par la suite officier d'Etat-Major en France et au Viet-Nam et termine sa carrière dans l'US Air Force en 1972 avec le grade de colonel. Il repose au Cimetière National d'Arlington en Virginie.

  
Grimes, étudiant en 1940 - Grimes en élève pilote aus USA - Sa pierre tombale à Arlington.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters