Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 29 janvier 2017.

Henriette Lucie HANOTTE/1552
25 Place de la Gare, Rumes / 122 Rue du Sentier, Rumes
Née le 10 août 1920 à Sépeaux-Béon, Yonne (France)/ †
Lt ATS (Auxiliary Territorial Service - Special Forces) guide international et long parcours pour Comète
Noms de guerre : d’abord "Marie" puis "Monique"
passeuse à Rumes, Hertain et Erquennes, guide jusque Paris, puis liaison via Paris vers l'Espagne


Passage des Pyrénées : le 11 mai 1944.

Informations complémentaires :

Dossier Archives Notariales Défense 003.248.787

Henriette est la fille de Clovis et Georgette HANOTTE. Clovis HANOTTE, de nationalité belge, avait épousé une française, Georgette LAURET, et était hôtelier résidant à Rumes, y gérant également une agence en douane.


La famille HANOTTE, avec Georgette et Clovis à l’avant
Monique, sa grand-mère, son frère Georges à l’arrière


Place de la Gare, RUMES- 1940

Dès le début de la guerre, Henriette fait traverser la frontière à des soldats français et d’autres personnes désireuses de passer en France. Le 23 mai 1940, deux soldats anglais, cantonnés auparavant à Bachy, du côté français de la frontière, reviennent du front et souhaitent échapper aux Allemands. Ils se rendent chez les HANOTTE et leur demandent de les aider à gagner Lille d’où ils tenteraient de rejoindre l’Angleterre. C’est Henriette elle-même qui les conduira à Lille. Par la suite, un officier anglais vint rencontrer les HANOTTE pour demander leur aide dans l’exfiltration d’aviateurs de la RAF tombés sur le territoire belge. Dès lors, Henriette servira de guide pour ces militaires Britanniques également.

Généralement, les aviateurs, par deux ou trois, pris en charge par d’autres logeurs et guides en amont, arrivaient (de Bruxelles pour la plupart) en gare de Tournai ou à celle de Mons, où Henriette allait les chercher. Arrivés en train à la gare de Rumes, elle les conduisait dans le bâtiment au n°25 (actuellement n° 4) sur la Place de la Gare, qui abritait l’agence en douanes ainsi que le café-hôtel de 9 chambres tenus par ses parents en face de la gare. Il arrivait que l’un ou l’autre évadé logeait à l’hôtel, mais le plus souvent, Monique les menait jusqu’à leur maison au 122 Rue du Sentier. Là, sa Maman leur préparait un bon repas et les installait pour leur séjour, qui durait généralement 2 à 3 jours.

Madame Hanotte apprenait patiemment aux aviateurs à dire et répéter leur nom d’emprunt qui allait figurer sur leurs faux papiers en cours d’établissement. Nelly et Raymonde Hoël, amies de Monique, habitaient une ferme au n° 5 de la Rue de Sartaigne (Sartaine) à Bachy (prolongement de la Rue du Sentier côté belge et actuellement la Rue de la Libération). Nelly imitait souvent les signatures sur les faux papiers d’identité. Monique se souvient que sa Maman expliquait en anglais aux aviateurs la marche à suivre en cas de contrôle dans le train. Lorsque la porte du compartiment s’ouvrirait, ils entendraient crier : "Carte d’identité ! Carte de travail !... " Lorsqu’Henriette présenterait sa carte d’identité et sa carte de travail, ils devraient d’office faire la même chose et faire de même à chaque pareille occasion. Pour faire plus vrai, sa Maman leur remettait par exemple de petits extraits de revues françaises qu’elle leur faisait plier et mettre dans leurs poches, de même qu’une boîte d’allumettes française. Par précaution, elle leur disait de se débarrasser de tout objet pouvant révéler quoi que ce soit de la Belgique (photos, papiers…) et elle allait jusqu’à découdre de leurs vêtements tout indice révélateur. Quoi que ce soit qui puisse nuire à leur sécurité et à celle de leurs guides, surtout de sa fille, devait être éliminé.

Monique se souvient aussi du cas d’un jeune aviateur qui avait collé au dos d’une boîte d’allumettes (de marque étrangère à la France) la photo d’une jeune fille côtoyée dans la famille qui l’avait auparavant hébergé durant près d’un mois et dont il était vraisemblablement tombé amoureux… Maman Hanotte n’hésita pas à lui prendre la boîte, disant qu’il la récupérerait plus tard via la valise diplomatique…

Après le repas du soir, juste avant leur départ pour la France, Georgette HANOTTE leur remettait alors de nouveaux documents pour pouvoir circuler en France - une carte d’identité (elle reprenait la belge), une carte de travail - ainsi que pour Henriette et chacun de ses "colis", une tartine emballée dans du papier à beurre. Henriette se rappelle qu’elle avait toujours peur qu’en cours de route sa tartine ne salisse sa poche et celle des aviateurs à qui on aurait pu le signaler sans qu’ils puissent réagir naturellement puisqu’ils n’auraient rien compris…

Henriette, connaissant comme sa poche la région et ses petits chemins, partait à pied avec ses aviateurs vers 5 heures du matin de la Rue du Sentier. Dès le départ, il fallait longer la voie de chemin de fer sur environ 800 mètres et, à hauteur de Crinquet, prendre un sentier sur la droite pour rejoindre à travers champs la route Rumes-Bachy (tout comme la liaison ferroviaire Rumes-Bachy, ce passage n’existe plus.) Passant avec eux à travers champs, par les prairies, les fossés, enjambant les fils de fer barbelé, elle arrivait à Bachy. Là, elle s’arrêtait dans la Rue du Maréchal Foch devant la maison du douanier Maurice BRICOUT et de sa femme Rachel, où les évadés ne logeaient pas, mais où Monique recueillait les renseignements pour le passage du jour. Plus loin, elle s’arrêtait chez le douanier Albéric HOUDART, qui lui aussi lui donnait des informations sur l’horaire des rondes des douaniers et sur les trains. Via une sente à travers champs sur 350 mètres, raccourci pour rejoindre la grand-route (la Chaussée de Lille, l’actuelle Route Nationale D955), elle y prenait avec ses évadés le bus des ouvriers pour les mener jusqu’à la gare de Lille. Elle avait le choix entre deux arrêts. Soit, après avoir tourné à gauche au sortir de la sente, pour attendre à l’arrêt devant le café "Au Petit Canard" (le café a disparu, mais l’arrêt existe toujours). Soit à l’arrêt suivant (Bachy Mairie), à environ 500 m plus au nord, en face du café "Cavaignac" (l’actuel café "Le Virginia"). Arrivés à Lille, elle prenait le train de Paris avec eux - "toujours en 3ème classe" insiste Henriette. Souvent, le train n’avançait pas, étant fréquemment placé sur une voie de garage afin de laisser passer les convois militaires allemands. Pendant tout le trajet jusqu’à Paris, Monique et ses évadés étaient pendant des heures sur le qui-vive, le voyage se passant toujours dans l’angoisse d’une maladresse, d’un contrôle qui pouvait mal se passer…

Monique utilisera trois "itinéraires". Outre celui de Rumes-Bachy, il y aura celui emprunté depuis Mons et passant par Hertain-Camphin (où elle contacte le docteur Henri DRUART), de même que celui de Erquennes, où ses contacts sont Georgette DIEU et le douanier François  BOURLARD. Elle convoie ainsi plusieurs dizaines d’aviateurs jusque Paris, le relais de Hertain étant pris, lorsqu’elle était malade, par Amanda STASSART ("Diane") ou Odile de VASSELOT.

Au retour de ses missions, Monique se charge également de porter du courrier à ses contacts de Comète à Bruxelles. L’endroit choisi pour ces échanges était le restaurant "L'Escargot d'Or", à la Rue de la Fourche dans le quartier du centre. Il arrive parfois qu’au retour en train vers Lille elle y rate sa correspondance pour Rumes, auquel cas elle trouve asile au 202 Rue Jules Guesde chez Henri SOETERMONDT, capitaine des Douanes à Lille.

Après les arrestations de décembre 43 et janvier 44, brûlée à Rumes, elle sert à la liaison entre Bruxelles et Paris, puis entre Paris et Bordeaux et vers les abords de la frontière. Elle apprend la route vers l'Espagne à Aline DUMONT et assume la fonction de guide de Paris vers l’Espagne.

Recherchée elle aussi par la Gestapo, elle quitte Paris avec Aline DUMONT en début de mai 44 après l'affaire Desoubrie-Poulain. Les deux femmes, accompagnées d’une Américaine inconnue (Elvire De Greef note dans son carnet pour le 10/5 : "Michou, Marie, Amér."…), passent en Espagne le 11 mai, lors du passage 96bis. Peu après, la BBC transmettra sur les ondes le message "Georges ira reprendre Yvonne au calvaire" (en référence au calvaire de Rumes, situé à proximité de l’ancien château des seigneurs de Rumes) et qui était destiné aux parents d’Henriette pour les avertir qu’elle était bien arrivée en Angleterre. Yvonne était le prénom de la fiancée de Georges, frère d’Henriette et qui, lui, se cachait (à l’insu d’Henriette) dans une ferme trois maisons plus loin que celle de ses parents à Rumes pour échapper au travail obligatoire en Allemagne.

Après son évasion via l'Espagne, Henriette devient sous-lieutenant ATS (Auxiliary Territorial Service - Special Forces), et suit l'entraînement de parachutiste en Angleterre. Le 25 août 1944, elle s'y fracture le péroné lors d'un saut d'entraînement. Elle est hospitalisée au Saint-Thomas Hospital, Westminster Bridge Road à Londres. Elle ne sera donc pas parachutée dans les Ardennes belges.

Cette mission Marquis-Wexford de fin août 1944 devait être composée de Laurent de Merkline et du radio René Vandewoude ainsi que d'Henriette Hanotte comme agent de liaison. Son but était d'aider Albert ANCIA alias "Daniel Mouton" à achever l’organisation dans les Ardennes belges du pendant des camps secrets en Forêt de Fréteval en France, dans le cadre global de l’Opération "Marathon".

Par Arrêté Royal du 12 octobre 1950, Henriette HANOTTE fut officiellement reconnue comme Adjudant ARA du 1er novembre 1943 au 31 août 1944. Parmi ses nombreuses distinctions honorifiques belges et étrangères, la plus haute qu’elle reçut des Etats-Unis fut la Medal of Freedom avec palme de bronze pour son action durant le conflit.

Merci à notre chère amie Henriette pour avoir partagé avec nous ses souvenirs ainsi qu’à Peter Verstraeten, notamment pour ses informations sur la mission Marquis-Wexford.


A Madrid en juin 1944. De gauche à droite : Henriette Hanotte, Jeanine De Greef, Aline "Michou" Dumont, Consuelo Quintana et Elvire De Greef

Henriette HANOTTE est créditée d’une aide en passage et convoyage de 50 aviateurs par Bachy et de 45 via Hertain. Contrairement à ce que l’on peut retrouver dans les archives à propos des activités de certains autres membres (guides et logeurs) de Comète, il n’existe pas de liste établie par Henriette HANOTTE (Monique) et reprenant les noms des hommes qu’elle a convoyés. Son mari, Jules Thomé, a réalisé après la guerre un carnet reprenant des photos d’aviateurs et d’autres personnes passées. Il semble que ce carnet a pu être constitué en comparant des dates, des visages, des noms repris au carnet d’Elvire De Greef à Anglet, que Monique avait vu chez Elvire en 1944 et revu après la guerre. Selon Monique, sa mère et elle avaient gardé les cartes d’identité "belges" des évadés - qui étaient remplacées par d’autres valables en France - dans deux bocaux de conserves alimentaires enterrés dans le champ jouxtant la maison familiale de la Rue du Sentier à Rumes. Après la guerre, des spécialistes de l’Armée britannique sont venus sur les lieux pour tenter de retrouver les bocaux, mais, vu que les fixations de ceux-ci sont en laiton, leurs appareils n’ont rien pu détecter. Au printemps 2015, Monique s’est entendu dire par les nouveaux propriétaires du terrain, qu’ils le retourneraient avec précaution, dans l’espoir de retrouver les dits bocaux.

Le 9 mai 2015, une cérémonie d’hommage a été organisée en l’honneur de Monique. L’initiative en revient aux municipalités de Bachy (France), où Henriette avait fréquenté l’Ecole primaire et suivi des cours de musique et de violon, et de Rumes (Belgique) où elle habitait avec sa famille.


La maison de la famille Hanotte, 122 Rue du Sentier à Rumes, photographiée en mai 2015. C’est devant sa façade
qu’avaient été prises en 1943 les photos de Charles Carlson et Ford Cowherd. (Photo E. Renière)

Les chevilles ouvrières du projet furent Régis Doucy et Jacky Naud, de Bachy, aidés de nombreux collaborateurs et bénévoles des deux côtés de la frontière. A cette occasion, une promenade, "Dans les Pas de Monique", a été inaugurée par Henriette en présence des maire et bourgmestre des deux localités.


(Photos E. Renière)

Une foule impressionnante assista à cette cérémonie au cours de laquelle un dessin la représentant en compagnie de 2 aviateurs en route vers la France lui fut remis par l’auteur, Jacques Van Butsele.


Jacques Van Butsele offrant son œuvre à Monique (photo E. Renière)


Henriette Hanotte et son petit-fils, Dimitri Estienne.
(Photo E. Renière)

Monique eut la joie et l’émotion partagée de rencontrer des familles d’aviateurs aidés par elle ou sa section. Les familles présentes aux cérémonies et dont nous avions pu retrouver la trace sont celles de Charles Carlson, Ford Cowherd, Hank Johnson, Donald Mills, Ronald Morley et de Joseph Kenny.


Les familles de Hank Johnson, Joseph Kenny, Donald Mills, Charles Carlson et Ronald Morley entourant
Monique. La famille de Ford Cowherd se trouvait ailleurs dans le complexe au moment de la prise de vue.
(Des photos de chaque famille figurent sur les pages individuelles consacrées à "leur" évadé.)

D’autres familles, également contactées par nos soins, n’ont malheureusement pas pu faire le voyage, certaines ayant été amenées à annuler en dernière minute. Ce sont les familles de Arthur Beard, William Catley, Dwight Fry, Beverly Geyer, Robert Grimes, William Palmer, Walter Wallington et de George Watt.

Le 10 mai, Monique était présente lors d’une visite commentée à la Gare de Tournai, où elle avait été chercher pas mal d’aviateurs. Cette visite a réuni les familles américaines et britanniques et d’autres sympathisants français, hollandais et belges.


La gare de Tournai avant la guerre …et en mai 2015 (photo couleur d’E. Renière)


Monique à la Gare de Tournai découvrant l’article publié par le journal dont Régis Doucy, de Bachy, lui avait
apporté un exemplaire. Derrière, Gale Cowherd Smith, fille de l’aviateur Ford Cowherd et en arrière-plan,
Keith Morley, fils de l’évadé Ronald Morley. (photo E. Renière)


Photo de familles d’évadés et de sympathisants entourant Monique et des membres de sa famille devant la gare de Tournai le 10 mai 2015
(photo d’Etienne BOUSSEMART – journal "L’Avenir")
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Monique sur l’un des sentiers entre la Belgique et la France [extrait du film « "Le Dernier Passage" »
("El Último Paso", "Azken Bidaia", "The Last Passage"), un documentaire réalisé en 2011 par Iurre Telleria et
Enara Goeikoetxea, une coproduction de Moztu Filmak (Espagne), Amo Films (France) et Offworld (Belgique)].
(http://thelastpassagedocumentary.blogspot.com.es/)

Le circuit pédestre « Dans les pas de Monique » :

CARTE du circuit:

Interview de Monique à http://www.notele.be/list74-les-reportages-de-notele-sur-lentite-de-rumes-media36029-rumes-henriette-hanotte-le-courage-dune-resistante.html et qui présente un résumé de la cérémonie dont question ci-dessus.

Un lien sur une autre vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x1zq667_2e-guerre-mondiale-les-combattants-de-l-ombre-4-la-resistance-se-radicalise_webcam [N.B. : Dans la Partie n°4 de ce remarquable documentaire sur la Résistance en Europe occupée, malheureusement interrompue à certains moments par de la publicité, la problématique de l’évasion d’aviateurs alliés est évoquée à partir de 15’40" à travers les souvenirs d’Andrée DUMON (début à 15’40") et d’Henriette (à partir de 18’03" jusqu’à 23’29"). D’autres parties du documentaire reprennent d’autres évocations de l’activité de la Résistance en Belgique.]


Dessin de Jacques Van Butsèle représentant Monique avec l’aviateur américain Charles Carlson et qui servira de modèle pour un monument qui, on l’espère, pourra être érigé dans la zone frontière.

(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters