Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 7 mai 2020.

Robert Danby MUIR / 32142309
231 Rand Street, Rochester, Monroe County, Etat de New York, USA
né le 14 juillet 1921 Etat de New York/décédé le 18 mai 2006 à Webster, État de New York
Sgt, USAAF 92d Bomber Group 407 Bomber Squadron, mitrailleur de flanc gauche
près de Saint-Soupplets, à environ 15 km au Nord-Ouest de Meaux, Seine-et-Marne, France
Boeing B-17F-BO Flying Fortress (Forteresse Volante), n° série 42-29725, immatriculation PY-U/surnom "Hi-Lo Jack" abattu par des chasseurs du JG26 le 3 septembre 1943 lors d'une mission sur les aérodromes de Saint-André-de-l'Eure et Romilly-sur-Seine.
écrasé près de Trilbardou, entre Claye-Souilly et Meaux à l'Est de Paris
Durée : 8 semaines
Passage des Pyrénées : le 24 octobre 1943.

Informations complémentaires :

Le Missing Air Crew Report relatif à la perte de cet appareil : MACR 659. Rapport d'évasion : E&E 217 (disponible en ligne).

L'avion décolle à 06h30 de la base d'Alconbury. Une modification dans le positionnement des avions dans la formation voit le 42-29725 rétrograder en queue de l'escadrille et devenir une proie plus facile pour une dizaine de chasseurs Me109 qui l'attaquent à l'approche de Paris. Les tourelles dorsale et ventrale sont touchées, trois des moteurs sont mis hors d'état et le Lt Ralph Bruce, pilote, met le dernier en drapeau juste avant qu'il ne prenne feu. L'aile gauche est gravement endommagée et le Lt Bruce donne l'ordre d'évacuer. Le chargement de bombes n’a pas été largué. Resté le dernier à bord, Ralph Bruce dirigera l’avion en perdition vers l’extérieur de Trilbardou évitant ainsi de s’écraser sur le village et ses habitants. Une stèle en son honneur a été dévoilée sur place en 1995 et sa présentation rafraîchie en octobre 2016 (http://www.aerosteles.net/stelefr-trilbardou-bruce)


Photo de Robert MUIR fournie par Tom Theiss, le fils de Bertram Theiss, navigateur du "Hi-Lo Jack" et également évadé

Le sort de l'équipage : 3 prisonniers, le mitrailleur arrière T/Sgt Simeon K. McGuire, le mitrailleur ventral Sgt Milton Seldin et le mitrailleur droit Sgt Regis L. McDonnell ; 7 évadés dont Muir (la présente fiche), le pilote Bruce (E&E 224), le copilote Lt Sebron A. McQueen (E&E 250), le navigateur F/O David G. Prosser (E&E 269), le bombardier Lt Bertram R. Theiss (E&E 218), le mécanicien/mitrailleur dorsal Sgt Hedley E. Cassidy (E&E 249) et l'opérateur radio Mike Fleszar.


Photo de l’équipage original du Lt Bruce, prise à Grand Island, Nebraska, le 24 juin 1943, juste avant leur départ pour l’Angleterre.
Debout, de gauche à droite : Le navigateur Lt. Richard Manning (remplacé par le Lt David G. Prosser lors de la mission du 3 septembre 1943),
le copilote Lt. Sebron A. McQueen, le pilote Lt. Ralph Bruce et le bombardier Lt. Bertram R. Theiss.
Devant, de gauche à droite : le mitrailleur gauche S/Sgt Robert D. Muir, le mécanicien/mitrailleur dorsal T/Sgt Etheridge Lamm (tué lors d’une mission sur Hannover le 26 juillet 1943),
le mitrailleur arrière T/Sgt Simeon K. McGuire, le mécanicien T/Sgt Hedley  E. Cassidy (remplaçant de Lamm),
le mitrailleur ventral S/Sgt. George J. "Shorty" Caldon (malade, il est remplacé le 3 septembre 1943 par Milton Seldin ;
Caldon sera arrêté après la chute du B-17 42-30726 lors du raid sur Schweinfurt le 10 octobre 1943 - prisonnier), l’opérateur radio T/Sgt Mike Fleszar.

A environ 7.000 m d'altitude, le radio Fleszar est le premier à sauter de la partie arrière de l'avion, suivi de Robert Muir, blessé au postérieur par un éclat d'obus. Durant sa descente, Muir voit un chasseur allemand tournoyer près de lui et le pilote lui faire signe, avant de s'éloigner.

Les rapports d’évasion de Muir et Fleszar ne mentionnent que peu de noms de personnes qui les ont aidés depuis leur atterrissage, leur voyage vers Paris et de là vers le Sud. Nous avons tenté de déchiffrer les notes manuscrites et en style télégraphique de l’intervieweur de Fleszar et Muir (reprises seulement comme déclarations conjointes dans l’E&E 216 de Fleszar). Seuls apparaissent les noms de Hale, du docteur Marcel Gilbert, de Simone Michel, d’un Capitaine Maurice, de Madeleine Noel… et nous avons tenté de reconstituer le puzzle.

Muir atterrit dans un champ près de Saint-Soupplets. Des gens l'observent pendant qu'il dissimule son parachute dans une meule de foin. Il croit apercevoir son mitrailleur de queue à quelques dizaines de mètres, entouré de gens et au moment où il s'apprête à l'appeler, il voit un soldat allemand déboucher de l'arrière d'une autre meule. Bientôt, d'autres soldats arrivent et fouillent systématiquement toutes les meules, mais ne découvrent pas Muir, bien caché. Un quart d'heure environ après le départ des soldats, Muir part en direction du Nord, que des gens semblaient lui avoir recommandé plutôt que le Sud.

Il traverse des champs, coupe deux routes et s'engage dans une forêt dense où il se repose et en profite pour utiliser de la soie de son parachute pour panser sa plaie à la fesse. Il se remet alors en route et vers 15h00, arrivé à la lisière de la forêt, il décide de se cacher pour la nuit dans des herbes hautes à l'abri de peupliers.

Il se réveille en début de soirée et aperçoit un couple âgé occupé à recouvrir une meule à proximité d'un village. Il attend que l'homme soit seul avant de l'approcher et lui fait comprendre qu'il a faim et soif. L'homme lui donne du café de son thermos avant que la femme revienne avec le maigre souper du couple, qui ne le partage pas avec l'aviateur. Ne croyant pas totalement les assertions de l'homme quant à l'absence d'allemands dans le village, Muir contourne celui-ci et frappe à une maison. Ayant déclaré à la famille qu'il est un aviateur américain, on le pousse à l'intérieur et on le nourrit. Ayant décidé de partir, Muir s'y prépare lorsqu'une dame âgée lui dit qu'il ferait mieux d'attendre et de rester où il est. Dix minutes plus tard, une dame arrive, parlant anglais et munie de cartes et de dictionnaires. Lorsqu'il répond que son but est d'atteindre l'Angleterre, on lui dit qu'il est en de bonnes mains et qu'une organisation va s'occuper de lui. Vers 22h00, un jeune étudiant en médecine à Paris, 20 ans environ, parlant également un peu d’anglais, lui apporte un chapeau et un vieux manteau qu’il enfile par-dessus sa tenue de vol. On l’amène ensuite dans une petite maison de l’autre côté du village chez une dame et son mari paralysé. Il reçoit des tickets de train, des vêtements civils et loge là pour la nuit.

Il semble que le jeune étudiant lui avait parlé d’un convoyage vers le Nord pour le faire évacuer par bateau vers l’Angleterre. Le 4 septembre à 05h00 du matin, il va vers un bois à l’extérieur du village et rencontre l’étudiant qui lui dit d’attendre son retour. Vers 19h00, le jeune homme revient et lui apprend qu’il y a un problème et que son projet ne pourra se réaliser. Muir retourne à la maison de l’homme paralysé, dont le père a tellement peur du danger qu’il appelle les gendarmes et dit à l’aviateur de lui rendre les vêtements. Muir les lui rend et décide alors de partir de là. Il se dirige vers le nord, puis plein sud en contournant le village. Il traverse des champs et à 21h00 atteint les abords d’une ville, demande de l’aide à 2 garçons qui lui disent de les suivre et que leur père va les aider. Fleszar les suit, se cache et attend leur retour, en vain. Il s’adresse à une maison où une dame âgée, bien que morte de peur, lui donne des vêtements. Un homme vient peu après le chercher pour le conduire vers une autre maison. Il est question de (sa ?) femme, née en Angleterre et le nom Hale est mentionné en regard dans le rapport, sans indication de localité [il ne semble cependant pas qu’il s’agisse de Mme Hale (et son fils) repris à la liste des Helpers français, à La Carbonnière - Morée en Loir et Cher, à l’ouest de Paris)].

L’homme en question part le lendemain 5 septembre pour aller voir le maire (un commandant) et revient avec d’autres vêtements. Le maire passe lui-même le voir le lendemain vers midi pour lui dire que 2 hommes viendront le chercher dans la soirée. Une voiture arrive effectivement et on le conduit à environ 9 km de là, chez le docteur Marcel GILBERT, Grand Rue à Brégy, dans l’Oise. De là, un autre homme, le neveu d’un coiffeur, arrive avec des vélos supplémentaires.

La suite du rapport de Fleszar (plus détaillé) est assez confuse. Les dates et nombre de jours mentionnés ne permettent pas de bien situer les faits. Quoiqu’il en soit, Robert Muir retrouve son co-équipier Fleszar le 12 septembre chez un médecin (impossible de dire avec certitude s’il s’agit du docteur GILBERT ou pas). On présente aux deux aviateurs un homme, environ 50 ans, chauve, le chef de district du réseau. Fleszar rapporte qu’ils restent 10 jours chez le médecin, que la veille de la date prévue pour leur départ, 3 hommes "arrivent de Paris par avion", mais qu’il ne sera finalement pas possible pour eux de rentrer en Angleterre par ce moyen. Le mardi 14 septembre, ils quittent la maison du médecin en voiture vers 18h00. On les conduit à environ 8km de là, dans une ferme où ils restent jusqu’au samedi 18. Au soir du 18, ils sont conduits vers la gare de Meaux, Fleszar en auto et Muir à vélo. Il y a du retard dans les horaires suite au dynamitage d’un train près de la gare de Meaux. A 21h30, ils prennent un train pour Paris où ils voyagent en métro pour arriver au terminus d’une ligne et de là prendre une autre rame qui les mène à une station près de l’Avenue Foch (ce serait la Station Dauphine, donc) d’où on les guide vers l’appartement d’une dame dont le fils, 21 ans, se cache du travail obligatoire.

Le dimanche 19 septembre à 09h00, Fleszar et Muir accompagnent deux garçons et leur père jusqu’à l’Arc de Triomphe, puis la Place de la Concorde ou le père les quitte. Fleszar, Muir et les 2 garçons prennent le métro, roulent longtemps et vont ensuite dans un café où ils rencontrent deux dames, l’une d’environ 19 ans, très grande, grosses lunettes, étudiante en interprétariat, l’autre, Simone MICHEL, 35-40 ans, assistante d’Ernest, le chef. Simone mène alors Fleszar et Muir à pied sur environ 1km, jusqu’à un appartement au 5ème ou 6ème étage d’un immeuble près de la Tour Eiffel, chez un Maurice. On leur dit que l’on va tenter de les faire sortir par avion, ou "vers la Belgique - forêt - par bateau"…

Les deux hommes restent là une semaine et durant leur séjour reçoivent la visite de "Pierre" (un capitaine) et sa femme, qui leur apportent du cognac. Le Pierre en question porte de grosses lunettes à monture d’écaille et travaille comme maître d’hôtel/sommelier. Le dimanche 26 septembre vers 09h00, Simone MICHEL vient les chercher pour les mener en métro près de la Tour Eiffel et de là vers le domicile d’un couple, l’homme pilote durant la guerre de 14-18, sa femme engagée dans la Croix Rouge à la même époque. Ils n’y restent que 4 ou 5 heures avant d’être guidés en métro vers Charenton-le-Pont, Avenue de la Liberté où habite un couple propriétaire d’un commerce de viande. L’homme est moustachu, d’âge moyen, la femme a environ 38-40 ans… (La seule référence à un Helper dans cette artère de la localité est Mlle Eugénie PEYNET, au n° 15…)

Simone MICHEL passe les voir avec des cigarettes et du tabac. Un jeune homme de 26 ans que l’on envisage de faire passer avec eux, leur rend visite 2 fois durant leur séjour de 4 semaines là. Le rapport E&E 216 reprend alors un tas de détails disparates qu’il nous est difficile de tirer au clair. On y mentionne en vrac un logement dans une seule petite pièce ; des sorties uniquement la nuit via des escaliers extérieurs avec obligation de rejoindre la pièce à l’étage avant le lever du jour ; l’arrivée un samedi (peut-être le 9 octobre…) d’une dentiste, très petite et mince, Madeleine NOËL (du 5 Rue Champfleury, Paris VIIème) ; d’un sujet britannique venu vérifier leurs identités ; de déplacements en divers endroits de Paris pour prendre des photos d’identité en vue de l’établissement de faux papiers (contrairement à Muir, Fleszar avait des photos utilisables dans son kit d’évasion) ; on mentionne un séjour de 3 jours en tout et la délivrance de faux papiers par un homme avant leur départ un vendredi soir, vraisemblablement le 15 octobre. Ce soir-là, guidés par une dame, petite, cheveux noirs teintés, ils vont alors se restaurer dans un café à un bloc de la gare (sans doute celle d’Austerlitz) avant de monter dans le train pour Bordeaux vers 22h00. Fleszar et Muir se trouvent dans le même compartiment que les 2 jeunes filles qui les guident.

Le train arrive à Bordeaux le lendemain vers 07h00. Une guide prend un train pour Dax avec Muir, tandis que Fleszar en prend un autre pour la même destination en compagnie d’un guide et de 2 autres évadés, un anglais et un australien (respectivement William Catley et Robert Kellow - voir ci-dessous). Après environ 5 heures de train, ils arrivent à Dax, d’où ils partent pour Saint-Jean-de-Luz où ils logent une nuit.

Selon le rapport du Fl/Off Robert Kellow, qui monte dans un train à Paris avec le Sgt William Catley et une guide, deux Américains sont dans le même train. Nous pensons qu'il s'agit de Robert Muir et Mike Fleszar. Les aviateurs ne sont pas contrôlés et un homme (probablement Jean-François NOTHOMB) les prend à Bordeaux jusque Dax où tout le groupe, sauf un des Américains, pédale jusque Bayonne guidé par Jean-François NOTHOMB et Jeannine DE GREEF. L'Américain qui ne sait pas rouler à vélo, les rejoint en train à leur hôtel.

Le 23 octobre, après s'être arrêté chez Elvire De Greef à Anglet (en fait l'auberge Larre de Jeanne Marthe MENDIARA), le groupe quitte la France avec deux guides, rejoints par un troisième au tiers du trajet et atteint l’Espagne le 24. C'est le 64e passage de Comète, par Larressore et Jauriko borda, avec les seuls guides de Pierre ELHORGA. Mike Fleszar était mal en point physiquement et dut être porté par un des guides.

On les avait prévenu dès en France qu'ils pourraient se rendre à la police espagnole, en disant qu'ils étaient des aviateurs alliés échappés des Allemands et ils se rendent dans un petit village (vraisemblablement Urdax). On leur confisque leur canifs, on leur demande leur argent (ils n'en ont pas) et ils sont conduits à un hôtel. L'après-midi, ils sont conduits dans un autre village, où on leur demande leurs nom, prénom, adresse et métier en temps de paix. lls sont conduits le lendemain en bus à Irun, où ils sont photographiés et où l'on prend leurs empreintes digitales. Leur identité est encore contrôlée à un poste frontière (Dancharinea).

Ils sont conduits avec quatre Français à la Villa Casablanca, un camp de concentration pour Français à Irun. Ils n'y passent qu'une nuit et sont conduits dans un hôtel en ville où ils restent 3 semaines. Le second jour, ils ont la visite du consul anglais de San Sebastian.

Catley, John Dix et Kellow sont emmenés à Lecumberri par des membres de la force aérienne espagnole..

Robert Muir atteint Gibraltar le 10 novembre 1943 et part de là par avion le 19 novembre, atterrissant à Bristol le lendemain. Nous ignorons si le parcours de Muir et Fleszar après le passage des Pyrénées est exactement le même que celui de Kellow et des autres, mais les deux Américains rejoindront bien l'Angleterre en novembre et seront rapatriés aux Etats-Unis en décembre 1943.

Robert Muir repose au Webster Union Cemetery à Webster dans l'Etat de New York.




Visite du pilote Ralph Bruce en 1995 à Tribardou.
Il est le 3ème depuis la droite dans la photo du haut avec des habitants de la localité, près d’une ferme endommagée par des débris du B-17 ; en bas, avec son épouse Dottie à l’endroit du crash.
(Photos de Rick Moriarty via Tom Theiss).


La nouvelle plaque inaugurée le 29 septembre 2018 sur le lieu du crash à Villeroy,
en présence de membres de la famille du Bombardier Theiss (photo via Tom Theiss)

Merci à Tom THEISS, fils du bombardier, pour ses renseignements et la photo de l'équipage. Une vidéo a été réalisée par Philippe Braquet et Philippe Donon sur l’équipage, le lieu du crash et la visite des familles Theiss et McQueen le 29 septembre 2018 : https://youtu.be/jA_kFNWrF6Q


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters