Personne passée à une autre ligne d'évasion

Dernière mise à jour le 15 septembre 2018.

Jack Orcutt LUEHRS / 19005080
Ontario, Malheur County, Oregon, USA.
Né le 12 décembre 1920 à Ontario, Malheur County, Oregon / † le 27 septembre 1991 à Salem, Oregon, USA.
T/Sgt, USAAF 305th Bomber Group 364th Bomber Squadron, opérateur radio.
Lieu d'atterrissage: près de Pont-de-l’Arche, Eure, à quelques km au nord du lieu du crash.
Boeing B-17F-BO Flying Fortress, 42-5232, WF-E / "Available Jones", abattu le 4 avril 1943 par la chasse allemande lors d'une mission sur les usines Renault à Paris-Billancourt.
Appareil écrasé entre le Val et Le Vaudreuil, Eure, Haute Normandie, France.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 15592. Rapport d'évasion E&E 40 disponible en ligne.

L’appareil décolle de Chelveston vers 10h30 et peu après le largage de ses bombes, il est attaqué à 60km au Sud de Rouen par six chasseurs allemands (20 à 25 selon le mitrailleur Fitzgerald dans son propre rapport). Les moteurs 2 et 3 sont touchés et fument, le système électrique est rendu inutilisable, empêchant toute communication entre les membres de l’équipage. Le bout de l’aile gauche est détruit, le stabilisateur vertical est troué, le système d’alimentation en oxygène est détruit et l’avion perd de l’altitude et le contact avec la formation. Jack Luehrs, qui avait réussi à abattre un des chasseurs, voit que cinq hommes ont sauté et, tandis que le mécanicien/mitrailleur latéral S/Sgt Miles L. Cooley tente d’extirper le mitrailleur ventral S/Sgt Edward C. Mescher de sa tourelle, il saute derrière le mitrailleur Allen Fitzgerald.

Ed Mescher sera le seul à perdre la vie. Sept autres membres de l'équipage seront fait prisonniers : le pilote Lt Morris M. Jones (d’abord évadé, il rencontrera son mitrailleur Fitzgerald à Paris), le copilote Lt Edward T. Logan, le navigateur Lt Homer H. Mohr (vraisemblablement d’abord évadé également puisque renseigné comme prisonnier en date du 8 décembre 1943), le bombardier Lt Robert Fabec, le mitrailleur dorsal Sgt William H. Johnson et le S/Sgt Miles L. Cooley. Le mitrailleur arrière, Sgt John G. Hollenbeck, parvient d'abord à s'évader mais sera arrêté par la suite et interné lui aussi.

Jack Luehrs quitte le B-17 à environ 4300m d’altitude et voit un chasseur allemand Fw190 tournoyer autour de lui durant sa descente en parachute. Son kit d’évasion tombe de son pantalon lors de son saut et il atterrit dans un pommier, tout près d’un village (Pont-de-l’Arche). Un villageois, voyant que Luehrs saigne d’une blessure en-dessous de l’œil gauche, lui demande en anglais s’il souhaite l’aide d’un médecin. Luehrs répond par la négative avant de s’encourir le long de la route principale. Il échappe aux patrouilles allemandes et se cache derrière un arbre dans un champ d’où il peut voir son avion brûler à environ 800 m de là.

Une heure plus tard, un homme apparaît, portant un sac dans lequel il met les légumes qu’il trouve dans le champ. L’homme l’aperçoit, s’approche et se rendant compte de la situation lui donne du vin et de quoi manger, de même qu’une veste et un pantalon, lui disant de rester là jusqu’à la nuit. Plus tard dans l’après-midi, un homme et une femme passent à proximité et déposent un sac de nourriture à son attention. A la nuit tombée, le premier homme revient le voir, lui remet d’autres vêtements, que Luehrs enfile par-dessus son uniforme, et le conduit à une ferme non loin de là. Ensuite, il accompagne l’homme à vélo et ils roulent environ 4km jusqu’à une maison délabrée où l’homme lui remet de la nourriture, une lampe-torche et d’autres vêtements encore, Luehrs se débarrassant alors de toutes les pièces de son uniforme pour n’enfiler que ces vêtements civils. L’individu réapparaît la nuit suivante, lui dit que trop de gens sont au courant de sa cachette et qu’il vaut mieux bouger. Les deux hommes roulent à vélo pendant environ trois heures pour arriver à une ferme. L’homme lui conseille de faire là comme s’il était sourd-muet et, une fois entré, les fermiers lui donnent à manger et l’autorisent à aller dormir dans une étable.

Luehrs dort là toute la nuit et la majeure partie de la journée suivante. Dans la soirée, l’homme revient, demande à Luehrs s’il a une photo sur lui. L’aviateur lui en donne une des trois dont il dispose et l’homme revient vers 4 heures du matin le 7 avril pour lui remettre une fausse carte d’identité, lui disant qu’à partir de ce moment la suite de son évasion peut être organisée.

Luehrs accompagne l’homme jusqu’à la gare du village où ils rencontrent un français, de grande taille, ne parlant pas anglais et qui avait des tickets de train pour Paris. Le train part vers 6 heures, arrive à Paris vers 8h30. Luehrs accompagne son guide qui se rend immédiatement vers une gare de métro et, après un voyage d’un quart d’heure, les deux hommes arrivent dans un magasin d’appareillage électrique où son guide s’entretient avec le propriétaire. Luehrs et son guide quittent le magasin, marchent environ une heure avant d’arriver à l’appartement de l’épouse de l’électricien. Luehrs monte alors deux étages et se retrouve dans l’appartement d’une autre dame, une sténographe travaillant dans un grand magasin. Personne ne parle anglais, mais Luehrs se débrouille à l’aide de son lexique français-anglais.

Le 8 avril vers 10h00, arrive la dame occupant l’appartement, accompagnée d’une belle jeune fille parlant bien l’anglais. La jeune fille l’emmène au sous-sol du grand magasin (le Bon Marché ?) pour le faire prendre en photo avant de le guider jusqu’à son propre appartement où Luehrs rencontre son mitrailleur Allen Fitzgerald. Luehrs reste loger là jusqu’à 16h00 le lendemain 9 avril avant d’être mené par une autre jeune fille («Claude MUIR»), étudiante en médecine, à l’appartement d’un chirurgien et son épouse chez qui il loge pendant 10 jours. La jeune étudiante le conduit alors vers son appartement, situé en face de la Tour Eiffel, où il reste durant une vingtaine de jours sans pouvoir sortir.

Tout ce qui précède est une traduction résumée du rapport de Luehrs et ne reprend pas ce que d’autres sources nous rapportent, à savoir qu’«il est remis le 4 avril (!? le jour de la chute de son avion…) par Catherine de BRUNEL épouse JANOT et loge jusqu'au 1er mai chez une de ses logeuses : Marcelle HERVEY, veuve Adolphe THIERRY-MIEG, au 27 Rue Franklin Paris XVIe puis remis à Robert AYLÉ. Il rencontre Robert Muir à Paris…»

Poursuivons la lecture du rapport de Luehrs : Le 30 avril, arrive chez Claude MUIR un homme réputé être le chef de l’organisation (il s’agit bien de Robert AYLÉ), de petite taille, cheveux grisonnants, 48 ans, ne parlant pas anglais, qui l’emmène voir un «Commando, le Capitaine Val Wells» (en fait, Vladimir BOURYSCHKINE, alias Val WILLIAMS). AYLÉ les quitte et WILLIAMS conduit Luehrs dans un café où se trouvent deux aviateurs de la RAF, un aviateur canadien et trois guides féminines. L’une d’entre elles, ANDRÉE ( vraisemblablement Andrée LÉVÊQUE / LÉVÊCQUE, du 19 rue d’Orléans, Paris et dont les parents avaient une maison à Saint-Quay-Portrieux), environ 21 ans, les cheveux teints en blond, raconte qu’environ deux semaines auparavant la Gestapo était arrivée à l’appartement de ses parents (à Paris) et avait arrêté sa mère, son père parvenant à s’échapper. Tous partagent le repas du soir avant que Luehrs, ANDRÉE, WILLIAMS et les trois autres aviateurs prennent le train de 22h45 à destination de Saint-Brieuc en Bretagne.

Dans son rapport, Luehrs indique que de Saint-Brieuc, le groupe voyage en taxi jusqu’à Etables-sur-Mer où, dans un appartement, se trouvent son mitrailleur Allen Fitzgerald, deux polonais, deux autres aviateurs anglais (Luehrs ne précise pas les noms de ces 4 derniers). Luehrs déclare que JEAN, le fils du maire (propriétaire de l’appartement,) s’est occupé de lui. Il ajoute qu’il était prévu que le dimanche suivant, dans la nuit, un bateau venu d’Angleterre était supposé les emmener au départ d’un village côtier à environ 16km de là. Finalement, le projet ne se réalise pas, le temps étant trop mauvais pour faire la traversée. [NB : Jérôme CAMARD est maire d’Etables-sur-Mer. Son fils Jean, 19 ans, engagé dans le réseau Mithridate depuis mars 1941, passé ensuite au réseau Pat O’Leary avant de revenir à Mithridate, a été arrêté par la Gestapo le 20 juin 1943 à Paris. Emprisonné, condamné à mort, il parviendra à s’échapper à Paris le 6 mars 1944. Son père Jérôme fut arrêté par la Gestapo le 23 septembre 1943 et libéré le 25 juin 1944. La famille CAMARD a hébergé une vingtaine d’aviateurs, tandis que Jean a, à lui seul, porté assistance à un total de 152 aviateurs.]

Luehrs poursuit en disant que le lundi soir, lui et les cinq autres sont déplacés vers la résidence de Madame « Salaires ». Il s’agit de Madame Emilie CELLARIÉ, maison « La Chimère » au 25 Rue des Dalliots, Quartier des Dalliots, à Tréveneuc, à environ 4 km au nord-est de Saint-Quay-Portrieux, dans les Côtes d'Armor en Bretagne. Cette maison, qui a abrité de nombreux aviateurs, existe toujours :

La Chimère à Tréveneuc.

Jack Luehrs rapporte que lui et treize autres évadés sont restés là pendant deux semaines. Il mentionne les 2 Polonais sans les citer, 1 Russe (non nommé, mais il s’agit du Sergent russe A.S. Kononenko, évadé d'un camp de prisonniers), le Sgt Douglas Cox, le canadien P/Off B.C. Dennison (SPG 3314/1325), le Sgt H. Riley, RAF (SPG 3314/1359), le sergent RAF G. R. Howard (SPG 3314/1329), le Squadron Leader Peter W. Lefèvre (arrivé à « La Chimère » le 3 mai - SPG 3314/1301), son mitrailleur Fitzgerald (qu’il signale plus tard avoir vu pour la dernière fois le 20 mai) et le Sgt Charles E. McDonald (un américain dans la RCAF, SPG 3314/1316). Il ne mentionne pas les noms des trois autres, mais nous savons qu’il s’agit du F/Sgt G. L. Spencer (SPG 3314/1645), du F/Sgt Elmer L. Bulman (SPG 3314/1326) et de l'américain Sgt Frank Greene, ce dernier du même Groupe que Luehrs et abattu le même 4 avril 1943.

Luehrs ne le mentionne pas dans son rapport, mais d’autres rapports d’évadés indiquent que le 6 mai, Greene, Dennison, Spencer, le sergent Howard et le Sergent russe Kononenko, sont remis à l'organisation Oaktree/Bourgogne et guidés vers Saint-Brieuc par une comtesse. Elisabeth BARBIER (aussi de Comète, mais en liaison avec Vladimir BOURYSCHKINE alias Val Williams) y escorte effectivement plusieurs aviateurs près d'Étables aidée par Jean CAMARD et la famille LANLO et accompagnée par Jacques BONNERON (du 14 Avenue Georges Clémenceau à Vincennes) et Georges JOUANJEAN. On confirme le projet de rapatrier plusieurs aviateurs, dont Jack Luehrs, en bateau vers l'Angleterre, que le bateau ne vient pas et que Luehrs rentre à Paris avec d’autres aviateurs.

Reprenons le rapport de Luehrs : Val WILLIAMS se rend à Paris, d’où il doit prendre contact avec Londres pour organiser un nouveau voyage en bateau. Luehrs signale qu’après deux semaines (de séjour à « La Chimère »), Allen Fitzgerald est transféré à Paimpol dans un château appartenant à une comtesse Américaine (il s’agit de Roberta « Betty » de MAUDUIT, Château du Bourblanc à Plourivo). Luehrs déclare avoir été déplacé avec 1 anglais, 1 canadien (Dennison), 1 Russe (Kononenko) vers une ferme dans la campagne où Val arrive un peu plus tard, annonçant qu’il abandonne son projet de bateau. Val emmène alors tous les autres vers Paris, laissant Luehrs dans la ferme où il reste encore quatre jours avant d’être transféré à Saint-Quay-Portrieux où il loge chez PAUL (= Raymond LABROSSE, opérateur radio de Val WILLIAMS) et ANDRÉ.

Luehrs signale que pendant son séjour là, il y eut un raid de l’aviation américaine sur Rennes et Saint-Nazaire. Une Forteresse Volante avait été abattue au-dessus de la mer non loin de Saint-Quay. Luehrs mentionne que deux membres de l’équipage avaient été arrêtés et que sur les huit autres, six avaient été récupérés par l’organisation. Parmi eux, le Lt Peterson (Marshall R. Peterson, pilote du 42-29531 d’Harold Bentz) que Luehrs renseigne comme arrivé (ce serait le 30 mai) chez PAUL – Raymond LABROSSE où il se trouvait, accompagné de deux autres équipiers, « le mécanicien » (donc Hilton G. Hilliard, arrêté par la suite) et « un mitrailleur latéral » (donc George P. Smith, également fait prisonnier ultérieurement).

Luehrs poursuit : Le lendemain (31 mai), arrive «JAN» (aussi nommé Yann, Yanic dans d’autres rapports ; il s’agit en fait de Jean CAMARD, fils du maire d’Etables-sur-Mer) qui lui apprend qu’il partira le soir pour Paris, l’Espagne étant la destination envisagée. Il signale avoir accompagné le fils du maire à vélo jusqu’à Saint-Brieuc. Le fils avait des tickets de train pour Paris où ils arrivent le lendemain vers 06h30 du matin et sont accueillis «par Val et YANIC un français se faisant passer pour l’américain Gilbert Wright et « JACK », un homme grand et basané» [ Luehrs précise par la suite que « JACK » est âgé de 23 ans, est marié et a un fils, mais il n’explique pas les raisons pour lesquelles « Yanic / Yannick » (Jean CAMARD…), 18 ans, se faisait passer pour Gilbert Wright. Le « Jack » en question est en fait Jacques BONNERON cité plus haut.]

Luehrs indique dans une annexe à son rapport que le Sgt Fred Green se trouvait avec lui chez PAUL - Raymond LABROSSE - et que le Sgt Spencer y avait logé aussi. Il ne mentionne pas avoir fait le voyage de Saint-Quay-Portrieux à Paris avec d’autres, mais il semble que ce 31 mai, lui, le Sgt Spencer, Kononenko, le Sgt H. Riley, auxquels Frank Greene se joint à nouveau, ont quitté Saint-Quay-Portrieux pour Paris. Arrivés là, ils auraient été menés à l'appartement d'Elizabeth BARBIER, au 72 de la Rue Vaneau à Paris VIIe, d'où on les place séparément à divers endroits.

Jack Luehrs rapporte que depuis la gare à Paris, lui, Val, Yanic / CAMARD et Jack / BONNERON ont marché pendant environ 5 minutes jusqu’à un appartement où ils ont rencontré le Lt Biggs, le Lt Kylius, le Sgt Wilson, Jim Hall, Jim Smith, ainsi que 3 Canadiens. [Nous avons pu retrouver qu’il s’agit du Lt Robert E. Biggs, copilote du B-17 42-5378 abattu le 16 février 1943 lors d’une mission sur St Nazaire – E&E 41 ; 1st Lt Robert E. Kylius (E&E 45) et du T/Sgt Clairborne W. Wilson (E&E 46), respectivement bombardier et mécanicien/mitrailleur dorsal à bord du B-17 42-5717 abattu le même jour que les deux précédents ; Sgt James Hall – RAF (SPG 3314/1319) et le Sgt James A. Smith – RAF (SPG 3314/1319), tous deux à bord du Stirling BK653 abattu le 16 avril 1943 lors d’une mission sur Mannheim ; les 3 Canadiens étant le F/Sgt David E. James (SPG 3314/1317, du même BK653 que Hall et Smith) ; F/Sgt E.R. Turenne, radio/mitrailleur à bord du Halifax W7885 abattu le 13 février 1943 lors d’une mission sur Lorient – SPG 3314/1314 et du Sgt Charles E. McDonald (SPG 3314/1316), pilote du Spitfire R7279 abattu près de Lille le 21 août 1941 – fait prisonnier – évadé du camp de travail E352 en Silésie - voir à son sujet http://www.conscript-heroes.com/escapelines/EEIE-Articles/Art-16-Escapers-from-Germany.htm.]

Luehrs poursuit : Après un petit déjeuner dans l’appartement, Luehrs, Yanic / CAMARD, Jack / BONNERON et les 8 autres aviateurs ont pris un train (à la Gare d’Austerlitz) pour Bayonne, une partie voyageant en 1ère classe, une autre en 2ème, Luehrs se retrouvant dans le même compartiment que 5 autres. Le train démarre vers 11h00 du matin, arrive à Bordeaux sans qu’il n’y ait eu de contrôle à bord, et le voyage se poursuit jusqu’à Bayonne, d’où le groupe prend un autre train pour Pau. Luehrs rapporte que lors de l’arrêt à Bayonne, un agent de la Gestapo avait interpellé Yanic / CAMARD sur le quai mais l’avait relâché après avoir contrôlé ses papiers.

Avant d’arriver à Pau, le convoi est arrêté à Orthez où tout le monde est contrôlé. Tout se passe bien et le train arrive finalement à Pau vers 23h00. La nuit suivante est passée dans un petit appartement et au matin, le groupe est conduit en camion jusqu’au pied des Pyrénées où ils rencontrent un autre groupe prêt à passer. Ils se mettent en marche vers 20h30, sous la pluie, et ne s’arrêtent que vers 5h30 au matin pour se reposer dans une vieille étable désertée nichée sur les flancs de la montagne.

On reprend la marche le soir à 22h00 jusqu’au lendemain matin 9h00 pour un arrêt dans une cabane de berger où ils reçoivent à manger et restent jusqu’à 18h00. La marche reprend alors, jusqu’à minuit, heure à laquelle ils atteignent une vieille maison abandonnée. Ils y restent attendre environ une heure qu’une patrouille allemande prévue soit passée. La frontière est passée le 05 juin vers 06h00 du matin et leur (apparemment seul) guide les quitte alors pour rentrer en France.

Les aviateurs détruisent alors tous leurs (faux) papiers et suivent le cours de la rivière Esca (Rio Esca). Comme on le leur avait recommandé, ils se rendent à la Guardia Civil vers 11h00 du matin près de Uztárroz et ils sont emmenés à Isaba. Là, ils sont tous fouillés, on leur prend leur argent, des canifs, certains évadés vendent leurs montres en échange de pesos. Ils passent la nuit dans un hôtel et le 6 juin, ils sont conduits en autobus jusqu’à Pampelune où ils sont placés dans une petite prison locale, entassés à 31 dans la même petite pièce. Le lendemain, on les conduit à la prison principale où on les fouille, les dépouille du reste de leur argent, canifs, rasoirs… ; on leur tond le crâne et on les fait passer à la douche avant une inspection médicale. Tous y passent, même les officiers.

Jack Luehrs se retrouve avec quatre autres évadés dans une cellule. Après cinq jours, un délégué de l’Ambassade des Etats-Unis arrive, leur donne des vêtements et 100 pesos à chacun et prend des arrangements pour que de la nourriture leur soit apportée. Le lendemain, ils sont tous relâchés et un autobus vient les prendre pour les conduire à un hôtel où ils restent 2 semaines. Pendant leur séjour, ils reçoivent la visite d’une Mrs Stevenson qui leur apporte un peu d’alcool et leur suggère à chacun d’écrire une lettre à destination des autorités, missives qu’elle emporte.

Le 24 juin, le major Clark vient les chercher (vraisemblablement en camion) et les conduit à un endroit d’où il embarque sept autres Américains. Le lendemain 25 juin à 08h00, ils sont conduits à Madrid où on les prend en photo avant de partir pour Gibraltar. Le groupe s’arrête en route à « Gaen » (= Jaén) où il passe la nuit. Arrivé finalement à Gibraltar avec les autres le 26 juin vers 18h00, Luehrs passe un nouvel examen médical avant d’être conduit au Consulat où il reçoit un uniforme avant d’être logé à l’Hôtel Victoria.

Merci à Dick Luehrs, fils de Jack, pour les photos de son père.


Jack Luehrs quitte Gibraltar en avion C-47 le 27 juin 1943 à 22h00 et arrive en Angleterre le lendemain à 07h30. Décédé à l’âge de 71 ans, il repose au Willamette National Cemetery à Portland, Oregon, USA.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters