Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 7 novembre 2019.

Archibald Lawson ROBERTSON / O-798030
3328 West Magnolia Avenue, Auburn, Alabama, USA.
Né en Alabama le 12 septembre 1923 / † le 31 juillet 1972
2nd Lt, 100 Bomber Group 350 Bomber Squadron, copilote.
lieu d'atterrissage: Entre Saint-Riquier-és-Plains et Ingouville, Seine Maritime, France.
Boeing B-17 F Flying Fortress, 42-30050, "Judy-E" – LN-X, abattu le 10 juillet 1943 lors d'une mission sur l’aérodrome du Bourget.
Atterri ou écrasé près de Sainte-Colombe à environ 7 km au sud-sud-est de Saint-Valéry-en-Caux, Seine Maritime, France.
Durée : deux mois ½
Passage des Pyrénées : le 22 septembre 1943.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 268. Rapport d'évasion E&E 116, disponible en ligne.

L’équipage du B-17 se compose de 1st Lt Charles L. Duncan, pilote ; 2nd Lt Archibald L. Robertson, copilote ; 2nd Lt Oliver M. Chiesl, navigateur ; 1st Lt William H. Forbes Jr, bombardier; T/Sgt Ernest De Los Santos, mécanicien/mitrailleur dorsal ; Sgt Edmund A. Oliver, opérateur radio (n’était pas membre habituel de l’équipage du Lt Duncan et remplaçait pour cette mission le T/Sgt John K. Beard) ; S/Sgt Gene F. Frank, mitrailleur ventral ; S/Sgt Bernard L. Hanover, assistant mécanicien ; Sgt Parrish Reynolds, mitrailleur (remplaçant ce jour-là le Sgt Clifford Starkey) ; S/Sgt William D. Whitley, mitrailleur arrière.

L'appareil est parti de Thorpe Abbots vers 07h00, heure anglaise. Vu la forte couverture nuageuse au-dessus du Bourget, les bombes ne sont pas larguées et le pilote dirige l’appareil vers une cible d’opportunité. Ils sont alors attaqués par des FW190 "Nez-Jaunes" et le moteur n°1 prend feu et est mis en drapeau. Volant au sud du Havre, le B-17 perd de l’altitude et, après un piqué vers les nuages, c’est Robertson qui donne l'ordre de sauter à 15.000 pieds (5.000 mètres). Le mécanicien avait déjà évacué l’appareil après avoir largué les bombes. Robertson pense qu’il ne reste que le pilote Charles L. Duncan à bord quand il saute à son tour à environ 1000m d’altitude, juste derrière le bombardier Forbes.

Seuls Archibald Robertson et le mitrailleur Parrish Reynolds parviendront à s’évader. Reynolds est caché dans la région de Longueville-sur-Scie et sera libéré par l’arrivée de troupes américaines à l’été 1944 – Rapport d’évasion E&E 1559 (sa pierre tombale à Nicholasville, Kentucky, indique Parrish John Reynolds 1922-1993). Les huit autres membres de l’équipage seront faits prisonniers.

Le texte qui suit a été établi sur base du texte manuscrit - les notes au vol de l’intervieweur - du rapport E&E 116 de Robertson, dont la partie dactylographiée ne reprend pas tous les détails. Nous l’avons complété par des données trouvées, notamment dans les archives de Comète, et qui permettent par déduction de mettre un nom sur des personnes décrites, sans identification, dans l’E&E.

Robertson atterrit dans un champ de blé vers 10h00 et se débarrasse immédiatement de son équipement de vol. Il va se réfugier dans des fourrés où il cache son parachute et sa Mae West. Il aperçoit plusieurs paysans à l’endroit où il avait atterri, vraisemblablement à sa recherche. Après 15 minutes, des Allemands arrivent là aussi pour fouiller. Leurs recherches durent environ ½ heure et sont infructueuses. Après environ 5 heures de repos, Robertson se met en route, arrivant près d’une voie de chemin de fer (il s’agit de la voie ferrée reliant Saint-Valéry-en-Caux à Motteville et passant par Néville)

Plutôt que de traverser les voies à hauteur de l’endroit où une "lane crossed a railroad track" - un chemin traversait les voies (ceci pourrait être l’actuelle Grand Rue-D105, à moins d’1 km au NO de Néville…) - il rampe vers le sommet du remblai à quelque distance et tombe nez à nez avec une sentinelle allemande. Le soldat, pointant son arme, lui fait signe de le rejoindre de manière à ce qu’ils puissent suivre la voie de chemin de fer. En essayant d’atteindre la voie, Robertson commence à glisser dans la terre meuble du remblai mais parvient à monter au sommet. Il entend l’Allemand glisser également de son côté et, le voyant à terre, il descend pour lui donner un coup de pied sous le menton. Voyant l’Allemand inconscient, Robertson s’éloigne rapidement. Ayant aperçu une rigole d’écoulement recouverte par d’épais buissons, il revient sur ses pas et traîne alors le soldat jusqu’à ce fossé et le recouvre de branchages, supposant par la suite que s’il n’avait pas été tué par le coup de pied, il se sera noyé dans l’eau au fond de la rigole. Il court alors pendant près de 2 km jusqu’à un petit bois, puis va se reposer dans une meule de foin dans un champ. Il se réveille vers 23h00, se met à marcher et arrive à une ferme en bordure d’une petite ville (Néville) où le fermier lui donne à manger et lui fait comprendre qu’il devait partir dès son repas terminé.

Alors que Robertson retourne vers la meule, il aperçoit quelqu’un assis sur un talus et, méfiant, décide plutôt de suivre une route. Alors qu’il est près de dépasser un homme marchant sur cette route, l’homme lui demande s’il est Anglais. Robertson lui montre alors son uniforme recouvert par sa combinaison de vol. Le fermier le mène vers le petit bois où il s’était caché peu auparavant, lui retire sa combinaison de vol, coupe les sangles d’épaule et les insignes de sa veste et lui dit d’attendre là son retour. Peu de temps après, le fermier revient et le mène à une route principale où ils sont rejoints par deux amis du fermier. Robertson se rend compte qu’ils marchent dans Néville et pense qu’on le mène vraisemblablement vers une maison. Il comprend que les deux hommes sont d’anciens prisonniers de guerre rapatriés en France pour du travail obligatoire dans les champs. Le groupe arrive à la porte d’une sorte de camp, les deux Français font semblant d’être ivres, l’un d’eux montre son sauf-conduit, puis s’arrange pour le passer derrière son dos à Robertson. Celui-ci le montre en vitesse à l’un des trois gardes et suit les autres vers leur cabane. On lui dit qu’ils vont essayer de le faire rejoindre Paris pour obtenir de faux papiers. Il passe deux nuits dans ce camp et au matin du 12 juillet, avant 06h00, alors qu’ils se préparent à aller prendre un train pour Paris, un garde ne les laisse pas sortir car des papiers ne sont pas en ordre. Néanmoins, deux heures plus tard, ils parviennent à quitter le camp sans être inquiétés.

Ayant raté le train pour Paris, Robertson est mené vers une maison à environ 2 km du camp (vraisemblablement toujours à Néville). Le rez-de-chaussée est un mess pour officiers allemands, mais les étages appartenaient à des amis des deux hommes. Le 13 juillet au matin, vêtu de pantalons bleus trop grands pour lui, de sa chemise d’officier et d’un blouson de sport et muni de ses plaquettes d’identification, d’une bouteille d’eau, d’un de ses insignes et d’une boussole, il accompagne l’un des deux hommes vers la gare où les tickets sont payés au moyen de billets d’argent français provenant de son kit d’évasion. Arrivés à Rouen, ils changent de train et montent dans celui de Paris. Avant le départ, son guide le quitte, lui disant de l’attendre et qu’il reviendrait dans un moment. L’homme ne revint pas et Robertson voyage alors seul vers Paris, ne disposant plus que de 400 francs sur les 2000 de son kit.

Arrivé à la gare Saint-Lazare vers 11 heures, il en sort sans problème et se met à la recherche d’un magasin de photo, car son kit d’évasion ne contenait pas de clichés pour la confection de faux papiers. Le seul magasin qu’il trouve est plein de soldats allemands. Vers 14h00, il rentre dans un café (un "American bar") où le barman, originaire de Corse, lui sert un verre, l’air intrigué. Robertson lui déclare qui il est et qu’il a besoin d’aide. Le barman parle un peu l’anglais et va chercher un autre homme le parlant mieux. Bien que souhaitant l’aider, ils ont peur et lui conseillent de quitter Paris au plus tôt. Ils lui disent qu’il se trouve du côté Nord de la ville et lui indiquent en gros la route à suivre. Sa boussole à la main, Robertson commence alors à marcher vers le Sud. Ayant trouvé la route vers Orléans, il se trouve encore en banlieue parisienne lorsqu’un policier âgé lui demande ses papiers. Il laisse partir l’aviateur après que celui-ci lui ai dit en Anglais qui il était.

En fin d’après-midi du 13 juillet, après une marche d’environ 6 km, il quitte la route et s’adresse à une petite ferme où il reçoit à manger et où on lui aménage une couchette de foin. Le lendemain 14, il marche le long de la route et termine de manger les tartines qu’il avait reçues avant son départ pour Paris, remplissant régulièrement sa bouteille d’eau. Dans l’après-midi, il s’adresse à plusieurs fermes où la seule aide qu’il trouve est de la nourriture. Finalement, une fermière, constatant ses ampoules au pied, lui dit qu’il peut se cacher dans l’étable. Il s’y endort vers 17h00 et est réveillé vers 20h00 par une autre dame qui lui apporte à manger et soigne ses ampoules. Le 15 juillet au matin, la même dame vient le réveiller, en compagnie de deux hommes qui lui demandent de s’habiller et de les suivre. Il est ensuite mené en camion vers une maison dans un petit village (Etréchy) où il reste caché du 15 juillet jusqu’au 4 septembre chez Pierre "Coute", qui est en fait Pierre COUTTE, marchand de vin.

Durant son séjour chez COUTTE, Robertson peut sortir chaque soir à partir de 22h30. Un jour, suite à l’annonce d’une perquisition par les Allemands, il doit quitter la maison pour aller dans celle d’un ami de COUTTE, dont Robertson apprend qu’il était employé par la Luftwaffe (vraisemblablement, au travail forcé sur un aérodrome ?). Robertson est avisé que ses Helpers vont tenter de le faire regagner l’Angleterre par avion, COUTTE connaissant apparemment un B.I.O. (British Intelligence Officer) à Caen. Huit jours après cette annonce, une jeune dame prénommée Jane vient lui expliquer en anglais ce qui se prépare. (Il s’agit de Jane VIGREUX d’Etrechy – voir en bas de page.) Robertson mentionne une note en retour indiquant qu’un jour il se retrouverait en Angleterre et qu’il devait être patient.

Le 4 septembre, un homme travaillant à Etampes, arrive de Paris et le guide en train vers la capitale. Robertson indique qu’il est resté dans une maison à Paris jusqu’au 7, jour où le chef d’une organisation vient le voir. Il le décrit comme étant Belge, parlant l’anglais avec accent, coiffure blonde peignée en arrière, moustache, marchant en boitillant. (Il s’agit de Jacques LE GRELLE, chef de Comète à Paris.) LE GRELLE lui dit qu’il allait être transféré vers une autre maison dans Paris. Robertson suit alors une dame "très petite, 1m60, cheveux noirs, 38 ans". (Cette description nous permet l’identification de Fernande ONIMUS, née Phal, l’une des 3 adjointes de LE GRELLE chargées de l’organisation du logement et du welfare des évadés en région parisienne. Fernande, qui a aidé/guidé vers et dans Paris plus d’une soixantaine d’aviateurs, a été arrêtée le 18 janvier 1944. Déportée en Allemagne, elle est morte le 23-24 avril 1945 dans le camp de Ravensbrück).

Fernande guide Robertson vers un parc où ils rencontrent un gardien, membre de l’organisation, auquel il manque un bras. Arrive alors à vélo un jeune homme, "marié, 30 ans, cheveux blonds ondulés, une cicatrice rouge sur le nez", qui mène Robertson à son appartement. Robertson mentionne ce que nous pensons être les prénoms (ou les surnoms ?) de ses hôtes, "Robert" et "Georgette" et leur fille de 9 ans. Il indique être resté là jusqu’au dimanche 19 septembre. Au même endroit de son rapport, il est fait mention de deux autres évadés, Adrian Van Bemmel et Roy Hodge. Van Bemmel (qui ne mentionne pas Hodge dans son rapport E&E) rapporte qu’il est passé chez un "Albert, environ 30 ans, par son flat au 3e étage à la Rue Oudinot, où il habite avec son épouse Georgette et leur fille de 'huit' ans, au 3e étage d’un immeuble à la Rue Oudinot"… Hodge, quant à lui, ne parle pas de son passage dans cet appartement et nous n’avons pu identifier ce couple. Robertson indique que Van Bemmel et Hodge étaient arrivés chez le couple le mardi (donc le 14 septembre) et en étaient sortis le même jour dans la soirée.

Robertson déclare que "quelques jours après, Robert" a amené à l’appartement un Flight Sergeant de la RAF ainsi qu’un aviateur canadien (ce dernier est Edward Bridge). Il ajoute qu’un jour, le frère de "Robert" est passé par l’appartement pour signaler que la police allait y passer pour vérifier leurs soupçons quant à une activité de marché noir en tabacs. Dès lors, Robertson, qui a reçu des vêtements civils chez "Robert" est déménagé chez la mère de celui-ci et, le 19 septembre, "Georgette" le mène à la rencontre d’une dame de petite taille dans un parc. Il n’est pas spécifié dans l’E&E de qui il s’agit, la phrase suivante disant que Robertson rencontre à ce moment à nouveau le chef de l’organisation (LE GRELLE), qui était accompagné de Roy Hodge. LE GRELLE leur explique la marche à suivre et les deux hommes suivent alors une dame, "grande, 1m80, robuste, nez proéminent, mariée à un anglais prisonnier des Allemands" (la description correspond à celle de Rosine WITTON - alias "Rolande", née THERIER, dont le mari Sydney est effectivement POW. Arrêtée le 17 janvier 1944, elle sera internée à Ravensbrück, puis à Holleischen et enfin au Kommando de Flossenburg où elle sera libérée le 5 mai 1945.)

A 22 heures ce 19 septembre, ils prennent le train pour Bordeaux, où ils arrivent le lendemain. Robertson indique qu’ils sont alors pris en charge par "Franco", le surnom de Jean-François NOTHOMB. Celui-ci les prend au train pour Dax avec Roy Hodge, Edward Kinsella et un Belge (Philippe de Liedekerke). Lorsqu'ils arrivent à Dax, ils rencontrent William Maher. NOTHOMB et un autre homme (Marcel ROGER - "Max") les guident à vélo à Bayonne. Ils logent au 25 Avenue de Cambo à Sutar (faubourg d’Anglet) à l'auberge Larre de Jeanne Marthe MENDIARA, sauf le Belge (qui, lui, va loger chez les HOUGET à Biarritz).

C'est la 57e traversée de Comète par la Bidassoa. A cause de la pluie, la traversée prend dix heures. Ils s'arrêtent à une ferme du côté espagnol vers 06 heures le 22 septembre. Le Belge et Kinsella, étant tous les deux plus en forme, quittent cette ferme vers 11 heures et vont à San Sebastian par le tram.

Robertson arrive à Gibraltar le 1er octobre 1943, est débriefé par le major Lewis le 2, en part par avion le 4 et débarque à Bristol le 5 octobre 1943, probablement avec Kinsella et Hodge. Ayant rejoint sa base, Robertson reprit du service. Sa famille, qui était restée près de 3 mois sans autres nouvelles que celles les avisant de ce qu’il avait été porté manquant lors d’une mission, fut informée par télégramme officiel le 10 octobre 1943 qu’il était sain et sauf en Angleterre :


Article paru le 14 octobre 1943 dans le "Greensboro Watchman", Alabama.

Décédé en 1972, Archibald Robertson repose au Arlington National Cemetery à Arlington, Virginia, USA. Il était resté dans l’US Air Force, avait servi en de Corée et au Viet-Nam et a terminé sa carrière militaire comme Lieutenant Colonel.

Merci à Mary Krystine Robertson Baum, fille d’Archibald Robertson pour les photos de son père et des détails concernant son évasion. Elle nous a transmis copie d’un courrier envoyé le 22 septembre 1944 à son père par Jane VIGREUX, sa traductrice à Etréchy :

 
Lettre de madame Jane Vigreux de Etrechy, datée du 22 septembre 1944.

[A noter qu’elle reprend la date du "22 septembre" comme étant jour pour jour la date un an auparavant où Robertson aurait quitté le village d’Etréchy et situe erronément sa descente en parachute au Havre. En fait, Robertson a quitté Etréchy le 4 septembre 1943 et le 22 septembre est la date où il est passé en Espagne.]

Quelques détails supplémentaires sur le Lt Robertson et son équipage à https://100thbg.com/index.php?option=com_bombgrp&view=personnel&Itemid=334&id=4412 où le texte relatant l’évasion d’Archibald Robertson est une traduction de celui (ancien) que nous avions déjà complété après nos toutes premières recherches lors de la création de la page de Robertson en 2007.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters