Personne passée à une autre ligne d'évasion

Dernière mise à jour le 8 mai 2017.

Stanley E. LEPKOWSKI / 32448009
19 Hillside Avenue, Schenectady County, New York State.
Né le 27 février 1920 à Shenectady, NY / † le 16 octobre 1995 à Mechanicsville, New York State.
S/Sgt, USAAF 91 Bomber Group 401 Bomber Squadron, mitrailleur ventral et second mécanicien.
Lieu d'atterrissage: près de Markelo, Pays-Bas.
Boeing B-17 G Flying Fortress, 42-37737, LL-K / "Tennessee Toddy", abattu lors de la mission du 10 octobre 1943 sur Münster.
Ecrasé à Broekland, ±8 km au nord-est d'Apeldoorn, NL (Gelderland).
Durée : 7 mois.
Arrêté : Le 22 avril 44, au Sud de Bagnères-de-Luchon.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 1941.

Lepkowski était de l'équipage de Arthur Horning, de Ross Repp et de Robert De Ghetto. Leurs coéquipiers :
Pilote, 2 Lt Earl R. VERRILL, prisonnier au Stalag 3A ; Copilote, 2 Lt Joseph ROSE, prisonnier au Stalag 3A, arrêté le 12 octobre 43 ; Bombardier, 2 Lt John A LILLEY, tué ; Mécanicien, S/Sgt Roy M. JACKSON, prisonnier au Stalag 17 à Krems en Autriche ; Mitrailleur ventral, S/Sgt Gilbert L TAFT, prisonnier au Stalag 17 de Krems ; Mitrailleur latéral, S/Sgt Paul LORMAN, prisonnier au Stalag 17 de Krems.

Stanley Lepkowski atterrit dans un pin, le dos endolori par la rudesse d'ouverture de son parachute. Il sort du bois en rampant jusqu'à un champ où des civils hollandais lui disent de retourner dans le bois... où il retrouve De Ghetto. Des civils leur apportent des vêtements de grosse toile et des chaussures, des femmes emportent leurs parachutes, heureuses d'obtenir ainsi le précieux nylon. Des clous tordus percent les semelles de ses chaussures de fortune et lui blessent la plante des pieds.

Lepkowski est amené à une ferme, De Ghetto ailleurs. Il reçoit du lait et de l'orge avant d'être conduit le soir, sur le porte-bagage du vélo de Gerrit Cornelis SLOTBOOM, habitant à Varsseveld, vers l'appartement au-dessus d'un garage appartenant au Docteur Benny VANROOY, où il retrouve De Ghetto. Le docteur examine son dos et diagnose une simple élongation. Apparemment trop bruyants, le docteur craignant la curiosité de sa servante, Lepkowski et De Ghetto sont "invités" à quitter les lieux quelques jours plus tard et SLOTBOOM, habitant à Varsseveld, prend contact avec le Résistant Gerardus J. NIEZINK ("Kleine Muis"), habitant à Wierden. On ne dévoile pas leur identité à Henrik DOLLEKAMP (habitant Markelo), qui, accompagné de SLOTBOOM, les mène dans son taxi, servant à l'occasion d'ambulance, vers l'Hopital d'Almelo. On tente de rassurer DOLLEKAMP, qui paraît se douter de quelque chose, en lui disant que NIEZINK, qui pilotait la moto qui précédait la voiture, était un infirmier. Ils sont contrôlés sans problème à Nijssen avant d'arriver à Wierden où ils descendent de voiture pour être ensuite guidés vers la maison de NIEZINK, au 21 Nijverdalsestraat dans cette localité..

Celui-ci leur demande les photos de leur kit d'évasion pour en faire de fausses pièces d'identité. Après environ une semaine, Lepkowski accompagne seul un autre guide en train vers Roermond, où il loge une nuit dans une vieille maison. Le lendemain, on le mène à la gare où un autre guide devait le placer à bord d'un train vers la Belgique : Karst SMIT. Le guide s'avére être une jeune brunette d'environ 18-19 ans qui monte dans le train avec lui, tentant de calmer son inquiétude - il n'a pas d'argent, et on ne lui a pas donné de papiers - en lui disant que tout allait bien se passer. Un contrôleur arrive, demandant les tickets. Lepkowski, sans argent, le regarde ; le contrôleur lui renvoie son regard, les autres passagers les regardant tous les deux. Après avoir fait un clin d'oeil à l'aviateur, le contrôleur poursuit son chemin comme si de rien n'était.

A l'approche de la frontière belge, des gardes-frontière allemands montent dans le train pour vérifier les identités. Il décide de ne pas attendre l'affrontement, prévient la guide qu'il va sauter du train, lui demandant de faire en sorte que le contact prévu à la frontière l'attende bien dans la ville suivante. Le train ne roulant pas trop vite, il parvient à sauter sans rien se casser. Il voit le train s'éloigner, rien ne se passe et il commence à marcher vers la ville qu'il aperçoit au loin. Après quelques détours, il pénètre dans la ville, y flâne près d'une heure jusqu'à ce qu'il aperçoive un homme sur le trottoir d'en face qui semble le suivre. S'approchant l'un de l'autre, l'homme demande "Américain ?" et Lepkowski comprend que le contact est établi. Ils marchent vers l'extérieur de la ville et arrivent à une ferme où on le nourrit avant que, guidé par plusieurs guides, à pied, en auto ou en camion, il arrive finalement à Bruxelles.

On le mène à un appartement, au 4 Rue Jules Lejeune à Ixelles ou Uccle, où habitent avec leur famille deux jeunes filles, Charlotte AMBACH et Madelon FRISQUE-AMBACH (filles de Elise CHABOT, allemandes de naissance mais néerlandaises, recrutées en juillet 43 par Ernest VAN MOORLEGHEM de EVA). Il leur donne ses cartes d'évasion et sa benzédrine et peut tremper ses pieds endoloris dans le bidet du WC, sous les rires amusés des jeunes filles. Il ne reste là qu'une seule nuit, car la place manque vu l'afflux permanent d'autres "colis".

Là, il est guidé par Ernest VAN MOORLEGHEM le 27 octobre et interrogé par un jeune homme ayant habité New York et qui le questionne sur les sports aux USA. Comme le sport ne l'intéresse pas, il ne peut pratiquement pas donner de bonnes réponses. Lorsqu'il peut confirmer que De Ghetto, qui venait d'avoir été interrogé par le même homme, est de son équipage, l'interrogateur est rassuré. On lui donne à manger, on le prend en photo pour des cartes d'identité (qu'il ne verra jamais), on lui donne quelques vêtements avant qu'on ne le déplace à nouveau, abandonnant De Ghetto qu'il ne reverra plus par la suite.

Réceptionné donc le 27 octobre à EVA par Charles HOSTE et Prosper SPILLIAERT, Lepkowski est conduit le même jour par HOSTE chez l'instituteur Hector LEPLAT, son épouse Irma WECKSTEEN et leur fille Simone au 96 Rue Rubens à Schaerbeek. Le 29 octobre, il passe la soirée au 18 Rue du Cadran à Saint-Josse, chez René PONTY avec Robert De Ghetto. René PONTY vient le prendre et le remet à Anne BRUSSELMANS. Cette dernière lui remet 450 FB pour les frais d'EVA.

Lepkowski loge alors pendant environ un mois chez Anne BRUSSELMANS et son mari Julien, au 127 Chaussée d’Ixelles à Ixelles. Il passe aussi quelques jours par le centre de rassemblement chez Hélène CAMUSEL au 160 Rue Marie-Christine à Laeken. Toujours sans papiers d'identité, il est conduit à la gare et prend un train pour Paris.

Le 4 novembre, De Ghetto, Lepkowski, Théodore Kellers et Jarvis Allen sont guidés par "Michou" (Aline DUMONT) de Bruxelles à la frontière française. Ils la traversent à pied à Hertain-Camphin. Trois Belges sont avec eux, les trois agents du SOE André Wendelen, Michel Losseau et Henri Neuman. Le douanier belge est Maurice DESSON, du Commissariat de Baisieux (Nord). Ils arrivent à Amiens.

Il figure sur une liste de Amanda STASSART. Le 6 ou le 10 novembre 43, Lepkowski arrive à Paris avec Comète.

Selon le témoignage de Kellers, le 5 novembre, Suzanne BASTIN (l'adjointe du réseau Possum) vient prendre Kellers et Lepkowski et les conduit chez Émile CHASSAGNE et Mme Veuve Jeanne VACQUIER au 127 Avenue de Montrouge à Gentilly. Le réseau Possum est démantelé durant cette période du Nouvel-An, de même que Comète. Kellers déclare qu'il reste chez eux du 5 novembre 1943 au 25 mars 1944.

Arrivé là, Lepkowski loge à Gentilly dans un appartement au-dessus d'un café, en face de l'Université, et dont le propriétaire était retraité, un vétéran de la guerre 14-18 au cours de laquelle il disait avoir été gazé. Lepkowski reste plusieurs mois à Paris jusqu'au jour où un homme et une femme rousse viennent le chercher. Ces personnes sont d'anciens membres de la ligne Dutch-Paris (démantelée en février 1944), dirigée à Paris par Albert LAUTMAN et des rescapés d'autres lignes. Ce devait en principe être la femme qui allait l'escorter vers les Pyrénées dans un groupe d'évadés.

Le 29 mars 44, un policier nommé Henri JOURDAIN, de Clamart, les prend jusque Clamart et les remet à René FLEURIOT du 8 Rue de Vanves à Clamart. Ce sont deux agents de la ligne Marie Odile ou Marie Dissard. Ils sont logés (selon son rapport RAMP) chez Léna FENY (nom de jeune fille de Léonie JANSON) au 214 Avenue de Paris à Châtillon (Clamart) du 25 mars au 17 avril. Le 17 avril, FLEURIOT vient les reprendre et les passe à JOURDAIN qui les conduit en gare d'Austerlitz.

Dix aviateurs, au moins, prennent le train de nuit vers Toulouse dans un convoi organisé par des membres de l'ancienne ligne Dutch-Paris (démantelée en février 1944) et des rescapés d'autres lignes, et évitent de justesse leur arrestation par la Gestapo à leur arrivée.

Lepkowski trouve le groupe - environ 30 hommes - trop important et déclare qu'il ne partirait pas au sein d'un aussi grand nombre. Il se laisse persuader et bientôt, accompagnés d'une autre guide, ils se retrouvent dans un train plein de miliciens. Arrivés sans incident à Toulouse, ils se séparent et sont logés à différents endroits dans la région.

Lepkowski et quelques autres restent peu de temps chez une dame âgée qui les nourrit et leur prépare des tartines dans des sacs en papier qu'ils emportent lorsqu'ils se rendent à la gare pour prendre un train vers les Pyrénées. A peine arrivés à la gare, l'arrivée soudaine de soldats allemands fait s'éparpiller le groupe dans toutes les directions. Lepkowski parvient à s'échapper et, après avoir déambulé dans la ville, il retrouve la guide et quelques autres évadés et ensemble ils regagnent la gare. Il apprit après la guerre que la dame âgée avait été abattue par les Allemands.

Le train les amène à Bagnères-de-Luchon où Lepkowski trouve toujours que le groupe, à nouveau d'une trentaine et composé entre autres de Hollandais, d'Anglais, de quelques médecins, est beaucoup trop important. De renseignements récents, le groupe comprenait aussi un ancien joueur olympique de hockey belge, l'ingénieur anversois Roger Eugène Bureau (né le 1 février 1909, et décédé vers le 11 avril 1945 dans un camp en Allemagne) et un médecin français de Mitry-Mory (près de Roissy), le Dr Marcel Hulin, qui pourra s'échapper du train entre Toulouse et Paris.

Ils suivent un guide basque pendant deux jours à travers la nature rude et sauvage, mangeant peu, pratiquement sans repos et arrivent au sommet d'une montagne proche de la frontière espagnole. Sous la neige, ils attendent qu'une patrouille allemande dans la vallée poursuive son chemin avant d'entamer la descente. Les Allemands finissent par rattraper le groupe à environ 1 km de la frontière et arrêtent la plupart des hommes. Lepkowski, lui, parvient à se cacher pendant trois jours [en fait, un jour], manquant de nourriture et d'eau.

Ce 21 avril, il décide de rebrousser chemin vers le sommet, certain que les Allemands ne penseront jamais à le chercher là. Près du sommet, Il aperçoit un bâtiment en briques dans ce qu'il pense avoir été une station de ski et fait immédiatement demi-tour. Le 22 avril, les Allemands avaient suivi les traces de ses pas dans la neige et après quelques sommations et coups de feu, Lepkowski décide de se rendre, sa situation étant devenue intenable. On le mène au bâtiment en briques, rempli d'hommes de la Gestapo et Lepkowski et d'autres prisonniers sont dirigés vers Bagnères où on les jette dans une cave. Ils sont interrogés pendant environ deux semaines. Lepkowski est battu sur tout le corps durant ses interrogatoires de jour et de nuit, jusqu'au jour où un gardien venant le chercher pour une nouvelle séance d'interrogation, il refuse de se lever, incapable de marcher. Le garde pointe son revolver sur lui et Lepkowski lui demande de tirer pour mettre fin à son calvaire. Conclusion, on l'emmène au QG de la Gestapo à Toulouse, où il reste près de trois semaines, toujours soumis à des interrogatoires serrés, mais sans toutes les brutalités de Bagnères.

Le rapport d'arrestation de la Grenzpolizei Aufsichtstelle de Bagnères-de-Luchon destiné au Kommandeur der SiPo in des SD - Einsatzkommando Toulouse du 24 avril 1944 indique que 17 aviateurs furent arrêtés ce 21 avril. Ils avaient été arrêtés à Gourron («Les Granges de Gourron»), un peu à l’ouest de Bagnères-de-Luchon. Le passeur Georges Capcarrere, habitant à Jurvielle (repris à la liste des Helpers français comme habitant après la guerre au 39 Rue Gambetta à Bagnères-de-Luchon), les a conduits jusque Saint-Paul-d’Oueil, à 8 km au nord-ouest de Luchon. La Grenzpolizei a également arrêté les passeurs Jean Ferret de Luchon et Louis Pene de Montauban-de-Luchon. Dans ce même groupe de 21 fugitifs se trouve également Theodore Kellers et Wilfred Gorman.

Parmi les autres personnes arrêtées se trouvaient Raymond Krugell (un Alsacien recherché) et l'abbé Paul Louis, tous deux de Turma Vengeance; un Belge anversois, Roger Bureau [Roger Eugène BUREAU, né 1 février 1909; décédé ±11 April 1945 en camp de concentration. C'était un joueur belge de hockey et a participé aux jeux olympiques d'hiver de 1928 and 1936 avec l'équipe belge de Hockey sur glace]; le docteur Marcel Hulin, etc.


Rapport d'arrestation allemand de Lepkowski à Luchon, le 24 avril 1944.


Son acte d'arrêt.

Il est mis sur un train avec des SS en direction de Paris et est placé avec d'autres hommes dans une prison à Paris (Fresnes?) où il reste environ un mois avant d'être transféré ainsi que d'autres prisonniers vers l'Allemagne. Après avoir porté pendant des mois d'affilée les seuls vêtements reçus en Hollande, on le fait passer dans une station d'épouillage avant qu'il soit embarqué, menotté, dans un train à destination de Frankfurt. Il y subit de nouveaux interrogatoires pendant quelques jours avant d'être envoyé au Dulag Luft à Oberürsel. Là, finalement, un médecin militaire de la Luftwaffe s'occupe de soigner ses blessures qui avaient été laissées sans traitement depuis des mois.

Après plusieurs semaines à Oberürsel, ses plaies guéries, on l'envoie au début mai 1944 au Stalag Luft 4 à Gross-Tychow, au Nord de la Pologne. Devant l'avancée des troupes russes venant de l'Est, on évacue les prisonniers en train de marchandises vers Stettin. Le voyage dure quinze jours, pendant lequels ils doivent se contenter d'un minimum de place, devant rester debout la plupart du temps dans les wagons surchargés. Le train ne s'arrête qu'occasionnellement, permettant aux hommes de tenter de trouver quelque nourriture et de faire un semblant de toilette. Ils n'eurent à boire que l'eau de ruisseaux ou de filets d'eau, et apparemment personne n'en devint malade.

Après Stettin, on les transféra à Barth (Stalag Luft 1) où ils furent libérés en mai 1945 par des troupes russes. Lepkowski rentra aux Etats-Unis en août 1945.

Il est donc entré à EVA le 27 octobre et remis à Comète le 29 octobre 1943 jusque Paris, le 10 novembre 1943. Il arrive à Paris avec trois agents belges du SOE qui ont probablement reçu une priorité auprès de Jean-François NOTHOMB. Il est ensuite passé à Paris via le service d'évasion Marie Odile ou Marie Dissard à Dutch-Paris et envoyé à Toulouse pour des raisons qui nous échappent.

Il est enterré au Gerald B. H. Solomon Saratoga National Cemetery, Schuylerville, NY.

Merci à Jacques Leplat pour les photos de famille.


Stanley Lepkowsky et Robert De Ghetto, la soirée du 29 octobre 1943
chez René Ponty avec Marie-Eugénie Jadoul et la fille de Ponty (?).

Stanley Lepkowsky et Robert De Ghetto chez Hector Leplat à Schaebeek.
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(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters