Personne cachée jusqu'à la libération

Dernière mise à jour le 14 décembre 2012.

Louis P. ROSATI / 37320524
1323 14th Avenue East, Hibbing, Minnesota.
Né le 06 décembre 1919 / † Le 07 octobre 1949.
S/Sgt, USAAF 392 Bomber Group 579 Bomber Squadron, mitrailleur ventral.
lieu d'atterrissage: à 5 Km de Waterloo.
Boeing B-24 Liberator, 42-7484, GC-L / "Sally Ann", abattu par des chasseurs FW 190 le samedi 29 janvier 1944 vers 12h30-13h00 lors d'une mission sur Francfort.
atterrissage forcé (crash où il explose) tout près de Waterloo, derrière la ferme de Mont St Jean.
Durée : 7 mois.
Camp : caché à Bruxelles.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 2548. Rapport d'évasion E&E 1888 disponible en ligne.

Le B-24 décolle de Wendling à à 08h00 et, alors qu'il survole la côte, deux de ses turbo-compresseurs tombent en panne et, s'éloignant de la formation, il est attaqué par des chasseurs. L'aile gauche est détruite de même que la conduite de carburant au moteur n°4. Du fuel se déverse par la soute à bombes alors que celles-ci sont larguées, l'appareil faisant demi-tour vers l'Angleterre à une altitude de 1.850 m seulement.

Il est impossible pour le mécanicien William Mattson de stopper la fuite et comme le B-24 est menacé d'une nouvelle attaque de chasseurs, le pilote, 1Lt John Stukus, plonge sous la couverture nuageuse à environ 800 m. Les chasseurs passent par-dessous les nuages et, lorsque cette protection disparaît, ils attaquent à nouveau le bombardier. Une explosion dans la soute à bombes en propulse les portes jusque dans le compartiment radio, le système hydraulique lâche et le pilote donne l'ordre d'évacuer l'appareil.

Le 1Lt John Stukus (pilote) et le 2Lt John E. Moffat (copilote) sont immédiatement fait prisonniers par les Allemands stationnés au Lion de Waterloo. Le navigateur 2nd Lt Ronald R. Lindlow et le bombardier 2nd Lt Lester E. Gentry sont tués par des coups directs dans le cockpit. Lindlow repose au Golden Gate National Cemetery à San Bruno en Californie, mais le corps de Gentry n'a jamais été retrouvé et son nom figure aux tablettes du Mur des Disparus au cimetière américain de Cambridge en Angleterre. Le reste de l'équipage est un temps officiellement déclaré manquant en action. En fait, parmi les autres survivants qui réussissent à éviter la capture, quatre seront "libérés" en septembre 44 : Louis Rosati (la présente fiche), Anthony Paolantonio, William McGinley, Joe McCrary. William Mattson, quant à lui, passera en Espagne via les Pyrénées. Marshall Crouch et James Dykes, eux, d'abord évadés, seront fait prisonniers ultérieurement, ce dernier échappant à l'emprisonnement dans un camp en Allemagne (voir sa page).

Voici les témoignages oraux recueillis : Pour l'équipage de ce bombardier, un M. PESTIAU de Braine L'Alleud, domicilié 22 Rue des Muguets à Ottignies s'est occupé de Rosati, Paolantonio, Dykes et McGinley. Un certain SANDERS s'est occupé de Paolantonio. Une Mme VAN EECKHOUT et une Mme WILLIAME de Waterloo ont été mêlées à cette affaire. Rosati indique qu'il a été caché à Chapelle-St-Lambert, Arquennes, Ecaussines et Bruxelles. Crouch, Dykes, Rosati, McGinley et Paolantonio, après avoir été cachés à Nivelles chez Édouard alias "Coco" PARDONCHE (fils de Camille PARDONCHE, tous deux résistants bien connus de l'endroit), ont été acheminés par Edouard ainsi que par son beau-frère Paul JOSSIEAUX et par Henri VOITURON pour être conduits à Feluy (Seneffe) au 15 Rue Victor Rousseau, chez Henri OTS et son épouse Victorine, où ils sont restés cachés du 12 au 26 février 1944.

Voici à présent le récit de son rapport : Rosati atterrit dans une ferme à 5 Km de Waterloo. Le fermier le fait se cacher dans des broussailles et revient le soir, d'abord avec Paolantonio et ensuite avec Mg Ginley. A minuit, il amène les trois Américains dans sa grange et leur apporte des vêtements civils. Ils y dorment et y restent jusqu'au lendemain soir. Ils sont ensuite conduits tous les trois chez un couple âgé, Henri VANDEVELDE à Chapelle-St-Lambert, 13 Km au Nord-Est de Nivelles. Ils y logent deux semaines. Le lendemain de leur arrivée, le bourgmestre d'un village voisin amène Dykes et Crouch chez les VANDEVELDE.Les cinq aviateurs sont assistés part une comtesse ayant vécu à Londres durant le guerre 1914-1918 et habitant le château local avec deux de ses filles, de 19 et 20 ans.

Vers le 14 février, les cinq Américains sont conduits à Arquennes (4 Km au Sud-Ouest de Nivelles) chez les OTS où ils restent deux semaines. Ils sont alors menés à Ecaussines pour deux semaines chez Jules ROSSEUW. Là, Glenn Brenneke et Howard Sakarias arrivent, ce qui grossit le groupe à sept évadés à cacher et nourrir. Chaque jour, trois d'entre eux doivent être placés ailleurs. Un jour que Rosati, Paolantonio et McGinley étaient ailleurs, les Allemands font une perquisition. Jules ROSSEUW peut évacuer les quatre autres juste à temps et se fait battre par les Allemands, qui ne découvrent aucune indication et pensent qu'il abritait seulement des réfractaires.

Vu le danger de découverte, on décide de disperser immédiatement le groupe. Rosati et Sakarias vont chez un facteur, Gérard TAMINIUS, dans le district de Lalaing à Ecaussines où ils logent pendant trois semaines. Les sept aviateurs sont alors à nouveau rassemblés et sont conduits en train depuis Braine-le-Comte jusqu'à Bruxelles, où Rosati va de maison en maison durant deux semaines et demi.

Les archives nous confirment que Rosati et Paolantonio sont amenés à Bruxelles par René HANQUET de Rebecq le 03 Avril 44 et remis à Hubert GEENEN, résistant traqué. Ce dernier les cache chez sa propre logeuse, Mme VANDERMAIRE-DUBRAY veuve MARTENS au 12 Rue Navez à Schaerbeek, jusqu'au 26 avril. Hubert GEENEN les remet alors à Jean GHILAIN. Après un contact avec l'abbé Henri VAN OOSTAYEN, Simone SCHREYEN et Marcel VAN BUEKENHOUT viennent les voir le jour même et les prennent.

Victor et Simone SCHREYEN passent alors voir Rosati et lui disent que trois semaines plus tôt ils avaient fait partir Mattson. Ils conduisent Rosati chez Mlle Marcelle MARTENS au 01 Rue Charles Bernaerts à Uccle. C'est la fille d'Angèle OLLEVIER-DELATTRE, et l'agent n° 136 de Charles HOSTE de EVA. Rosati y reste trois mois et demi du 27 avril au 13 août, et Raymond Pencek l'y rejoint peu de temps après son arrivée.

Simone et Victor SCHREYEN sont arrêtés et Marcel VAN BUEKENHOUT reprend leur service. Plus tard, quand VAN BUEKENHOUT est arrêté à son tour en août, Mme Fernande (?) reprend le collier.

Le 13 août, Rosati et Pencek sont déplacés dans un couvent au 314 Rue Léopold à Jette (chez les Augustines ?), où de nombreux Juifs et d'autres gens étaient déjà cachés. La mère supérieure les tient strictement confinés à l'intérieur du couvent.

Le 03 septembre au soir, ils observent les Allemands qui se sauvent devant la libération imminente de ce quartier de Bruxelles et voient bientôt arriver les tanks britanniques. Le 04 septembre au matin, ils sont autorisés à descendre, puis Mme Fernande vient les prendre pour être rassemblés avec d'autres évadés. Le jeudi 7 septembre, les aviateurs sont confiés à "an English woman, Mme Ann, the chief" (Mme Anne BRUSSELMANS), qui rassemble tous ses évadés dans un camion pour les mener à l'hôtel Métropole, Place de Brouckère, au centre ville.

A noter que selon le rapport de Raymond Pencek, Rosati aurait été convoyé en même temps que lui vers le 15 août 44 par Simone SCHREYEN et Germaine NAGELS-LUNQUICH chez BOSCHAUWERS (Institut Saint-Augustin ?) au 104 Boulevard Lemonnier.

Victor SCHUTTERS indique avoir convoyé Rosati dans Bruxelles dans son camion de la SNCB (Société Nationale des Chemins de Fer Belges).

Le 09 septembre, un avion de la RCAF ramène Rosati en Angleterre. Il rédige son rapport le 10 septembre à Londres, au 67 Brooke Street.

Louis Rosati est décédé en 1949 dans un accident de chasse, avec son frère Orlando.

Merci à Régis Decobeck de Waterloo pour ses renseignements.


Debout : Dykes, McGinley, McCrary, Rosati, Paolantonio, Mattson
Devant : Gentry (bombardier), Stukus (pilote), Moffat (co-pilote), Lindlow (navigateur).

Des membres de cet équipage cachés à Nivelles avec de gauche à droite : Dykes, Paolantonio, Rosati, McGinley, Edouard Pardonche et Crouch.
La photo a été prise dans la cour du garage Pardonche, à l'arrière du n°1 de la Rue du Mont-Saint-Roch.


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters