Aviateurs de l'opération Marathon

Dernière mise à jour le 28 octobre 2014.

Samuel Gilbert SCHLEICHKORN (SHAWN) / O-680310
1635 Popham Avenue, Bronx, New York City, NY, USA
Né le 25 juillet 1921 Etat de New York, USA / † le 12 novembre 2005, Longwood, Floride, USA
1st Lt, USAAF 445 Bomber Group 703 Bomber Squadron, pilote
Lieu d'atterrissage : vers 13h30 près de Perwez, Brabant Wallon, Belgique.
Boeing B-24H-1-CO Liberator - 41-29118 - IS-I / "Nine Yanks and a Jerk", abattu vers 13h30 lors d'une mission vers Zwickau et Oschersleben le mercredi 12 avril 1944, revendiqué par le Ltn. Waldemar Radener, Commandant du 7./JG 26.
Ecrasé à l'arrière de la chaussée de Wavre et du quartier du Culot à Thorembais-Saint-Trond
Durée : 5 mois.
Camps Marathon : Acremont et Porcheresse

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage : MACR 3829. Rapport d'évasion de Samuel Schleichkorn E&E 1671 disponible en ligne.

L'appareil décolle de Tibenham vers 10h00, mais la trop forte couverture nuageuse et les très denses traînées de condensation de la formation entraînent un abandon de la mission. Les appareils de la 2nd Bomb Division, dont fait partie le 445th Bomb Group, font demi-tour au-dessus de la frontière allemande et vers 13h30 subissent l'attaque de nombreux chasseurs Me 109s. Le 41-29118 est touché à plusieurs reprises. Trois moteurs sont hors d'usage, des incendies se déclarent, les systèmes électrique et hydraulique sont morts.

Deux hommes seront tués : le mitrailleur arrière S/Sgt Martin E. Clabaugh et l'opérateur radio T/Sgt Frederick J. Cotron, qui, empêtré dans son parachute, perdra la vie en touchant le sol. Il sera inhumé à Perwez, où ses co-équipiers Schleichkorn et Pritchett iront se recueillir sur sa tombe. Après la guerre, le corps de Cotron sera rapatrié aux Etats-Unis. Martin Clabaugh, lui, repose au Cimetière Américain d'Henri-Chapelle en Belgique.

Trois autres hommes seront arrêtés : le copilote 2nd Lt James E. Barnett, le mitrailleur gauche S/Sgt Charles C. Harpin et le mitrailleur dorsal S/Sgt Raymond J. Ouellette.

Outre Samuel Schleichkorn, quatre autres réussiront à s'évader : le navigateur 2nd Lt Lloyd Hermanski, le bombardier 2nd Lt Robert Pritchett, le mitrailleur latéral droit T/Sgt Charles Bowman et le mitrailleur ventral Robert Augustus.

Le rapport E&E 1671 indique que Samuel Schleichkorn saute à environ 2.000 m et se fracture la cheville droite en tombant. Une trentaine de personnes l'observent se mouvoir avec difficulté, d'autant plus qu'il a perdu ses bottes. A une centaine de mètres de lui, un homme lui fait signe de le suivre et il le rejoint avec peine pour se voir remettre un vélo. On le fait s'y asseoir avant de le pousser vers un bois proche où il reste couché pendant environ 10 heures, humectant son pied avec des cartes mouillées de son kit d'évasion. Des patrouilles allemandes avec chiens circulent dans les bois et certains soldats passent à quelques mètres de sa cachette, heureusement sans le voir. Dans le n°51 du "Souvenir Perwézien", Etienne Balza, historien local, rapporte que c’est Georges FLABAT qui a pris Schleichkorn sur son vélo et l’a conduit dans les bois de Malèves où il est revenu le chercher à minuit. De là, l’aviateur a été conduit en voiture à Gembloux pour y être soigné, Schleichkorn "fêtant là ses 23 ans" (erroné, car né au mois de juillet…) Cet article indique que quelques jours plus tard il fut confié au Front de l’Indépendance (F.I.) de Perwez où il rejoignit le reste (= en fait quelques membres seulement) de son équipage qui avait été recueilli par d’autres personnes.

Son rapport se termine avec la mention que par la suite, trois Belges le portent vers une ferme où il arrive vers 04h00 du matin et que le jour suivant, son évasion est organisée. Selon des renseignements communiqués par notre ami, le regretté Régis Decobeck, Schleichkorn ainsi que ses co-équipiers Hermanski, Bowman et Pritchett sont initialement pris en charge par une section de l'Armée Secrète de Perwez dirigée par Oscar LENGLEZ du 35 Rue de la Station à Perwez. Etienne Balza, historien local, rapporte que les deux hommes accompagnant George FLABAT étaient Joseph RAISON et Georges BOQUIN. Ces deux noms sont repris à la liste des Helpers belges, le premier comme Sergent de l’Armée Secrète au château de Malèves (Perwez) et le second habitant au 6 Rue de l’Intérieur à Orbais. [Selon des informations reçues en février 2014 de Madame Rita Bombaerts, fille de Louis MANDELAIRE, c’est ce dernier qui est arrivé le premier, à vélo, sur les lieux du crash, ayant entendu le vacarme depuis sa maison toute proche. Il a enterré le parachute de Schleichkorn et a vu arriver peu après Joseph RAISON et Georges BOQUIN. Selon cette source, ces 3 hommes ont alors conduit Schleichkorn chez Georges FLABAT. Louis MANDELAIRE, 22 ans à l’époque, était jardinier au château de Malèves, tout comme Joseph RAISON, les deux hommes faisant partie de la Résistance locale. Madame Bombaerts ajoute que son père n’a jamais cherché les honneurs et a toujours été très discret sur ses activités dans la Résistance.]

Dans son rapport d'évasion, Schleichkorn mentionne qu'il a logé cinq jours chez Georges FLABAT et son épouse Rosa, née VANDERMEUSE, à "Orbay" (de la rue du Moulin à Orbais) qui lui procurent des vêtements acquis par une organisation. A noter que Georges FLABAT est erronément repris comme Georges "Flaltz" à cette adresse à la liste des Helpers belges. Dans un article du journal "Le SOIR" du 13 avril 2004 rédigé suite à la visite de Gilbert Schleichkorn / Shawn en Belgique, il a mentionné au journaliste Christian Sonon que c’est Georges FLABAT qui travaillait dans son champ près de l’endroit où il avait atterri qui a été le premier à l’aider. FLABAT l’a immédiatement conduit dans un bois et, ayant difficile à mémoriser et prononcer le nom de l’aviateur, il l’a appelé "Président Roosevelt" et lui a dit que ce serait sous ce nom-là qu’il serait appelé au retour de FLABAT par après. En effet, vers 3 heures du matin, Georges FLABAT revient dans le bois, crie "Président Roosevelt", ce qui fait sortir Schleichkorn de sa cachette, le pied cassé, pour être conduit, porté par FLABAT sur son vélo, jusqu’à la maison de la famille. Il y est mentionné également que, pendant son séjour, les filles FLABAT, Maggie et Marcella, 10 et 12 ans à l’époque, l’ont un jour pris par la main pour le faire passer l’air de rien dans la rue devant les Allemands.

L’historien Etienne Balza mentionne que Schleichkorn fut hébergé en cachette par le juge ROMAIN et que le docteur DELFOSSE, ancien médecin militaire, se chargea de lui apporter des soins, tandis que les Allemands cherchaient encore le parachutiste à Orbais et environs. Il pourrait s’agir du Docteur DELFOSSE, de la Rue Saint-Roch à Perwez, dont le nom figure à la liste des Helpers belges.

Le rapport d’évasion de Schleichkorn indique qu’après son séjour chez les FLABAT, il est conduit chez une Mme M. PEETERS, "Rue de la Chavoloi" à Gembloux (vraisemblablement Chaussée de Charleroi) où il reste 3 semaines et demi, y étant soigné par trois médecins qui diagnostiquent une fracture du pied. Son rapport poursuit en disant que "les FFI" (des maquisards belges du F.I., en fait) l'ont déplacé à Tourinnes-Saint-Lambert où il est hébergé deux jours par Felix "Quientin" (il doit s’agir à notre avis d’Alphonse QUINTEN de Tourinnes, peut-être surnommé Félix, car c’est le seul patronyme approchant dans la liste des Helpers belges) et huit jours par Arthur HAIRSON. De cette dernière cachette, il est emmené en charrette à cheval jusqu'au 35 Rue de la Station, à Perwez, chez Mr et Mme Oscar LENGLEZ et leur famille où il séjourne pendant environ un mois (confirmation des informations de Regis Decobeck). Entretemps, il rapporte passer trois jours par semaine avec Léon BOZART, chef de la gendarmerie de Nil-Saint-Vincent (il ne précise pas si c'est chez lui ou si c'est BOZART qui lui rend visite chez les LENGLEZ). La liste des Helpers belges reprend Léon BOZART à la Rue Neuve Niole à Maredret Sosoye (province de Namur) et mentionne aussi bien Oscar LENGLEZ que "Mme S. LANGLEY" au 35 Rue de la Station à Perwez…

Le rapport de Schleichkorn ne le renseigne pas, mais sur ses faux papiers confectionnés par la Résistance, il était repris comme Charles Dupont, né le 4 mai 1915 à Gembloux et employé des eaux à l'administration communale de Perwez.

De Tourinnes, l'organisation le conduit en voiture jusqu'à Namur où il reste trois jours chez M. Louis DENIS, 45 "Rue de la Waterloo" (= 45 Chaussée de Waterloo, l’adresse mentionnée pour lui et son épouse Simonne, née BOKIAU, à la liste des Helpers belges). DENIS le guide jusqu'à Malonne où il loge pendant huit jours avec deux autres aviateurs chez René DENIS, charbonnier ("Malpa"), installé sur la Place du Malpas dans cette localité. Il quitte alors cette maison à vélo, accompagné d'un ou d'une guide, change deux fois de guide en cours de route avant d'arriver à Beauraing. Là, il dort une nuit dans une cabane avant de poursuivre vers un camp près de Jehonville (c'est le camp Marathon d'Acremont).

Après neuf jours, il est transféré vers le camp de Porcheresse où il est caché avec 23 autres aviateurs. Dans l’Appendix C de son rapport, il précise que c'était une Mme BELLEY, de Daverdisse, qui les approvisionnait en nourriture et qu'il est resté dans ce camp environ un mois. Il cite aussi le chef du camp, "M. Emile, 81, Rue Laverne, Brussels" (c'est Emile ROISEUX, dit "Jérome" ou "le plombier" et habitant 81 Rue de Livourne à Ixelles) qui les a menés sans incident vers le camp n°3 à Porcheresse où d'autres "excellent people" les ont aidés. Il en cite de la région, ainsi que d'autres de Bruxelles :

Il ajoute que Madame "BUFFUIE" (la liste des Helpers belges reprend Mme Alvina BOUFFIOUX-PREVOT, 11 Rue Adolphe Damseaux), marchande de charbon à Gembloux, lui a aussi été d'une grande aide, ainsi que François VANDENBERG et son père, d'Orbaix, qui, ayant emporté son parachute, se sont fait arrêter pour cela (sans autres détails).

A noter que, comme dans le rapport de Pritchett, celui de Schleichkorn reprend des noms de helpers qu'il n'avait pas cité lors de la rédaction de l'Appendix "C", à savoir : Jacques PINARD, 2 Rue du Commerce, Bruxelles, et Jules CASSART, exploitant forestier à Redu.

Samuel Schleichkorn a changé de nom après la guerre et est devenu Gilbert Samuel Shawn. Il est revenu en Belgique après la guerre et pour la dernière fois en avril 2004 et a assisté, 60 ans après, invité par la commune de Perwez, à l’inauguration le 10 avril d’une stèle à l’endroit du crash au lieu-dit Tiège Gobart (rue du Culot). Le placement de cette stèle est dû à l’initiative du perwézien Etienne Balza, cité plus haut, qui avait rendu visite à Gilbert Shawn en Floride, ainsi qu’à la collaboration du Cercle Historique de Perwez et notamment de Gauthier Maniquet. Gilbert Shawn eut aussi le plaisir de retrouver Maggie et Marcella, les deux demoiselles FLABAT dont les parents étaient décédés en 1984. Gilbert se vit aussi remettre par Nicolas Clinaz, habitant Sart-Dames-Avelines, une caissette contenant des pièces ayant appartenu à son B-24 et qu’il ramena aux Etats-Unis où il devait malheureusement décéder un an plus tard.


Photo de la stèle, prise par Paul Van Caesbroeck en 2006
(source : http://www.aviationheritage.eu/nl/node/3135)

Sam Schleichkorn figure sur la photo ci-dessous, qui a été prise par Gaston MATTHYS et montre des aviateurs alliés à "La cabane des chasseurs" au camp de Daverdisse-Porcheresse en août 1944, un refuge de l'opération Marathon au cours de laquelle les aviateurs alliés étaient rassemblés dans des camps dans les Ardennes belges et en France. Merci également à Régis Decobeck pour cette photo, de même qu’à Marie-Claire-Roiseux-Vienne, fille d’Emile Roiseux, pour les photos de la cabane.


La cabane des Chasseurs au camp de Daverdisse en août 1944.


La cabane en 1978 et 1984.


Photo de retrouvailles après la guerre - Extraite de « Malèves-Sainte-Marie-Wastines se raconte –
1900-2000 » par Gérard HORION et Gabriel PIÉRARD.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters