Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 11 août 2018.

William Reinhold MATTSON / 11088221
182 Granito Street, Rockport, Massachusetts
Né le 11 décembre 1916 à Pigeon Cove, Massachusetts/ † 14 mars 1992 à Gloucester, Massachusetts, USA.
T/Sgt, USAAF 392 Bomber Group/ 579 Bomber Squadron, mécanicien et mitrailleur dorsal.
Lieu d'atterrissage: près de Waterloo (Brabant) dans un jardin à l'arrière de la ferme de la Saline à Plancenoit.
Boeing B-24 Liberator, 42-7484, GC-L / "Sally Ann", abattu par des chasseurs FW 190 le samedi 29 janvier 1944 vers 12h30-13h00 lors d'une mission sur Frankfort.
Atterrissage forcé (crash où il explose) tout près de Waterloo, derrière la ferme de Mont St Jean.
Durée : 7 1/2 semaines.
Passage des Pyrénées : le 22 avril 1944.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 2548. Rapport d'évasion E&E 638 disponible en ligne.

Le B-24 décolle de Wendling à 08h00 et, alors qu'il survole la côte, deux de ses turbo-compresseurs tombent en panne et, s'éloignant de la formation, il est attaqué par des chasseurs. L'aile gauche est détruite de même que la conduite de carburant au moteur n°4. Du fuel se déverse par la soute à bombes alors que celles-ci sont larguées, l'appareil faisant demi-tour vers l'Angleterre à une altitude de 1.850 m seulement.

Il est impossible pour Mattson de stopper la fuite et comme le B-24 est menacé d'une nouvelle attaque de chasseurs, le pilote, 1Lt John Stukus, plonge sous la couverture nuageuse à environ 800m. Les chasseurs passent par-dessous les nuages et, lorsque cette protection disparaît, ils attaquent à nouveau le bombardier. Une explosion dans la soute à bombes en propulse les portes jusque dans le compartiment radio, le système hydraulique lâche et le pilote donne l'ordre d'évacuer l'appareil.

Avant de sauter, à environ 800 m, Mattson voit que le copilote, 2Lt John E. Moffat., blessé, s'apprête à quitter son siège. Le pilote et le copilote sont immédiatement fait prisonniers par les Allemands stationnés au Lion de Waterloo. Le navigateur 2nd Lt Ronald R. Lindlow et le bombardier 2nd Lt Lester E. Gentry sont tués par des coups directs dans le cockpit. Lindlow repose au Golden Gate National Cemetery à San Bruno en Californie, mais le corps de Gentry n'a jamais été retrouvé et son nom figure aux tablettes du Mur des Disparus au cimetière américain de Cambridge en Angleterre. Le reste de l'équipage est un temps officiellement déclaré manquant en action. En fait, parmi les autres survivants qui réussissent à éviter la capture, quatre seront "libérés" en septembre 44 : Anthony Paolantonio, William McGinley, Joe McCrary et Louis Rosati.

Marshall Crouch et James Dykes quant à eux, furent fait prisonniers ultérieurement, ce dernier échappant à l'emprisonnement dans un camp en Allemagne (voir sa page).


Debout : Dykes, McGinley, McCrary, Rosati, Paolantonio, Mattson
Devant : Gentry (bombardier), Stukus (pilote), Moffat (co-pilote), Lindlow (navigateur).

Une centaine de spectateurs regardait l'atterrissage forcé et Mattson, qui avait immédiatement ouvert son parachute, voit l'avion amorcer une remontée avant de plonger immédiatement vers le sol où il explose. Mattson atterrit dans un champ, près d'un pâté de maisons. Dans son rapport, Mattson indique que les gens ne s'occupent pas de lui, sauf un homme qui lui propose d'aller prendre un café chez lui et auquel l'aviateur, dans son français scolaire, demande s'il pourrait cacher son parachute et son équipement. Le fermier, Georges BODENGHIEN, jette le tout dans le puits de la ferme (dans une étable, selon le rapport de Mattson, le fermier lui disant qu'il enterrerait tout cela plus tard). Arrivés à la ferme, le café est servi par la fermière, Yvonne BODENGHIEN dont le mari remet à Mattson ses propres chaussures en échange des bottes de l'aviateur. Le frère d'Yvonne, Albert HAZARD, se trouve sur les lieux. Comme une foule s'agglomère autour de la maison, le fermier devient mal à l'aise et demande à Mattson de partir.

[Selon des informations données à Wezembeek-Oppem à la fin des années 1980 à Gerard G. "Gerry" Gleckel par Lucien CLEMENT, fils de Jacquemin CLEMENT, membre de l'Armée Secrète, ce serait l'ouvrier agricole Louis DEVISCHER (1 Grand Route, Ophain-Lillois) qui aurait eu le premier contact avec William Mattson après son atterrissage. Selon Lucien, Mattson serait tombé très près de Louis dans le champ où il travaillait et après que Mattson ait enlevé sa combinaison de vol, Louis lui aurait donné sa propre veste juste avant que deux soldats allemands arrivés à moto ne s'adressent à lui, demandant s'il avait aperçu un parachute. Auparavant, Louis aurait fait comprendre par signes à Mattson de se taire et de se faire passer pour un sourd-muet un peu demeuré. Louis aurait déclaré aux soldats qu'il avait vu un parachute environ deux km plus loin en direction du Lion de Waterloo. Toujours selon Lucien CLEMENT, dans l'après-midi, Louis DEVISCHER aurait avisé Jacquemin CLEMENT qu'il cachait un aviateur. Le père CLEMENT aurait alors décidé d'aller chercher Mattson durant la nuit, l'aviateur logeant, apparemment deux jours, chez les CLEMENT avant d'être guidé chez Louis et Marie MAHAUDEN (voir plus bas), les grands-parents maternels de Lucien CLEMENT. Ce serait Nelly MAHAUDEN qui aurait jugé préférable de contacter son frère Jacques pour qu'il soit caché chez leurs parents, plutôt que de le laisser se débrouiller seul "dans la nature" comme l'avaient suggéré les premiers résistants contactés.]

Reprenons le rapport de Mattson, qui ne mentionne pas l'ouvrier agricole mais qui indique que se dirigeant vers le sud-ouest selon les recommandations du fermier (BODENGHIEN), il marche à travers champs et arrive à une route pavée bordée de buissons. Les environs étant très découverts, il décide de se cacher dans des buissons jusqu'à l'obscurité. A peine dix minutes plus tard, 2 hommes arrivent près de sa cachette et lui disent d'aller à une grande maison à environ 2 km de là.

A 200 m de la maison, des chiens se mettent à aboyer et Mattson décide d'attendre jusqu'au soir et va se cacher non loin de là dans le sillon d'un champ labouré. L'arrivée d'un fermier guidant deux chevaux de labour l'oblige à se découvrir. Il éprouve d'énormes difficultés à se faire comprendre et finit par deviner que l'homme veut lui dire d'aller s'abriter sur un côté d'une maison à environ 1 km plus loin et où habitaient deux familles. Mattson se félicitera plus tard d'avoir choisi le bon côté de la maison, car l'autre était habité par des pro-Nazis. De plus, il apprendra plus tard que s'il s'était arrêté à la toute première maison conseillée par les 2 hommes, il se serait fait immédiatement arrêter car elle était surveillée en permanence par les Allemands.

Le même soir, un homme âgé vient le chercher, on lui donne des vêtements civils et l'assure que son évasion est dorénavant organisée. La partie manuscrite du rapport E&E de Mattson nous apprend que le fermier aux chevaux l'a mené jusque chez lui près de Lillois-Witterzée et qu'il a logé chez ce couple jusqu'au 1er février. Il ajoute que le 31 janvier, "un baron local" (le comte de MEEUS, domicilié à Ophain), propriétaire de la maison sous surveillance dont question plus haut, vient le voir, accompagné d'un policier de Lillois. Les deux hommes lui remettent une fausse pièce d'identité et un troisième lui donne 200 francs belges. Une correspondance avec un chercheur français, Henri-Paul Enjames, en avril 2013, nous apprend que le policier en question est Ferdinand ROUSIE, habitant 186 Grand-Route à Lillois. Voici sa photo et le texte repris au verso :



Ferdinand Roussie (1908-1956)

Toujours le 31 janvier, le fils des fermiers ne s'étant pas rendu à son travail, son employeur en fait mention à la police et, par prudence, on fait bouger Mattson. C'est Ferdinand ROUSIE qui l'emmène chez lui tôt au matin du 1er février et Mattson y reste jusqu'au soir. Entretemps, le policier explique la situation au chef de la police locale qui en informe alors l'employeur, ce qui règle le problème.

Mattson passe voir l'employeur et les fermiers avant d'aller loger chez Jacques MAHAUDEN, qui devait le guider vers Bruxelles. Jacques, qui travaillait auparavant pour une compagnie maritime assurant la liaison avec les Etats-Unis, était à présent employé à Bruxelles. Mattson passe la nuit chez les parents de Jacques, Louis et Marie MAHAUDEN, 272 Rue Raymond Lebleux à Lillois, où il rencontre le frère de Jacques, marié et domicilié ailleurs.

Le 2 février, Jacques MAHAUDEN guide Mattson jusque chez lui à Bruxelles et l'aviateur loge pendant une semaine chez Jacques et sa femme Yvonne. Toujours selon l'E&E, Jacques était gardien de prison et vivait dans le sous-sol d'un immeuble de bureaux. Mattson précise qu'il gagnait 1000 francs par mois et que son épouse touchait 500 francs par mois comme concierge de l'immeuble.

Le frère de Jacques passe le voir chez les MAHAUDEN, lui demande des renseignements à propos de son équipage et emporte une lettre que Mattson écrit à l'attention de son commandant d'escadrille. Le 10 février, une infirmière de la Croix Rouge de Belgique, environ 50 ans, l'emmène à son appartement. Selon Michael LeBlanc, il semble que cette infirmière soit Fernande DELOOVER, de Braine-L'Alleud, qui avait une sœur à Bruxelles. En cours de route, ils s'arrêtent à une maison pour y voir un homme dont l'épouse est anglaise. L'homme prend note des noms des co-équipiers de Mattson et de l'endroit où son avion s'est écrasé.

Mattson passe alors une semaine dans la maison de l'infirmière, celle-ci allant habiter entretemps chez sa sœur. Comme les gens habitant l'appartement du dessous sont inquiétés pour une question de non-respect du règlement de travail obligatoire, l'infirmière, craignant une fouille, remet Mattson à un homme de petite taille se disant membre d'une organisation et qui lui dit qu'il croit "son histoire d'avion". L'homme, la petite cinquantaine, parle un peu anglais et déclare avoir servi dans l'Armée belge. Il lui confectionne des plaques métalliques pour remplacer les plaquettes d'identification manquant à Mattson.

L'homme cache l'aviateur pour la nuit à l'arrière d'un magasin de meubles où Mattson reçoit la visite d'un médecin qui lui remet un pardessus et une valise contenant d'autres vêtements. Le 18 février, arrivent deux femmes (vraisemblablement Mme HEULEN et sa sœur, Mme MATTHYS) qui l'emmènent pour une longue marche vers une maison où il logera chez une jeune dame de 28 ans et sa maman. Se trouvait là également un citoyen hollandais. Le mari de la jeune dame, travailleur obligatoire en Allemagne, devait rentrer à la maison le lendemain. Selon Mattson, la maison en question est en fait le QG d'une organisation d'espionnage dont le mari fait partie. Dans la marge de la page 32 de l'E&E de Mattson, à hauteur de ce paragraphe, l'interviewer a indiqué (que cette maison) se trouvait "près de l'Avenue Louise et du Palais de Justice"…

D'après les archives du Groupe EVA, c'est ce groupe qui récupère Mattson, confirmant qu'il est conduit par Mme HEULEN chez sa sœur, Mme MATTHIJS, au 26 rue de la Linière, à Saint-Gilles. Mattson loge sept jours à cette adresse, y recevant un colis de la Croix Rouge. Le 27 février, une brunette (Simone SCHREYEN) le guide jusque chez Marcel (Marcel VAN BUEKENHOUT), un policier de Laeken responsable de la recherche de logements pour les évadés. Mattson était le deuxième évadé dont il s'occupait, le premier étant Leslie Morrison.

Le soir du 27 février, Marcel guide Mattson jusqu'au 26 Rue Fransman à Laeken chez le boulanger Jean HALEYET, où l'aviateur loge jusqu'au 10 mars. Durant cette période, il va dormir deux nuits chez le père de Jean et une autre chez Marcel, Jean devant recevoir des invités chez lui. Un jour, Simone SCHREYEN passe lui remettre une fausse carte d'identité et un permis de travail.

Le 10 mars, Marcel VAN BUEKENHOUT et un autre homme mènent Mattson chez Léopold LECLERCQ au 106 Avenue du Karreveld, à Molenbeek-Saint-Jean. Mattson est le premier aviateur à loger dans cet appartement et l'épouse de Léopold, consciente des problèmes des évadés, commence à s'occuper de leur procurer des vêtements, Léopold se chargeant de la question des faux papiers. Mattson rapporte qu'avant la guerre, Léopold était propriétaire du journal qu'il publiait, mais qu'il était à présent employé chez Nestor Martin, un fabricant de poêles de chauffage, dont les installations avaient été réquisitionnées par les autorités allemandes.

Marcel VAN BUEKENHOUT arrive un jour avec Henri (Henri MACA) et un jeune photographe qui prend des clichés de Mattson, les photos de son kit d'évasion ne convenant pas. Marcel lui procure ensuite de nouveaux faux papiers. Le 08 avril, Simone SCHREYEN mène Mattson à une église où il revoit Henri MACA et Morrison. Plus tard, une autre brunette, assez forte, 55 ans environ (Marie PLESSIX épouse DUMONT, la maman de "Lilly/Lili/Michou" et "Nadine" - voir plus bas), arrive alors, tout habillée de noir. Elle remet une carte d'identité française à Mattson et elle le guide avec Morrison vers la Gare du Nord où elle les confie à un guide, blond, grand, mince (Henri NYS). Ce dernier est en possession des tickets, mais, le train étant retardé, le groupe se rend dans un café où ils sont rejoints par un homme de grande taille (Jean SERMENT).

La situation ferroviaire ne s'améliorant pas, le groupe se dirige vers Schaerbeek, non loin de l'aérodrome d'Evere et arrive dans une épicerie où deux aviateurs américains avaient été cachés avant eux, Edward Cobb et Robert Hoke. L'épicier est Adrien ALSTEEN au 24 Avenue Gustave Latinis à Schaerbeek et les deux hommes restent loger chez lui du 08 au 18 avril 44. Le couple ALSTEEN avait cinq enfants et hébergeait déjà un belge et son épouse, l'homme (Raoul THIBAUT ?), réfractaire au travail obligatoire, étant recherché par la Gestapo. Mattson reçoit d'autres faux papiers : une carte de travail, une autre carte d'identité belge et une française.

Le 18 avril, Simone SCHREYEN conduit Mattson et Morrison à la Place Fontainas au centre de Bruxelles d'où Henri NYS les guide vers une gare et les confie à un autre guide (Max BOURDILLOUD ?) qui les accompagne en train jusqu'à Mouscron. Depuis la gare de Mouscron, ils marchent 15 minutes jusqu'à un café proche de la frontière française. Le propriétaire du café, un ancien steward à bord de transatlantiques est un ex-employé de la Compagnie Maritime Belge assurant la liaison Ostende-Douvres.

A l'aube du 19 avril, le cafetier et deux guides leur font passer la frontière, le passage étant facilité par la connivence de douaniers. Le groupe prend un tram qui les mène à Roubaix ou Tourcoing en France, d'où ils prennent le train pour Paris, les aviateurs ne voyageant pas dans le même wagon que leurs guides. Arrivés à Paris, les deux guides se séparent et Mattson indique dans son rapport que Morrison et lui n'ont ensuite pas suivi le guide qu'ils auraient dû suivre. Finalement, le contact est établi avec "Lilly", une jeune fille bruxelloise de 23 ans "en paraissant 16". Il s'agit d'Aline DUMONT, également connue comme "Michou", le rapport de Mattson précisant que sa mère, arrêtée, avait été relâchée, mais que son père et sa sœur étaient toujours détenus (il s'agit d'Eugène DUMONT et de sa fille Andrée, alias "Nadine").

"Lilly" confie par la suite Mattson et Morrison à une américaine mariée à un français (Virginia ROUSH et son mari Philippe d'ALBERT-LAKE) et le couple, accompagné d'un civil américain de 30 ans, guide les aviateurs vers leur maison à Nesles-La-Vallée, dans le Val d'Oise, où les évadés passent la nuit. Le 20 avril, Virginia confie les deux hommes à "Lilly"/"Lili", dans une rue de Paris où un homme les prend en photo pour la confection de cartes d'identité et de permis de circuler en zone côtière. Dans une gare de métro, ils sont rejoints par une jeune fille assez forte (Henriette HANOTTE) qui les mène jusqu'à une gare de chemin de fer. Celle-ci ayant été bombardée, le groupe se rend dans un café et, alors qu'ils en sortent, l'homme revient avec des faux papiers, accompagné de "Lilly".

L'homme et la jeune fille forte les quittent et ils sont alors rejoints par Alphonse Escrinier, brûlé à Bruxelles et obligé de quitter les régions occupées. ESCRINIER était porteur d'un livret de codes et transportait des documents secrets dissimulés dans des batteries de torches électriques. Selon le rapport de Leslie Morrison, "Michèle" (Monique de BRIEY) les accompagne en train jusqu'à Bordeaux, tout comme "Lilly".

Suite aux bombardements du réseau, le train reste longtemps bloqué à Saint-Pierre-des-Corps, près de Tours, et prend 12 heures de retard avant d'arriver à Bordeaux le 21 avril à 06h00 du matin. Ce retard empêche la liaison avec le maillon suivant et le groupe est dès lors attendu à Bayonne au lieu de Bordeaux. Ce n'est que le 22 avril, à 02h00 du matin qu'ils descendent du train avant Bayonne, rejoignant cette ville à pied. Là, deux jeunes filles dont une ravissante blonde (Janine DE GREEF ?) et une autre plus âgée (Denise HOUGET ?) s'adressent à "Lilly" et le groupe se rend dans un café, attendant le retour de Lilly partie chercher des vélos.

Ensuite le groupe, sans la jeune fille blonde, pédale jusqu'à une maison à 5 km en dehors de la ville (l'auberge LARRE de Marthe MENDIARA à Sutar) où ils peuvent se restaurer et dormir. Dans la soirée du lendemain, le groupe roule sur plusieurs centaines de mètres, descendant une route avant de prendre une voie latérale où ils rencontrent leur nouveau guide (Juanito BIDEGAIN). Celui-ci marche alors pendant quatre heures avec eux avant de céder le relais à d'autres guides dans un petit chalet blanc niché dans les montagnes.

Le 23 avril, vers 05h00 du matin, le groupe change à nouveau de guides sur les berges d'une rivière (la Nivelle) qu'ils traversent une heure plus tard. Après un court instant de repos dans une maison 200 m plus loin (Quito borda), ils se préparent à entamer une marche vers San Sebastian. Mattson rapporte qu'ESCRINIER est épuisé et que son état n'est pas brillant. Un autre guide prend alors le relais et, après 1 heure de marche, le groupe arrive à une ferme où ils se restaurent et dorment un peu. Les autres guides réapparaissent alors et à 15h00, on se remet en route, marchant pendant 3 heures avant d'arriver à une étable où tous se reposent jusqu'à 21h00 en ce 23 avril.

Reprenant leur chemin, les hommes marchent jusqu'à 02h00 du matin le 24, peinant dans le terrain montagneux avant de s'arrêter dans une autre étable où, fourbus, ils s'affalent sur de la paille. Ils restent là jusqu'à 18h00 le 24 pour marcher ensuite pendant une dizaine d'heures, arrivant au matin du 25 dans une maison où ils se reposent jusqu'à 22h00.

C'est le 94e passage de Comète, par Souraïde et Quito borda, avec les seuls guides de Juanito BIDEGAIN (Michel ECHEVESTE et son frère Joseph Marie).

Le groupe se remet en route tôt le 26, s'arrêtant dans un bois à 04h30, dormant sous des couvertures plutôt que d'aller dans une maison, la chose paraissant trop risquée vu sa proximité avec une route fort fréquentée. Vers midi, le 26, un homme arrive et ils partent avec lui, descendant une route où Mattson remarque un panneau indiquant San Sebastian 25 km. 1 km plus loin, un taxi vient à leur rencontre, ils montent à bord et en descendent à environ 9 km de San Sebastian, sauf ESCRENIER qui, lui, est conduit directement en ville.

Mattson, Morrison et leurs guides poursuivent alors à pied jusqu'à une maison à 2 km de San Sebastian d'où ils envoient une note aux autorités britanniques de la ville. Un espagnol, travaillant pour les services britanniques, leur apporte des cigarettes et envoie un télégramme à Griswold. Le soir du 27 avril, l'espagnol mène les deux hommes à une maison dans San Sebastian située juste en face de baraquements de la police. Au matin du 29, un taxi emmène Mattson, Morrison et ESCRINIER pour les conduire à la voiture de Griswold, parquée sur le bord de la route. Griswold les pilote alors jusqu'à l'ambassade britannique à Madrid où les trois hommes restent jusqu'au 7 mai. A un autre endroit du rapport de Mattson, il est indiqué qu'il est interrogé le 5 mai à l'ambassade américaine …à Gibraltar et ailleurs encore qu'il arrive à Gibraltar le 08 mai… Toujours est-il que Mattson, Morrison et ESCRINIER quittent Gibraltar par avion le 12 mai 1944 et arrivent à Bristol en Angleterre le lendemain.

Mattson ajoute qu'ils avaient revu "Lilly" le 28 avril dans la maison de San Sebastian. Elle avait passé la frontière après eux et devait la refranchir dans l'autre sens la même nuit. Mattson relate également qu'à Madrid ils avaient rencontré deux belges, l'un apparemment un Squadron Leader de la RAF, qui avait participé en 1940 à la bataille d'Angleterre et qui était en partance pour la France via San Sebastian. Cet officier (plus que probablement Lucien BOUSSA), accompagné d'un radio-télégraphiste (TOUSSAINT), devait rencontrer "Lilly" dans la montagne et il était porteur d'une somme de 9 million de francs. Le rapport de Mattson ne précise pas la destination de cette somme, mais on peut penser qu'elle était destinée à aider financièrement la résistance, vraisemblablement Comète également en tout ou en partie. Il s'agit de fonds pour les camps Marathon français.

Arrivé donc en Angleterre le 13 mai 1944, Mattson sera déjà aux Etats-Unis en juin, où il devient instructeur jusqu'à la fin de la guerre. Il s'était engagé le 31 août 1942 à Boston, Massachusetts, et est démobilisé le 16 octobre 1945 à Boise, Idaho.

Selon déclaration de Lucien CLEMENT à Gerard Gleckel, il avait été convenu entre Mattson et Jacques MAHAUDEN que, pour le cas où Mattson arriverait sain et sauf en Angleterre, un message devait être transmis par la BBC dans le programme "Belgium speaks to Belgium". Le message était libellé "Napoleon and William fell in Waterloo" et il fut bien diffusé sur les ondes, la famille MAHAUDEN étant alors rassurée quant au sort de l'aviateur qu'elle avait aidé.

Merci à Régis Decobeck , Michael LeBlanc et Gerard Gleckel pour leurs renseignements. Merci aussi à la fille de Georges Bodenghien, Georgette Temmerman, qui nous a signalé que l’ancienne ferme de ses parents est devenue un restaurant "La Saline" au 16 de la Chaussée de Charleroi à Plancenoit.

William Mattson repose au Seaside Cemetery à Gloucester, Essex County, Massachusetts, USA.


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters