Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 22 juin 2017.

Elton Fred KEVIL ("Red")/ 38229125
Road 13, Ballinger, Runnels County, Texas, USA.
Né à Norton, Runnels County, Texas, le 16 juillet 1921 / † à Odessa, Ector County, Texas, le 27 décembre 1979.
S/Sgt, USAAF 305th Bomber Group/ 365th Bomber Squadron, mitrailleur de flanc gauche.
Lieu d'atterrissage: Atterrissage forcé aux Pays-Bas (voir ci-dessous).
Boeing B-17G DL Flying Fortress, 42-37751, XK-P, abattu le 8 octobre 1943 par des chasseurs lors d'une mission vers Bremen, Allemagne.
Atterrissage forcé entre Urk et Tollebeek, dans le Noord Oost Polder, Flevoland, Pays-Bas.
Durée : 11 ½ semaines.
Passage des Pyrénées : le 28 décembre 1943

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 871. Rapport d'évasion E&E 322 disponible en ligne.

Le B-17 décolle de Chelveston vers 13h00 heure anglaise. En route vers l’objectif, volant au-dessus de la Hollande, peu après que le navigateur aie prévenu l’équipage de se tenir prêt à apercevoir leurs P-47 d’escorte, des chasseurs qui y ressemblent s’approchent mais ne font pas l’approche de manière habituelle, bien que portant des insignes de l’USAAF. Près d’une minute plus tard, ces chasseurs s’écartent et reviennent, face au B-17 qu’ils commencent à mitrailler. Deux moteurs sont touchés lors de la première passe, qui blesse le pilote, le 2nd Lt Wallace E. Emmert et le bombardier, le S/Sgt Walter J. Fox. Lors des attaques suivantes, le mitrailleur arrière le S/Sgt Howard L. Newton est blessé à la nuque mais parvient, tout comme le mécanicien, le T/Sgt Henry E. Bessette, à abattre un des chasseurs (allemands). La véritable escorte de P-47 arrive alors en protection et les chasseurs allemands s’écartent.

Le copilote, le 2nd Lt Robert W. Fortnam prend les commandes du B-17, qui a trois de ses moteurs touchés et perd le contact avec la formation. Il faut faire un atterrissage forcé et le navigateur ordonne à tous les membres de l’équipage de se réunir dans le compartiment radio à l’avant de l’appareil. Le B-17 atterrit donc en urgence avec tout son chargement de bombes et, dès qu’il s’arrête, les valides dégagent les blessés et les mènent à l’abri avant de mettre le feu à leur avion. Le feu ne prendra pas complètement, mais tout ce qui pourrait intéresser les Allemands est détruit.

Le pilote Emmert est capturé immédiatement et transféré au Wilhelmina Hospitaal à Amsterdam où il sera très bien soigné par un chirurgien allemand. Après un passage à Obermassfeld pour interrogatoire, puis un retour en hôpital à Amsterdam, il sera rapatrié au Etats-Unis en septembre 1944 dans le cadre d’un programme d’échange de prisonniers.

Le mitrailleur Howard Newton est arrêté à Emmeloord le 9 octobre. Le lendemain, c’est au tour du copilote Robert Fortnam et du navigateur 2nd Lt Ernest F. Shelander dans la région d’Apeldoorn. 3 autres aviateurs, le mécanicien Bessette, l’opérateur radio T/Sgt Joseph V. Weiss et le mitrailleur ventral S/Sgt James F. Strange parviennent initialement à s’évader. Ils sont aidés par du personnel d’entretien des canaux du Zuiderzee, Marten KLASEMA (Dijk, Enkhuizen) et Hielke VOS. Des sources locales mentionnent également comme Helpers, sans autres détails que leurs noms : Lubbert et Pieter HAKVOORT (Wijk 1, Nrs 21 & 22, à Urk), ROT (Dirk ROT de Apeldoorn ?), de KONING ( ?) et H. "GERSEN" (Harm/Herman GERSSEN de Koog aan de Zaan au nord d’Amsterdam.)

Le 10 octobre, VOS emmène Bessette, Weiss et Strange chez Pieter et Nellie BROUWER (Wijk 5-13 à Urk) où ils sont cachés dans la cave. Le 16 octobre, les 3 aviateurs en question sont convoyés sur le bac "Urkerboot" vers Enkhuizen et arrivent ensuite à Bovenkarspel où ils sont mis dans le train d’Amsterdam.

Dans une page de son rapport d’évasion, Kevil indique qu’il se trouvait avec Sysol jusque vers le 29 octobre, jour où ils rencontrent (il ne précise pas où) leurs coéquipiers Strange, Bessette et Weins. Tous sauf Kevil seront arrêtés par la suite, dans des circonstances dont nous ignorons tous les détails. Leurs co-équipiers blessés avaient entretemps été soignés par des médecins hollandais et allemands.

Selon un article de presse au sujet du jugement après-guerre du collaborateur H. Rouwendal, lui et son assistant G.C. Van Bree, sont responsables de la destruction de la ligne d'évasion "ter Galestin" à La Haye. Ils avaient aussi infiltré la ligne Karst SMIT-Gustaaf VAN DER HEIJDEN. VAN BREE a passé l'aviateur américain Elton Kevil à Hendrik JANNINK et son épouse Joanna JANNINK, née BRUINS, au 14 Bisschopstraat à Enschede, tous deux membres du groupe SMIT-VAN DER HEIJDEN, sans faire arrêter Kevil ou les JANNINK.

Le récit du jugement mentionne un couple bruxellois, M. Kotting et Mme Kotting-Vallaerts. M. Kotting est appelé "un maillon de la chaîne d'évasion de pilotes alliés à Bruxelles en 1943". M. Kotting fut trahi par Rouwendal au SD en fin juillet ou début août 1943. [Selon ses cartes de prisonnier n° 14055 au camp de Buchenwald, Gerard KOTTING, né le 18 juillet 1880 à Amsterdam, a été arrêté par la SiPo d’Amsterdam le 5 août 1943. Son épouse est reprise comme Helene Maria K. et leur adresse, 125 Rue Vondel à Schaerbeek. Gerard KOTTING est arrivé au camp de Buchenwald le 14 mai 1944 et y est décédé le 8 octobre 1944, officiellement "suite à une inflammation de l’estomac et des intestins, doublée d’une faiblesse générale "… Nous ignorons le sort de son épouse]

Le rapport d’Elton Kevil mentionne qu’après l’atterrissage du B-17, lui et le mitrailleur droit Thomas J. Sysol, partis seuls, se cachent dans des herbes jusqu’au soir avant de se remettre en route. Le même soir, ils atteignent un petit village où ils frappent à la porte arrière d’une maison. Les occupants les font rentrer mais se bornent à leur donner de l’eau, faisant comprendre qu’ils souhaiteraient qu’ils s’en aillent. Les deux hommes marchent alors jusqu’à un canal qu’ils ne peuvent franchir (il doit s’agir du Ketelmeer.) Comme le pont est gardé, ils rebroussent chemin, cherchant un autre endroit de traversée.

Se cachant à divers endroits jusqu’au soir du 9 octobre, ils retournent au pont et constatent qu’il est toujours gardé. Des Hollandais naviguant à bord d’une petite embarcation refusent de les faire traverser et les deux hommes se cachent dans un fossé jusqu’au matin du 10. Ils ne se trouvent encore alors qu’à environ 4km de l’endroit du crash de leur avion. Ceci nous fait penser que le pont en question pourrait être le Ketelbrug. Au soir du 11 octobre, Kevil et Sysol réussissent à traverser le pont sans être vus et poursuivent leur marche vers le sud. Après environ 3 heures, ils arrivent à une sorte de digue, "longeant l’océan" selon Kevil.

Ils marchent toute la journée du 12 le long de cette digue, évitant tout contact avec les gens qu’ils aperçoivent en cours de route. Ils s’adressent finalement à un ouvrier à vélo, qui partage avec eux son déjeuner et de l’eau. L’homme connaît quelques mots d’anglais et leur apprend qu’il n’y a aucun Allemand gardant la digue sur une trentaine de kilomètres. L’homme les quitte et Kevil et Sysol suivent la digue (qui pourrait être celle longeant le Drontemeer, au sud-ouest de Kampen ?) pendant une vingtaine de kilomètres, atteignant une sorte de bassin d’amarrage. Le 13 octobre, vers 11 heures du matin, ils approchent six hommes travaillant aux champs au bout de la digue. L’un d’entre eux indique sur la carte du kit d’évasion de Kevil l’endroit où ils se trouvent (le rapport ne précise pas où.) L’homme leur dit de le suivre et environ une heure plus tard, un homme arrive qui leur demande leurs nom, grade, matricule, l’endroit de leur crash, le n° de série de leur appareil, le sort de leurs co-équipiers. Méfiant, Kevil hésite d’abord à communiquer ces renseignements, mais décide finalement de les donner. La nuit venue, on leur apporte de la nourriture et des vêtements civils. Kevil échange les pièces de son uniforme contre une salopette bleue et une casquette. Il se dit qu’il fait une erreur en donnant aussi ses bottes (GI shoes), ce qu’il regrettera plus tard lors du passage des Pyrénées. Son rapport d’évasion ne donne pas d’autres détails, indiquant seulement qu’à partir de ce moment son évasion est arrangée…

Nous ignorons donc son parcours aux Pays-Bas avec Sysol, que Kevil dit avoir vu la dernière fois vers le 29 octobre et qui lui aussi sera arrêté par après. Des sources locales mentionnent que Kevil a été aidé par Dirk KUIPER (de Vollenhove - Schoolstraat 225N, à l’est de Urk) et à Kampen (à une trentaine de km au sud-est de Urk) par Harm Hendrik GERSSEN de Koog aan de Zaan.  Nous savons par ailleurs qu’il est passé de Hollande en Belgique par le gendarme hollandais Karst SMIT, qu’il est arrivé à Bruxelles où il loge une nuit chez Elise CHABOT au 4 Rue Jules Lejeune et qu’il est guidé dans Bruxelles le 4 novembre par Ernest VAN MOORLEGHEM (du 18a rue de Vergnies à Ixelles.) Celui-ci sera arrêté le 11 novembre 1943 et exécuté à Bayreuth le 29 novembre 1944.

Accueilli à EVA chez Prosper et Yvonne SPILLIAERT (au 394 Chaussée d’Anvers à Bruxelles), Kevil est convoyé par Charles HOSTE le 4 novembre avec Arthur Horning chez Clément DEBERGHES et Clothilde REGIBO au 92 Rue de Locht à Schaerbeek.

Kevil et Horning furent ensuite remis par Gaston MATTHYS à Jules DRICOT ("Deltour") le 20 décembre 1943.

La photo en médaillon est extraite de l' "Album Souvenir 1942-1972" édité en 1972 par l'Amicale des Milices Patriotiques du Front de l'Indépendance de Schaerbeek et publié à 1000 exemplaires.


Mot de remerciement à Henri Nys à Bruxelles.

Kevil et Horning arrivent à Paris le 21 décembre, date à laquelle Kevil voit Horning pour la dernière fois. Kevil est logé par Mme Fernande ONIMUS née PHAL "pendant cinq jours" au 84 Rue des Rondeaux, Paris XXème. Il est hébergé avec Stanley Munns "du 21 au 26 décembre" chez Raoul TOUQUET et Lucienne PRIOUL au 16 Rue Henri Tariel à Issy-les-Moulineaux. Il semble y avoir confusion de dates…

Le 27 décembre, une très grande femme aux cheveux gris et des lunettes (probablement Rosine THERIER) guide Kevil et Munns à la gare où ils prennent un train pour Bordeaux.

A Bordeaux, ils rencontrent un homme blond d'environ 1m86 (Marcel ROGER, "Max", de Paris XVIIe) et prennent avec lui un train pour Dax. Des Allemands contrôlent leurs papiers sans problème et le récit de Kevil devient à partir de là identique à celui de Tom Applewhite et Thelma Wiggings.

Kevil, Munns, Applewhite et Wiggins logent à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA. C'est le 85e passage de Comète, par Larressore et Jauriko borda, avec les seuls guides d'Espelette de Pierre ETCHEGOYEN.


Mot de remerciement de Kevil dans le carnet de Pierre Elhorga.

A Gibraltar, c’est un capitaine de la RAF qui interroge Kevil, tandis que Applewhite l'est par un homme en civil. Kevil précise par ailleurs : "En voyant que j'allais prendre une route normale, j'ai détruit le message que l’on m’avait remis pour le capitaine Neave."

Elton Kevil repose au Evergreen Cemetery à Ballinger, Runnels County, Texas…

Parmi les sources consultées :


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters