Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 25 août 2018.

Stanley MUNNS / 1814550
15 East Street, Ashford, Kent ou 85 St-John's Road à Oxford.
Né le 15 août 1924 / † ?
Sgt, RAF Bomber Command 428 Squadron RCAF, mitrailleur arrière.
Lieu d'atterrissage : près de Nuenen (Provincie Noord-Brabant, Pays-Bas).
Handley Page Halifax Mk V/III, LK956, NA-S, abattu la nuit du 19 au 20 novembre 1943 par la Flak au retour d'une mission sur Leverkusen.
Écrasé le 19 novembre vers 20h15 à Olen / SON, à environ 10 km au nord-est d’Eindhoven, Province de Groningen, Pays-Bas.
Durée: 5½ semaines.
Passage des Pyrénées : le 28 décembre 1943.

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3317/1698 (complet).

Le Halifax décolle de Middleton St George à 16h06 le 19 novembre. Au retour de la mission, il est touché par la Flak au-dessus de Bonn, le pilote ne peut plus actionner le gouvernail et perd le contact avec la formation. A nouveau atteint à hauteur d’Aachen / Aix-la-Chapelle, le pilote ne donne l’ordre de quitter l’avion que lorsqu’ils survolent déjà la Hollande.

Le pilote, Harold Shepherd parviendra d’abord à s’évader, mais sera arrêté à Bruxelles le 28 janvier 1944 et détenu à la prison de Saint-Gilles jusqu’au 22 mars avant d’être envoyé en Allemagne. Trois autres hommes seront fait prisonniers : le mécanicien Sgt J. M. C. Walker, le navigateur F/O D. R. Knight (RCAF) et l’opérateur radio Sgt S. J. Stevens

Outre Stanley Munns (la présente fiche), deux autres hommes pourront réussir leur évasion : Donald MacGillivray et Norman Michie.

On peut lire un récit en anglais de l’évasion de Stanley Munns et de son parcours final avec Thomas Applewhite, Thelma Wiggins et Elton Kevil à cette page http://www.bbc.co.uk/history/ww2peopleswar/stories/97/a8859397.shtml et à clle-ci : http://www.bbc.co.uk/history/ww2peopleswar/stories/83/a8861583.shtml.

Munns atterrit vers 19h15 le 19 novembre dans des champs à ± 10 km au Sud-Est de Nuenen. Atterri dans une digue asséchée, il cache ses parachute, Mae West et harnais dans un fossé et part immédiatement vers l'Ouest et le Nord avec une boussole privée. Il atteint Nuenen vers 2 heures le 20 sans que personne ne fasse attention à lui. Il tombe dans quelques digues qui le ralentissent. Il dort dans une haie et y reste la journée du 20.

Le soir, des fermiers le nourrissent mais lui font comprendre qu'il ne peut rester là. Il ne reste donc que dix minutes et part en direction d’Eindhoven. Avec son uniforme et ses souliers trempés, il demande encore de l'aide à une ferme où il est nourri, et un instituteur parlant anglais arrive deux heures plus tard, le prend sur son vélo et l'emmène ailleurs passer la nuit. Il passe la nuit du 20 au 21 novembre dans une grange sans murs, à proximité d'une ferme.

Dans la soirée du 21, il se remet en route dans des vêtements que lui apportent une femme et trois hommes, et il aperçoit un panneau indiquant qu'il se trouve à Nuenen (selon son rapport). Ayant frappé à la porte d'une maison, il est recueilli le temps de manger un morceau avant que l'on lui fasse comprendre qu'il ferait mieux de s'en aller. Il obtempère et un peu plus tard se présente à une ferme où le couple lui offrit du jambon et un verre de lait. S'étant endormi dans un divan, il est réveillé par un ex-officier de l'armée hollandaise qui lui propose d'abord de se constituer prisonnier, une évasion vers l'Espagne lui paraissant trop compliquée et hasardeuse. De plus, il lui fait comprendre que les fermiers ayant de jeunes enfants, ceux-ci peuvent parler au village, ce qui entraînerait des problèmes pour la famille. Finalement, il le transporte à l'arrière de son vélo vers une autre ferme où il passa la nuit.

Le lendemain matin, deux hommes, membres d'une organisation de résistance hollandais, arrivent à vélo à la ferme et lui remettent un rasoir, des vêtements civils, dont un imperméable léger, ainsi qu'une bicyclette. Les trois hommes se mettent alors en route vers Eindhoven, où deux autres hommes l'accueillent dans une maison. Un troisième homme, plus âgé et apparemment un chef, les rejoint qui veut s'assurer que Munns ne dénoncerait pas ceux qui l'avaient aidé. Rassurés, les hommes le laissent seul dans la maison jusqu'à l'arrivée d'un prêtre qui lui donne des instructions. A 8 heures du soir, il doit quitter la maison, se diriger vers la gauche dans la rue et prendre la première à droite en direction de l'église. A l'église, ce prêtre catholique lui remet un ticket de chemin de fer pour Roermond. Une femme âgée le conduit à la gare. Un homme arrive et lui indique de ne pas parler à la gare et de se contenter de montrer son billet à la barrière. Bien que deux soldats allemands s'assoient en face de lui dans le train, tout se passe bien.

Il reste une semaine à Roermond chez Johannes HUYSMANS, 84 Kapellerlaan, du 22 au 29, et on lui réalise des photos pour ses faux papiers. Le 29, un homme l'emmène dans une autre maison où il retrouve quatre autres aviateurs : Nicholas Matich et un pilote de la RAF (John Mattey), et deux Américains dont Robert Sheehan.

Tous les cinq sont conduits en train jusqu'à Weert par une jeune fille qui lui parle en anglais tout le long du voyage. Pendant que deux poursuivent la route, elle mène Munns et les deux autres (Sheehan et Matich) à une petite maison pour la nuit et la journée du 30. Deux gendarmes hollandais arrivent et accompagnent à vélo les trois aviateurs jusqu'à la frontière belge en face de Hamont, les faisant passer pour des hommes qu'ils auraient arrêté. Ils passent la nuit et la journée du 01 décembre, dans une caravane avec un couple et leurs deux enfants.

Le soir, les deux gendarmes reviennent et les cinq hommes passent la frontière à pied et les aviateurs sont pris en charge par deux policiers ou gendarmes belges qui prennent le relais. Les policiers amènent les aviateurs dans une grande maison isolée appartenant à un marchand de vins et où ils dorment une nuit.

Le 2 décembre, ils sont conduits chez un chef de la résistance, un ancien sous-officier de l'armée belge au nom de code LBC11, vraisemblablement Louis VROLIX (membre des groupes "Ugeux-Dumon", sous-section "Royers", de la "Heidemaatschappij Weert" et "Noord- en Midden-Limburg en Oost-Brabant", ces deux dernières étant des organisations hollandaises.) Vrolix leur demande de remplir un questionnaire (le E-Form) afin de vérifier leur identité et ils passent la nuit chez lui. Le 2 décembre, ils vont à Neerpelt. Munns et Matich y logent deux jours chez un cordonnier, Sheehan allant ailleurs. Ils restent tous cachés à Neerpelt et environs jusqu'au 6 décembre et reçoivent des cartes d'identité belges des hommes de Marcel ROYERS de Neerpelt, un agent de Comète travaillant avec les mêmes 2 groupes hollandais que Louis VROLIX.

Jules DEMEY, agent VN/JM-223X de Marc au 8 Hepperpoort à Maaseik transmet son identification, reçue de (Pierre) Peter MOORS, du 12 Hoogstraat à Hamont-Achel.

Le 6 décembre, Munns et, soit Matich, soit Sheehan, partent avec un homme en train à Anvers, où un autre homme les mène au café "De Zwaan", dont l'épouse du propriétaire était britannique. Il s'agit de l'établissement tenu au 41 Klapdorp par Marcel MAES, un homme assez corpulent de 50 ans avec moustache, et qui est un agent d’Élie MIROIR.

Munns figure sur la liste des aviateurs aidés par Marcel DAELEMANS à Anvers, qui était convoyeur entre l’anversois Gustave BUSSCHOTS et Elie MIROIR pour Charles HOSTE et Jean VAN TUYKOM. Arrivés à la gare à Bruxelles, ils sont approchés par une jeune fille qui devait leur servir de nouveau guide : "Lily" = Aline DUMONT, et un homme plus âgé.

Après quelques heures chez elle, Munns est guidé dans une autre maison, chez une dame âgée et ses deux fils, où il reste du 6 au 20 décembre. L'un des fils était fonctionnaire et appartenait à la ligne Comète. C’est caché là qu’il apprend qu'il y a eu des ennuis dans le réseau et que plus personne n'est évacué de Bruxelles pour le moment.

Un jour, un homme vient lui dire de se tenir prêt à partir le lendemain.

Le 20 décembre, cet homme vient le chercher avec un Américain inconnu (ce pourrait être Arthur Horning) pour les conduire à la gare. Là, ils rencontrent Jules DRICOT, leur nouveau guide, qui accompagne les deux aviateurs en train jusqu'à une petite ville près de la frontière française où ils arrivèrent dans la soirée par Ath, Leuze et Tournai où ils prennent une correspondance vers Rumes ou Erquennes. Leur dernier guide, un jeune étudiant, les y laisse.

Vers 20 heures, une jeune femme d'environ 21 ans vient les prendre et les guide par des sentiers en France. Cette jeune femme est Henriette Hannotte de Rumes. Ils marchent jusqu'à un village où ils passent la nuit. Il y a là deux Américains dont Elton Kevil.

Le 21 décembre, deux femmes arrivent pour guider les quatre aviateurs à Paris. L’une d'elles est "Diane", Amanda STASSART. Ils se rendent dans une maison où le chef de l'organisation (45 ans, les cheveux noirs, ce n'est pas Jacques LE GRELLE, mais probablement Maurice GRAPIN) vient les visiter. Ils ne restent que dix minutes. Un guide féminin (Fernande ONIMUS née PHAL) accompagne Munns et Kevil en métro jusqu'à un faubourg de Paris où les deux aviateurs sont placés dans l'appartement d'un couple âgé où deux autres aviateurs américains logeaient déjà. Leurs hébergeurs étaient Raoul TOUQUET et Lucienne PRIOUL au 16 Rue Henri Tariel à Issy-les-Moulineaux et les deux aviateurs sont Thelma Wiggins et Thomas Applewhite.

Ces quatre aviateurs logent donc là du 21 au 26 décembre. Le 25, on mène les aviateurs dans un studio pour prendre les photos destinées à leurs faux papiers et le lendemain, une autre guide (35 ans, qui se dit belge et parle bien l'anglais) les prend en charge à Paris même.

Les quatre évadés prennent le métro puis un train pour Bordeaux le 26 décembre. Wiggins, Applewhite, Kevil et Munns avaient chacun leur propre guide et voyageaient dans des compartiments séparés. Pour sa part, Munns déclare qu’il fait le voyage avec une femme d'environ 35 ans qui se dit Belge.

Arrivés à Bordeaux, un autre guide, aussi un Belge ("Franco", Jean-François NOTHOMB) les prend en train vers Dax, leur disant qu'ils ne devaient pas le suivre de trop près dès l'arrivée à la gare. Arrivés à la gare de Dax, les 4 aviateurs se rendent à Bayonne à vélo (avec les deux guides roulant devant) et dorment du 27 au 28 décembre à Sutar, faubourg de Saint-Jean-de-Luz, à l'auberge Larre chez Marthe VILLENAVE, épouse MENDIARA. Le 28 décembre, ils se rendent à Ustaritz avec Jean-François NOTHOMB et ils y rencontrent quatre passeurs.


Mot de remerciement de Munns dans le carnet de Pierre Elhorga.

C'est le 85e passage de Comète, par Larressore et Jauriko borda, avec les seuls guides de Pierre ETCHEGOYEN. Munns, Applewhite, Wiggins et Kevil marchent six heures la première nuit et dorment dans la première ferme en Espagne. Le lendemain, deux autres guides basques viennent les chercher et ils poursuivent leur périple dans les montagnes. La nuit suivante est passée dans une ferme (sans doute Mortaleneko borda) et le lendemain, 31 décembre, après une courte marche, ils peuvent monter dans une auto qui les conduit à San Sebastian, dans un hôtel tenu par des Anglais (le Martutene Pub). Ils y passent la nuit et le lendemain sont conduits en voiture vers l'Ambassade de Grande-Bretagne à Madrid.

Après cinq jours passés là, Munns et les trois autres aviateurs (Applewhite, Wiggins et Kevil) sont emmenés dans une ambulance britannique au port de Séville où ils embarquent à bord d'un bateau norvégien (le "Lisbeth"). Arrivés à Gibraltar le 10 janvier, les trois américains se rendent à un hôtel tandis que Munns doit se présenter au camp local de la RAF. Il y rencontre son mitrailleur Donald MacGillivray qui était arrivé à Gibraltar quelques jours auparavant. Celui-ci apprend qu'il peut retourner au Canada, service accompli, tandis que Munns est rapatrié en Angleterre pour former un nouvel équipage de combat.

Selon son SPG, Stanley Munns arrive en avion à Whitechurch le 14 janvier 1944, ayant quitté Gibraltar le 13.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters