Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 8 décembre 2015.

William "Bill" Ridgely ORNDORFF / R.96343
Beekman Tower, 3 Mitchell Place, New York City (Américain à la RCAF).
Né le 4 août 1921, Etat de New York / † le 1er août 2002 à North Palm Beach, Floride, USA
Sgt (RCAF), RAF Bomber Command 419 RCAF Squadron, mitrailleur arrière. Atterri entre Mohiville et Scy, à ±8km au nord-est de Ciney, Province de Namur, Belgique.
Vickers Wellington Mk 1C, X3712, VR-D, abattu la nuit du 29 au 30 juillet 1942 lors d'une mission sur Saarbrücken, au-dessus de Gilly (Charleroi) par un chasseur du 6./NJG1 (Hptm Ludwig Bietmann).
Ecrasé à 01h32 à Porcheresse (province de Namur).
Durée : 3 1/2 semaines.
Passage des Pyrénées : le 24 août 1942.

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3310/857.

Le Wellington décolle de Mildenhall vers 23h30. En route vers l’objectif en Allemagne, il est repéré au nord-ouest de Gilly et est attaqué par le Me110 de Bietmann, qui a décollé de la base de Sint-Truiden / Saint-Trond. Une aile et un moteur prennent feu, le système électrique est détruit et l’appareil, incontrôlable descend en vrille. William Orndorff tire quelques salves en direction du chasseur allemand mais ne l’atteint pas. Il s’extirpe avec difficulté de sa tourelle et saute à seulement 500m du sol. Il sera le seul survivant des 5 membres de l’équipage.

Le pilote, comme lui Américain et engagé volontaire dans la Royal Canadian Air Force avant l’entrée en guerre des Etats-Unis, le Warrant Officer WO1 Noel McHenry Moore, le navigateur Sgt Brian Edward Coffey, l’opérateur radio F/Sgt Donald Archie Macaulay et le mitrailleur avant Sgt Kenneth Johannes Aronson trouveront la mort dans le crash à Porcheresse. Ils reposent tous quatre au cimetière communal de Gosselies, près de Charleroi, Belgique.

Arrivé au sol, Bill Orndorff cherche vainement ses coéquipiers avant de dissimuler son parachute dans une meule de foin et ouvre son kit d’évasion. Au début, il n’a aucune idée d’où il se trouve mais aperçoit bientôt un panneau indiquant la route vers Pessoux. Il arrive près d’une ferme à Sinsin et vers 06h00 du matin, voit une jeune fille, environ 16 ans, ramenant des vaches vers la ferme. Il lui demande un peu de lait et lui déclare qu’il est Britannique. Elle lui dit qu’il n’a rien à craindre des Belges et va chercher son père qui, lui, se montre moins enthousiaste.

Le fermier lui donne cependant à manger et, à la demande d’Orndorff, lui donne le nom d’un prêtre à Sinsin, lui indiquant le chemin pour y arriver. Ce fermier ne lui inspirant pas confiance, l’aviateur décide de ne pas se rendre à Sinsin mais de se diriger plutôt vers Marche-en-Famenne. En cours de route, il croise un jeune homme à vélo, portant un pantalon et des chaussures de l’Armée. Malgré le français assez approximatif d’Orndorff, le jeune homme comprend cependant de quoi il retourne et le guide vers un bois, lui disant de l’y attendre pendant qu’il allait chercher des vêtements et de la nourriture.

Le jeune homme revient en auto, accompagné de 2 amis. Ils l’amènent à une petite ferme où il reste neuf jours. On lui procure des vêtements civils et le 8 août, l’oncle du jeune homme vient le chercher pour le conduire à Marloie, un peu au sud-ouest de Marche-en-Famenne. De là, ils voyagent ensemble en train vers Bruxelles. Le rapport d’évasion d’Orndorff se termine là, disant qu’à partir de ce moment, il est pris en charge par une organisation d’exfiltration vers l’Espagne.

A son arrivée à Bruxelles, deux hommes le conduisent en voiture à une caserne de pompiers, où il rencontre M. DEKUYPER qui l'emmène chez lui et lui passe d'autres vêtements. Par des voies détournées, il est conduit à un café où il rencontre "Didi et son père" (Eugène DUMONT et sa fille Andrée, alias "Nadine") qui lui remettent des faux papiers. "Nadine" lui laisse 250 FB provenant de la pochette d’argent de son kit d’évasion et garde les autres billets de FB, qui ne pourront lui servir en France et risqueraient de mettre la ligne en danger en cas de découverte. Orndorff est alors mené dans une maison où il rencontre Ronald Pearce. Le soir, Andrée DUMONT les conduit en train à Louvain d’où ils en prennent un autre pour Paris via Bruxelles.

A leur arrivée, ils se rendent à l'Hôtel du Luxembourg, qui n'est plus utilisé par Comète, mais Andrée DUMONT n’en avait malheureusement pas été informée. "Nadine" part donc chez quelqu'un d’autre, tandis qu’ils vont l'attendre dans les jardins du Luxembourg. Nadine apprend que "Kiki", appelé par téléphone, allait les rejoindre immédiatement. Orndorff et Pearce font ainsi la connaissance de Frédéric DE JONGH, dont "Kiki" est un des alias. Comme les deux aviateurs sont devenus méfiants, il doit leur montrer des photos de William McLean pour qu'ils le croient. "Nadine" revient avec de la nourriture et ils passent la journée à l'hôtel. "Kiki" repart à 18 heures, et Nadine, Orndorff et Pearce le suivent après 20 minutes jusqu'à la station de métro Odéon. Ils remarquent un homme qui les suit et marchent pour le semer. Ils reviennent à l'Hôtel du Luxembourg, mais ne le sèment finalement que dans le Jardin du Luxembourg tout proche où, grâce à la vivacité d’esprit de Nadine, ils peuvent se réfugier dans une remise à outils de jardinage jusqu’à ce que l’alerte soit passée.

Andrée DUMONT les conduit alors Rue de Grenelle, où ils passent la nuit chez le concierge d'une maison de maître (Chez Albert DULIN, au 59 Rue de Grenelle, Paris VIIe).

Le matin, Frédéric DE JONGH vient les amener à Asnières et Andrée DUMONT rentre à Bruxelles (où elle se fera arrêter de même que son père à leur domicile à Uccle le 11 août). A Asnières, Pearce et Orndorff rencontrent William McLean et Geoffrey Silva, ainsi que la fille de "Kiki", Andrée DE JONGH. Ils partent ensemble ce même jour vers l'Espagne.

Nous sommes donc le samedi 15 août 1942. Pearce et Orndorff restent encore à Paris avant d'être guidés chez M. "Lecour" pour trois jours supplémentaires. Il s'agit de Charles Michel LECOURT, au 98bis Rue du Cherche-Midi à Paris VIe.

Le 19 août, ils vont loger chez Aimable FOUQUEREL au 10 Rue Oudinot. John Bennett et J. Bruce Black y sont déjà. Tous y passent la nuit. Le lendemain, "Kiki vient alors les chercher pour les conduire chez lui à Saint-Maur-les-Fossés, en Val de Marne. Il leur apprend que Andrée DUMONT ("Nadine") et ses parents ont été arrêtés à Bruxelles et qu'il pense que des armes et des faux papiers ont été découverts chez eux.

Le 22 août, Black, Pearce, Bennett et Orndorff partent pour Saint-Jean-de-Luz, accompagnés d' Albert de Ligne.

A Bayonne, ils sont attendus par Andrée DE JONGH et une autre fille (vraisemblablement Jeanine DE GREEF ) qui leur donnent des tickets en seconde classe jusque Saint-Jean-de-Luz, mais les font rester dans leur compartiment de première classe. Ils durent payer le supplément lors d'un contrôle. Un Anglais ("Bee" Johnson) les attend à la gare et les salue comme de vieux amis. Ils passent la nuit chez un Basque (Ambrosio SAN VICENTE) au 7 Rue Salagoïty à Saint-Jean-de-Luz.

Le lendemain après-midi, ils rencontrent un guide dans une ferme et parviennent en Espagne le 24 août dans le 20e passage de Comète par la Bidassoa, accompagnés de Andrée DE JONGH et "Bee" JOHNSON.

DE JONGH, Pearce et de Ligne vont à San Sebastian pendant que Black, Orndorff et Bennett restent à l'hôtel. DE JONGH vient les prendre en voiture et ils dorment tous chez Federico ARMENDARIZ, au 2e étage du 3 Calle de la Marina à San Sebastian, près de la Concha, plage de San Sebastian.

Le 25, une voiture de l'ambassade britannique vient les prendre pour Miranda où ils rejoignent un autre groupe et roulent jusque Madrid. Ils y restent jusqu'au 3 septembre. Ils prennent le train pour San Roque, puis le bus jusque Gibraltar. William Orndorff quitte Gibraltar par avion le 13 septembre 1942 et arrive le lendemain à Whitchurch en Angleterre.

En 1939, William Orndorff s’était engagé comme ambulancier volontaire dans l’American Volunteer Ambulance Corps et après du service en France pour transporter les morts et les blessés français au début des hostilités, il était rentré aux Etats-Unis en septembre 1940. Il se porta à nouveau volontaire et s’engagea au Canada dans la RCAF en juin 1941 avant d’être envoyé en Europe. Il ne manquait donc pas de courage et lors de son débriefing à Londres pour l’établissement de son rapport d’évasion, William Orndorff, apparemment fort perturbé, déclara s’en vouloir de ne pas avoir aperçu à temps le chasseur allemand et se sentir responsable de la mort de ses quatre camarades. Rentré à Ithaca, New York le 4 novembre 1942, il bénéficia d’une permission de 30 jours.


Mot de remerciement de Bill Orndorff dans le carnet de Ambrosio San Vicente.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters