Personne cachée jusqu'à la libération

Dernière mise à jour le 2 mars 2017.

William Anthony ROBERTSON ("Bill"/"Robbie") / J24485
20 Radnor Street, St Lukes, London, Angleterre et Toronto, Canada.
Né 1921/1922 /
P/Off RCAF, RAF Bomber Command 158 Squadron, bombardier.
Lieu d'atterrissage: région de Bokrijk
Handley Page Halifax B.VI, HX334, NP-C, abattu la nuit du 12 au 13 mai 1944 par Heinz-Wolfgang Schnaufer, Gruppenkommandeur du IV./NJG 1 lors d'une mission sur une gare de formation à Hasselt.
Ecrasé à 00h46 le long de la Kneippstraat, derrière le Monastère des Broeders van de Christelijke Scholen à Bokrijk entre Hasselt et Genk , Limbourg belge.
Durée : 16 semaines.
Libéré à Liège le 7 septembre 1944

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3350/1373.

Le Halifax décolle de Lissett, Yorkshire à 21h56. Immédiatement après le largage des bombes, l’appareil est touché vers 00h35 par Schnaufer à une altitude de 2300m. Un fort incendie se déclare à bord et une épaisse fumée envahit l’habitacle. Avec un moteur en feu et ses contrôles ne fonctionnant plus, le pilote John Evans donne l’ordre d’abandonner l’avion. Tous les membres de l’équipage auront la vie sauve.


Equipage du HX334 : assis de gauche à droite : Sgt Board, Fl/Sgt Evans, Fl/Off Robertson
Debout de gauche à droite : Fl/Sgt Colledge, Sgt Lloyd, F/Off Daniels, Sgt Frank Tait
Photo du Fl/Sgt Evans et David Mole

Les deux mitrailleurs, tous deux Australiens, seront fait prisonniers et internés au Stalag Luft 7 : le W/O Vivian Graham Colledge, RAAF et le W/O Francis Joseph Tait, RAAF. Outre William Robertson (la présente fiche), quatre autres hommes parviendront à s’évader : Douglas Lloyd, John Evans, le mécanicien Sgt Leslie Ernest Board (SPG 3351/2096 – avec la Résistance belge jusqu’à la Libération) et le navigateur P/O John Bryan Daniels (SPG 3351/2097 – vraisemblablement resté avec Board). Nous n’avons pas de détails concernant ces deux derniers aviateurs, mais ils sont repris dans la liste de ceux aidés par les époux BIERNAUX à Hasselt, d’où ils ont été menés vers Bruxelles ou Liège.

William Robertson, qui en est à son 12e vol opérationnel, atterrit dans un champ. Après s’être caché pendant 18 heures dans un abri, poussé par la soif, il se rend dans des bois voisins et y rencontre deux garçons de 8 ou 9 ans. Leur oncle revient avec une salopette de fermier et le prend dans sa ferme.

Un peu plus tard, deux hommes viennent l'interroger afin de vérifier s’il est bien un aviateur canadien. Il passe le test et reçoit deux sabots en bois. Il y est bientôt rejoint par son pilote John Evans, amené là par Jaak CARDINAELS, 16 ans, de Zwartberg et Alfred VAN DER BIEST, ouvrier électricien des mines de charbon de Zwartberg. Dans un article de Jean Zoons (voir lien en bas de page), ce serait VAN DER BIEST qui aurait interrogé les deux aviateurs. Les deux belges accompagnent les évadés à vélo via la route Hasselt-Eindhoven jusqu’à Zonhoven, arrivant finalement près d’un grand étang dans les bois de la propriété du Baron Jean de VILLENFAGNE, bourgmestre de Zolder depuis 1930, et ses adjoints, René JASPERS, 18 ans et Louis WOUTERS, tous deux de Zolder.

Leur repaire, 5 m de large, 2 m de long et d’une hauteur limitée à 1m70, se trouvait sur les flancs d'un talus abrupt, dissimulé sous un toit de tourbe, et abritait déjà un petit groupe de prisonniers russes évadés de leurs postes de travail forcé dans les mines de Zwartberg et Houthalen. Lors d’un entretien du 30 décembre 1978 avec l’historien local Jef Bussels, cité par Jan Zoons dans son article, Louis WOUTERS déclare que lorsque Robertson et Evans sont arrivés dans cette cachette, leurs co-équipiers Vivian Colledge, Frank Tait et Douglas Lloyd s’y trouvaient déjà avec les quatre Russes (dans une interview de 2015 pour un journal canadien, Robertson parle de 5 Russes… que l’on peut voir d’ailleurs sur la photo ci-dessous). Louis WOUTERS précise à Jef Bussels en 1979 qu’Evans reçut un costume du boulanger GYOTS de Hasselt, tandis que Robertson se vit remettre le sien venant du greffier du tribunal de Hasselt via un autre boulanger de la ville, Gaston VANBRABANT.


Lloyd, Robertson et Evans avec 5 Russes clandestins en Belgique.

Faux papiers de William Robertson.

Les sept aviateurs du Halifax HX334 restent cachés dans les bois de la propriété durant plusieurs semaines, sans que l’on sache à quel moment ils ont été séparés. Selon Jef Bussels, quatre d’entre eux, Robertson, Evans, Board et Daniels ont été menés sur des vélos d’emprunt vers Hasselt, le baron de Villenfagne roulant en tête de peloton, René JASPERS et un instituteur de Zolder, (Michael ?) SCHEPERS, fermant la marche, les hommes roulant à intervalles d’environ 100 mètres les uns des autres. Louis WOUTERS les attendait au pont du Canal Albert à Hasselt et se demandait où étaient restés Lloyd, Colledge et Tait. On suppose que c’est en Belgique que ces deux derniers auront été arrêtés par la suite. A noter que René JASPERS (1926-1992), arrêté avec son père Jules à leur domicile par la Gestapo dans la soirée du 5 août 1944, a été envoyé au camp de Breendonk, près d’Anvers, avant de partir pour divers camps en Allemagne (le camp de concentration de Neuengamme, puis le Kommando – camp de travail – de Kaltenkirche, puis au début avril 1945, celui de Wöbbelin en Pologne occupée.) Fortement affaibli par sa captivité et pesant à peine 35 kg, il rentrera en Belgique le 23 mai 1945 (voir son récit à cette page). Son père, Jules JASPERS, détenu entre autres à la Prison de Saint-Gilles, fera partie du convoi du 2-3 septembre 1944 à destination de l’Allemagne, mais le train, grâce à l’action de machinistes résistants, ne quittera pas la Belgique (le "Train Fantôme".)

Lloyd rejoint finalement Evans, Robertson et Daniels et tous sont guidés par Florent BIERNAUX, qui vient les chercher pour les conduire à vélo chez lui au 16 Thonissenlaan à Hasselt, où il habite avec son épouse Olympe et son fils Raymond. Deux aviateurs canadiens [William Dudley ? et John Perry ?] se trouvaient déjà chez les BIERNAUX lorsque Robertson et les autres y arrivent. Du jardin à l'arrière de la maison, les aviateurs observent des chasseurs P-47 Thunderbolt mitrailler le pont enjambant le Canal Albert.

Depuis Hasselt, le parcours de Robertson semble être différent de celui de Lloyd et Evans. En tout cas, Robertson est conduit depuis Hasselt vers Liège, muni de papiers d'identité où il est repris comme étant Georges Arthur Vanstraeten, électricien habitant Hasselt.

Beaucoup de détails concernant l'évasion de William Robertson, John Evans et Douglas Lloyd nous ont été fournis par Greg Lewis, qui a écrit "Airman Missing" à ce sujet. Voir également l’article de Jan Zoons à
cette page.

Un livre de Jan Zoons relatant des événements dans la région durant la guerre, y compris les crashes des deux avions, à été publié en mai 2013 : "Een klein gehucht in een grote oorlog : Bokrijk 1940-1944" ("Un petit hameau dans une grande guerre : Bokrijk 1940-1944").

A l’initiative du Bokrijkse Werkgroep Oprichting Oorlogsgedenktekens, un monument a été inauguré le mardi 26 février 2013 dans la Kneippstraat à Bokrijk, près de l’endroit où l’appareil s’est écrasé. TV Genk a diffusé une vidéo où une partie de la cérémonie peut être visionnée ici [la première partie montre Jan Zoons lors d’une réunion tenue avant l’inauguration au "Hoeve" dans le domaine des Frères de Bokrijk. Il donne quelques détails sur les avions tombés ici et cite le Halifax NK344 tombé le même jour que le HX334 de John Evans. Deux témoins de l’époque évoquent quelques souvenirs de chute d’avion(s). La cérémonie concernant le HX334 dont question ici commence à 04:50. On y voit Anniek Nagels échevine à Genk, dévoiler le monument en compagnie de Jan Zoons. Une manifestation similaire est prévue à une date ultérieure à la mémoire de l’équipage d’un autre Halifax, le NA166, tombé le 13 mars 1945 à Genk.]

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Voir également la page consacrée à Bill Robertson sur le site canadien à cette page.

Des articles d’Audra Kent, journaliste à "The Intelligencer" ( www.intelligencer.ca - Belleville, Canada), en mai et juillet 2015, rapportent les souvenirs et impressions de William Robertson lors du premier voyage qu’il ait fait en Belgique depuis 71 ans, pour commémorer l’anniversaire du crash de son Halifax. Robertson confirme dans ces interviews ce que nous rapportons ci-dessus quant à son parcours jusqu’à Hasselt, son départ pour Liège et la fausse identité sur ses papiers. Il précise qu’il a fait le voyage vers Liège en train (nous pensons qu’il était guidé par Olympe DOBY, épouse BIERNAUX) et que c’est à Liège qu’il obtient une carte d’identité au nom de Georges Arthur Vanstraeten. Il signale avoir été hébergé par le chef de la Police de Liège, "Pierre Rademaker", son épouse Louise et leur fille Yvette. [La liste des Helpers belges reprend Pierre J. J. RADEMAKERS au 5 Avenue Dieudonné Lambrecht, Liège, devenu le numéro 7 dans les années 1950.]

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William Robertson dans le jardin des RADEMAKERS, été 1944 / William Robertson et Pierre RADEMAKERS, été 1944
Photos de Yvette Rademakers
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Louise Rademakers-Lambrecht, William, Yvette Rademakers et une petite voisine / Renée Molle, cousine d'Yvette, William Robertson et Yvette Rademakers
Photos de Yvette Rademakers

Durant son séjour chez les RADEMAKERS, Robertson devait ne jamais quitter la maison et ne pouvait même pas se promener sur les 25 mètres qui séparaient la façade arrière de la maison de la clôture à l’arrière. Parfois, après la nuit tombée, on l’autorisait à sortir s’asseoir dans la petite cour arrière, à l’abri des regards. Outre le temps passé en compagnie de ses hôtes, il s’occupait à lire des livres en anglais, à faire des réussites aux cartes, à apprendre le français en compulsant un dictionnaire Français-Anglais. Il pouvait également écouter les émissions de la BBC et se souvient avoir entendu la nouvelle du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944. Il est resté chez les RADEMAKERS pendant 3 mois, à l’exception d’une semaine (il ne précise pas quand ni où il avait été transféré). Liège est libéré par des troupes américaines et le 7 septembre, Robertson peut enfin sortir librement et se promener dans la rue. Il quitte Liège en camion pour rallier Bruxelles, d’où il est transporté vers l’Angleterre. Il signe son rapport d’évasion le 14 septembre 1944 et peut enfin aviser ses parents, qui étaient sans nouvelles depuis le mois de mai. Il les retrouve peu après à Toronto.


William Robertson chez lui à Belleville, Ontario, Canada, en mai 2015
(photo Audra Kent - http://www.intelligencer.ca/2015/05/11/trip-seven-decades-in-the-making)

William Robertson avait gardé des contacts épistolaires avec certaines personnes qui l’avaient aidé durant son évasion et particulièrement les RADEMAKERS. C’est à la suggestion en 2014 de son beau-fils Kurt Lynn, qu’il s’est finalement décidé à faire le voyage vers l’Europe en mai 2015, accompagné de son fils Robert et de son beau-fils Kurt. Ils passeront d’abord par Londres où Robertson rendra visite à son pilote, John Evans, vivant dans une maison de repos au nord de Londres. Passant par la France, ils arrivèrent en Belgique où ils passèrent par Hasselt où Robertson put rencontrer notamment Guy Jaspers, fils de René JASPERS. Ils allèrent également se recueillir le 13 mai à Bokrijk devant le monument dédié à l’équipage du HX334. C’est alors à Liège qu’ils parvinrent et où c’est avec émotion que le 14 mai William Robertson retrouvera Yvette RADEMAKERS, maintenant arrière-grand-mère, habitant toujours la même maison. Il finira par pouvoir y marcher les 25 mètres jusqu’au bout du jardin à l’arrière...


William Robertson et Guy Jaspers (fils de René) le 13 mai 2015.
Photo de Guy Jaspers

Via son fils Jacques, Mme Yvette RADEMAKERS nous a fait parvenir quelques photos prises durant le séjour de William dans leur famille en 1944 et lors de sa visite en 2015. Grand merci à la famille RADEMAKERS pour ces précieux documents.

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Les retrouvailles de William Robertson et Yvette Rademakers en mai 2015.
Photos de Yvette Rademakers


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters