Personne capturée durant son évasion

Dernière mise à jour le 21 février 2016.

Walter "Pat/Tige" Joseph MULLANEY Jr. / 129105 RCAF
42 Corning Boulevard, Corning, New York.
Né le 07 février 1921 / † 18 mars 2011.
Sgt, RAF Bomber Command 429 Squadron, mitrailleur arrière.
Lieu d'atterrissage: Eisden, près de Maaseik.
Vickers Wellington, HZ355, AL-G, abattu la nuit du 11 au 12 juin 1943 par un chasseur du III./NJG4 (Ofw Reinhard Kollack) lors d'une mission sur Düsseldorf.
Ecrasé près de Ophoven, 14 km à l'Est-Sud-Est de Bree (Limbourg belge).
Durée : 4 semaines.
Arrêté le 09 juillet 1943 à Paris, ligne Jackson.

Informations complémentaires :

Walter Mullaney était un des nombreux Américains engagés à la RCAF.

Dans le même appareil : William Bailey, le bombardier Horace Horton et le radio Edward Nicholson.

Lorsque son pilote est tué et que l'avion explose, Mullaney est blessé de 34 shrapnels. Avec ses blessures, il se cache deux jours et demi dans un champ.

Des résistants le trouvent et l'identifient rapidement. Il est caché sous des sacs de poix secs durant les journées en attendant son évacuation sur Liège. Une femme inconnue, surnommée "le professeur" vient le prévenir qu'il sera conduit chez elle (cette femme restera un mystère, personne des résistants ne la connaissant). Il est en fait conduit chez le docteur Giesbert Hubert DEXTERS de Eisden qui lui extrait ses 34 shrapnels et le soigne (et l'habille de pied en cap, voir photo ci-dessous). Il est logé chez A. LENSSEN, Grand Route à Eisden.

Il est cité par la famille de Maria "Gertrude" MOORS, du moulin de DIlsen. Amené par une section de l'Armée Secrète de Hasselt (groupe HOORNAERT-DIRIX, le guide étant Jean MOBERS qui travaille dans la Section de Lambert SPANOGHE), Mullaney est logé une nuit chez Henri COLARIS au 11 Rue de Diest à Hasselt le 14 juin, puis pris en charge avec John M. Smith le 15 juin 43 par M. et Mme Florent BIERNAUX de Hasselt, qui l'hébergent une semaine, lui procurent des vêtements civils et de faux papiers.

Des helpers belges de Mullaney, Horton et Nicholson, trahis comme eux par un Français (Jacques Désoubrie) travaillant pour la Gestapo parisienne, furent condamnés à mort : Florent BIERNAUX rapporte que deux coéquipiers de Mullaney (Horton et Nicholson) se trouvaient chez Lucien COLLIN au 41 Rue du Démer à Hasselt quand la famille COLLIN fut arrêtée le 18 juin 43. Lucien COLLIN, qui avait recruté les BIERNAUX à l'Armée Secrète, est fusillé à Pappenweiler (Ludwigsburg) le 30 juin 1944 à l'âge de 35 ans.

Florent BIERNAUX laisse alors 24 heures Smith et Mullaney chez Constant BERTELS, au 25 Weggevoerdenstraat à Hasselt.

Ayant trouvé une nouvelle ligne où pouvoir évacuer les aviateurs via Mme COLARIS, Olympe DOBY remet Smith et Mullaney à la gare de Liège à Jean COLEMONT, un "collègue" de Henri COLARIS dans le réseau Zéro. Celui-ci les confie à Louis COLETTE, un de ses agents.

Mullaney se souvient avoir logé une semaine chez le docteur Georges ETIENNE et son épouse Robertine LABHAYE, au 32 Rue Fabry à Liège. Leur fille Yvette était actrice au théâtre Wallon (dans une pièce appelée "Marius") et lui montre des lettres d'autres évadés. Ils étaient à 18 ou 20 évadés dans cette maison. COLEMONT avait recruté Louis COLETTE à Fexhe-Slins.

Le groupe de COLETTE, financé par Zéro et Bayard, a aidé 32 ou 33 aviateurs en 1943. Il remet ses "colis" aux lignes qu'il connaît après 4 à 10 jours. Mullaney fait ainsi partie des 15 ou 16 aviateurs évacués par "Monique" GRANDJEAN (Thérèse RAISON, dont le mari Marcel Grandjean fut capturé avec Arnold DEPPE au premier voyage de Comète en août 1941), qui ne sait pas qu'elle travaille en fait pour Prosper Dezitter à partir de juin ou juillet 1943, suivant les instructions du Dr Antoine GOETHALS, lui aussi trompé.

De là, ils prennent la direction de Bruxelles dans une Citroën Traction Avant noire conduite par un homme portant casquette (Jean-Marcel Nootens ?). Il fait partie des quatre aviateurs emmenés de chez le groupe COLETTE en fin juin ou tout début juillet 1943 avec William Cole, John M. Smith et Frank Hugo. Il entre ainsi dans le module de Prosper Dezitter dont il fait la connaissance au "Pensionnat" du 369 Avenue Slegers à Woluwé-Saint-Lambert. Le lendemain, "Captain Willy" le conduit chez un gros homme fumant le cigare qui les prend en photo.

Ils font en train le voyage de Bruxelles à Paris après deux semaines. Leur guide est un autre VMann de l'Abwehr qui travaille temporairement pour Dezitter : le hennuyer Charles Jenart qui opère sous le pseudo de "Richard Régnier". Le train s'arrête à Compiègne et la plupart des voyageurs en descendent. Il est alors conduit, toujours en train, à Paris avec des faux papiers (Mullaney changea cinq fois de nom : Jan Lauwers, Henri Lurcan, etc.) dans le groupe de Frank Hugo, William Cole et John M. Smith qui ont été évacués avec lui depuis le groupe COLETTE de Fexhe-Slins près de Liège. Il apprend que le chemin le plus court est de passer par l'Espagne et le Portugal neutre.

Il est encore soigné par une doctoresse juive de Belgique, en fuite à Paris et rencontre un agent belge qui déclare avoir été parachuté (ces deux personnes auraient été exécutées le lendemain de leur arrestation - ou étaient probablement des complices de Dezitter). Il s'agit en fait de Hélèna BERKOWITCH épouse Salomon GOUDSMIT. Ce couple de médecins faisaient partie d'une section du Front de l'Indépendance qui faisait évader des Juifs en Suisse. Son mari venant d'être arrêté, elle peut se réfugier dans la "Ligne Jackson" via une amie, "Julienne" (Elisabeth) BISSOT. Elle arrive une semaine après Mullaney au "pensionnat". Après un court séjour à Fresnes, elle est transférée à Aix-la-Chapelle, puis à Saint-Gilles, et ensuite à Breendonck d'où elle part pour Ravensbrück. Elle y est libérée avec "Julienne" BISSOT en avril 45 et rentrera en juin par la Suède.

Quant à cet agent parachuté belge, il s'agit de Achille HOTTIA, alias "Marmoset". Il avait été parachuté la nuit du 27 au 28 janvier 42 au Sud-Est de Mons. Heureusement, l'équipage du 161 Sqn RAF se trompa d'endroit, car les Allemands l'attendaient au point de largage prévu. Il devait retrouver un autre agent disparu. Quand Hottia eut apprit que cet autre agent avait été arrêté et retourné par les Allemands, il ne put rentrer immédiatement à Londres par la voie prévue. Il arriva lui aussi dans la "Ligne Jackson" via des résistants. Condamné à mort le 01 septembre à Bruxelles, il est fusillé au Tir National le 30 septembre 1943 (tombe n° 85).

Mullaney se prépare à partir vers Bordeaux avec les autres évadés : Hélène Berkowitch, Achille Hottia, Frank Hugo, William Cole et John Smith, plus le Sgt Arthur Edgeley et le Sgt Sidney Maxted du même avion. Le groupe passe une nuit à Paris et va manger dans un restaurant sur l'Ile de la Cité avec le guide "Richard" (le VMann Charles Jenart travaillant pour l'Abwehr avec Dezitter).

Il n'apprécie pas le guide qui les prend en charge le lendemain matin par des rues bondées vers la gare d'Austerlitz. Il remarque plusieurs hommes inactifs qui sont appuyés aux murs. Le guide disparaît soudain et son groupe est encerclé par ces hommes, qui sont armés de pistolets. Ce sont tous des agents parisiens de la Gestapo. Ils sont poussés dans un bus allemand et amenés dans une immense prison de 5.000 cellules (Fresnes). Allignés dans un corridor, il demande à aller aux toilettes et s'y débarasse des faux papiers de tout le groupe que le guide lui avait remis avant Paris. La Gestapo savait qu'il les avait reçus, ce qui lui vaudra des ennuis.

Il partage sa cellule avec un capitaine américain de San Antonio et y est interrogé durant 13 semaines. Une fois par semaine, un Américain qui se dit de Plainfield (New Jersey) et travaille pour la Gestapo l'interroge très brutalement et lui fracture la clavicule.

Interné au camp 4B de Muhlberg/6G puis au Stalag Luft 3 - prisonnier n° 259891, Mullaney parvient à s'évader lors de la marche d'évacuation forcée de février 1945 du Stalag Luft 3 vers le Stalag 7A de Moosburg. Il accompagne la 69e Division d'Infanterie US à l'Est de Leipzig le 19 avril 45 jusqu'à l'Elbe et la rencontre avec les Russes. Il aide à l'administration de la ville de Leipzig, au service de sécurité de la police, en attendant son transport vers les arrières.

Il avait été prisonnier un an et onze mois et avait perdu 30 kilos durant de nombreuses tentatives d'évasion. Il fut même interné 11 semaines à Buchenwald en réprésaille pour son attitude.

Horace Horton est arrêté le 19 juillet 1943 - interné au Stalag Luft 6/Bloc 357, prisonnier n° 398 et Edward Nicholson est arrêté à Hasselt le 22 juin 1943 - interné au Stalag Luft 6/Bloc 357, prisonnier n° 417.

Les photos et de nombreux détails proviennent de la nièce de Walter Mullaney, Jo Ann Michel.


Walter Mullaney en juin 1943 avec la famille Biernaux de Hasselt
De gauche à droite : Florent Biernaux, son épouse Olympe Doby, Walter Mullaney et Eliane Biernaux (13 ans, devant), Raymond Biernaux (décédé à Neuengamme).


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters