Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 19avril 2015.

Harold Treadwell SHEETS / 35374532
3373 West 10th Street, Indianapolis, Indiana, USA
Né le 18 septembre 1914 dans l’Indiana / † le 1er août 1981 à Indianapolis, Indiana, USA.
Sgt, USAF 96 Bomber Group 338 Bomber Squadron, mitrailleur latéral droit
Lieu d’atterrissage : près de Quévaucamps, Hainaut, Belgique
Boeing B-17F-BO Flying Fortress (Forteresse Volante), n° série 42-30372, MZ-P / "Shack Rabbit III", abattu le 20 octobre 1943 par un chasseur allemand FW190 lors d'une mission sur Düren .
avion écrasé en deux parties la queue à Hensies et la carlingue à Quevaucamps (Entité de Beloeil)
Durée : 4 semaines
Passage des Pyrénées : le 19 novembre 1943.

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 1017. Rapport d'évasion E&E 273 disponible en ligne.

L'appareil (qui était assigné au 413 Bomb Squadron) décolle de la base de Snetterton Heath. A l'approche des côtes du Continent, à 8.000 m d'altitude, le surcompresseur du moteur n° 4 a des ratés et le pilote Bob Grimes doit mettre cette hélice en drapeau. L'avion parvient cependant à rester dans la formation, en dernière position. Le temps est mauvais sur la Belgique et la formation doit prendre de la hauteur pour passe au-des des nuages, ce que le " Shack Rabbit III " ne peut faire avec seulement trois moteurs. Au moins six chasseurs allemands Fw190 attaquent alors l'appareil esseulé. Le moteur n° 2 est touché et Grimes, qui a de plus en plus difficile à contrôler l'appareil qui perd davantage d'altitude, donne l'ordre d'évacuer.

Quatre hommes perdront la vie, le copilote 2nd Lt Arthur Charles Pickett, dont le parachute ne s’est apparemment pas ouvert ou ses sangles se sont emmêlées, l’aviateur tombant sur une maison à Harchies et perdant la vie quelques minutes après sa chute ; l'opérateur radio T/Sgt Frederick William MacManus, atteint d’une balle à la tête, décédé à bord ; le mitrailleur gauche S/Sgt Jerome Chester Nawracaj (qui aurait trouvé un vélo peu après son atterrissage, mais aurait été dénoncé le 21 octobre par une femme à laquelle il avait demandé son chemin. S’éloignant rapidement à vélo, il aurait été abattu, atteint au dos par des soldats allemands) et le mitrailleur arrière S/Sgt George Carl Janser, bloqué dans la queue de l’appareil qui se détache après une explosion.

Harold Sheets et cinq autres parviendront à s'évader : Robert Grimes, Robert Metlen, James McElroy, Charles Carlson et Théodore Kellers.

Sheets, blessé à la tête par un éclat d’obus, se tord les deux gros doigts de pied et a les talons meurtris lors de son atterrissage. Il avait aperçu un petit village en descendant et atterrit tout près, entouré d’une foule. On l’aide à se débarrasser de son parachute avant qu’il soit emporté. Un homme parlant anglais s’adresse à Sheets et Metlen, qui l’a rejoint entretemps, et leur dit de se rendre à une maison dans le village. C’est la demeure du bourgmestre où ils enlèvent leurs uniformes et revêtent des vêtements civils que leur fournit l’anglophone.

On leur dit de se rendre à un château proche et d’y remettre une note écrite. Ils sont suivis par une jeune fille à vélo. Ils frappent à la porte de ce qu’il leur semble être un vieux château. Avant qu’on leur ouvre, un homme accourt et leur dit de ne pas rester là, et de le suivre. Il les guide jusqu’à un bois où ils sont rejoints par un autre homme. Alors qu’ils traversent un endroit découvert, ils sont survolés à basse altitude par deux chasseurs allemands Fw190 (décollés de la base toute proche – actuellement Chièvres) vraisemblablement à leur recherche. Les deux hommes les quittent, reviennent avec de la nourriture et, dans le courant de l’après-midi, Sheets et Metlen consultent leurs cartes et boussoles, se disant qu’ils se mettraient en route à pied le lendemain avec l’Espagne comme destination.

D’autres gens arrivent, leur apportent à manger et d’autres vêtements et l’un d’eux leur échange l’argent français de leur trousse contre de l’argent belge. Dans la soirée, l’homme qui les avait cachés en premier lieu revient et les mène dans son village et les fait entrer chez lui. Plusieurs jeunes hommes arrivent alors pour les prévenir de ce que les Allemands fouillent le village de maison en maison. Ces jeunes gens les emmènent dans les champs où ils leur donnent des vélos. Cette nuit-là, Sheets et Metlen pédalent jusqu’à une maison dans un autre village où ils logent pendant 3 jours avant que leur évasion puisse être organisée. Là s’arrête la partie dactylographiée du rapport.

On peut cependant discerner quelques détails supplémentaires dans la partie manuscrite (notée par l’interviewer) : Le lendemain, donc le 21 octobre, Sheets et Metlen arrivent à un village. On devine le nom de François L……, époux d’Olga et père de deux enfants, à Leuze. [Il s’agit de François LEULIER, à Willaubois / Tourpes (Leuze).] C’est chez eux que Sheets et Metlen passent ces 3 jours, pendant lesquels on leur annonce l’arrivée de d’un homme de Bruxelles. L’homme arrive le lendemain, il parle anglais et leur présente un jeune étudiant « François DUNHAVIE », qui leur demande s’ils ont des photos pour confectionner des faux papiers. Ils n’en ont pas reçu avant leur départ en mission et le jeune homme revient le lendemain pour les prendre en photo.

Le 24 ou 25 octobre, on les prend (en camion ?). Le véhicule est impliqué dans un accident dans une rue de village et ils doivent poursuivre à vélo leur route vers Leuze où ils sont cachés pour la nuit dans une cabane de jardinier. Le lendemain on les mène chez un boucher, André et son épouse avant d’être conduits en voiture jusqu’à Basècles où ils sont logés chez un oncle et une tante de DUNHAVIE.

Le rapport de Sheets reprend le nom d’ «Henri NELL», guide dans l’organisation, qui leur annonce alors qu’ils devaient attendre l’arrivée de quelqu’un qui les mènerait à Bruxelles. «NELL» devait rechercher une planque où l’organisation pourrait les placer. Dans l’après-midi, Sheets et Metlen passent à travers Ath et arrivent à Bruxelles où il semble qu’ils passent 2 nuits dans une maison appartenant au comte CORNET et où, en compagnie de «NELL», ils rencontrent le baron de Sélys. La maison se trouve en face de l’ambassade d’Allemagne, selon le rapport de Sheets, et la baronne leur dit qu’il ne serait pas prudent de loger là la nuit, des rafles ayant souvent lieu dans le quartier. Ils logent donc ailleurs cette nuit-là et reviennent à la maison du baron dans la matinée.

Le frère du comte CORNET arrive alors dans l’après-midi, après quoi une jeune femme les mène dans le parc d’un musée pour rencontrer le chef de l’organisation, 47 ans, portant lunettes. Il conduit Sheets et Metlen chez le photographe Raymond VIGNOBLE, 2 Rue du Bemel à Woluwé-St Pierre. Des photos sont prises et les deux aviateurs passent la nuit dans la maison du baron, faute d’un autre endroit. Ils revoient le chef le lendemain, repassent chez le photographe avant de passer 3 nuits ailleurs (sans précisions).

Ils reçoivent leurs faux papiers la veille de leur départ et le lendemain dans l’après-midi, VIGNOBLE les guide jusqu’à une gare où ils rencontrent à nouveau le chef. VIGNOBLE les quitte, tandis que les aviateurs et le chef attendant l’arrivée d’une dame (Aline DUMONT – « Lili » - « Michou »), qui arrive avec deux autres aviateurs, Raymond De Pape et Reginald Cornelius

On mentionne que Cornelius était parvenu à échapper à la capture, organisée par un traître au doigt coupé (Prosper DE ZITTER) et connu de Jarvis Allen, parti plus tôt vers l’Espagne.

Vers le 5 novembre, donc, Lili DUMONT accompagne les aviateurs vers la frontière française. Ils prennent séparément le train pour Mons, puis vont en tram jusqu’à Rumes sur la frontière. Là, De Pape et Cornelius sont séparés de Sheets et Metlen, dont nous savons qu’ils passent en France depuis Erquennes grâce à François BOURLARD de Froyennes et Georgette DIEU, d’Erquennes.

Le rapport de Sheets indique qu’un docteur (vraisemblablement le Dr Aimé COLSON de Bavay) arrive en voiture, que Sheets (et Metlen) sont alors accompagnés par l’épouse d’un garde-frontière et son frère; qu’ils passent la frontière et arrivent à une petite ville. Le groupe est divisé et chaque aviateur est placé à un endroit différent pour la nuit. On lui / leur procure des tickets de train et le lendemain matin, 7 novembre, ils prennent le train pour Paris avec un/une autre guide et « ne voi(en)t plus les Anglais par la suite ».

Ils sont plus que probablement guidés à et dans Paris par Henri Neuman, mais Sheets ne donne pas de noms, disant simplement qu’ils ont d’abord suivi un homme, puis un autre. Ce dernier leur pose quelques questions puis les mène auprès de «Mme CHARMAINE», 42 ans, les cheveux teints, parlant anglais, ayant habité Quantico aux Etats-Unis et dont le mari est aux Indes. Ceci nous indique qu’il s’agit de Germaine BAJPAI, née FLACHET. Ils suivent Germaine en métro, descendent à une station, puis reprennent une rame en sens inverse pour descendre à la même station que celle où ils étaient montés en premier lieu et arrivent ensuite à un appartement au 3ème étage duquel vit une veuve ainsi que son fils et sa belle-fille. Le fils est chef de salle dans un café et les aviateurs, auxquels on dit que Kellers est passé par l’appartement quelques jours auparavant, remarquent que l’endroit sert de dépôt de marchandises provenant du marché noir.

Metlen part le 12 novembre et arrivent alors deux autres aviateurs, le Squadron Leader Walter Wallington et un américain que Sheets n’identifie pas mais qui est Leon MacDonald. Comme Wallington, Sheets est également aidé à Paris par Odile HOCHEPIED et Marianne McCONNEL.

Le rapport de Sheets indique que le 14, Wallington (qui, lui, mentionne le 12…), MacDonald et lui sont guidés par Germaine BAJPAI jusqu’à la station de métro Porte d’Orléans, où ils rencontrent le chef de l’organisation (Jacques LE GRELLE, alias «Jérôme»). Germaine leur indique où prendre contact avec leur guide féminin, une très petite dame (Marcelle DOUARD ?)

Sheets voyage de Paris à Bordeaux en compagnie d’une femme et de Henri Neuman…qui pourrait être le « Henri NELL » mentionné plus haut et dont le nom figure tel quel dans le rapport de Sheets ainsi que dans la liste des Belgian Helpers établie après la guerre, le seul détail y apparaissant près de ce nom étant « Bruxelles », sans plus… la source étant vraisemblablement le rapport de Sheets…

Rejoints par après par Ralph Smith et William Booth, ils arrivent à Bordeaux où Wallington indique qu’il revoit Metlen et où ils sont confiés à un agent belge (« FRANCO » - Jean-François NOTHOMB) dont Wallington entend par la suite qu'il fut pris et abattu par la Gestapo peu après, ce dernier point n’étant pas exact. Jean-François NOTHOMB les conduit à Dax, où ils reçoivent des vélos pour un trajet de 53 Km vers une petite ferme juste au dehors de Bayonne. Ce groupe est guidé depuis Bordeaux en train par Marcel ROGER, puis par ce dernier, à vélo, depuis Dax, avec Jeanine DE GREEF et Denise HOUGET qui les mènent à l'auberge Larre de Marthe MENDIARA au quartier Sutar au sud d’Anglet et où ils dorment une nuit.

Harold Sheets franchit les Pyrénées en compagnie de Henri Neuman, Walter Wallington, Ralph Smith et de William Booth avec les seuls guides basques de Pierre ELHORGA dans le 72e passage de Comète par Larressore et Jauriko borda : Pierre ETCHEGOYEN, Pierre et Baptiste AGUERRE et Jean ELIZONDO.

Cette traversée des Pyrénées dure huit heures et demi. A un certain moment, Smith s'effondre. Ils franchissent la frontière le 19 à 02 heures 30 et se reposent dans une ferme (Jauriko borda). On leur conseille de se rendre à la police, mais ils essaient de prendre un taxi puis de louer les services d'un camion. Le temps étant épouvantable, ils vont se déclarer à la police à Urdax. Ils sont alors placés dans le petit hôtel local jusqu'au 23 novembre.

Ils voyagent alors sous escorte à Irun et contactent le consulat de San Sebastian. Le 04 décembre, un officier aviateur espagnol les emmène à Saragosse. Le lendemain, ils poursuivent vers Alhama de Aragon, où ils restent quelques jours. Dans le rapport d’Harold Sheets, il est indiqué qu’il arrive à Madrid le 14 décembre et à Gibraltar le 15, qu’il y est interrogé le 16 et qu’il quitte Gibraltar par avion le 18, arrivant le même jour à Bristol en Angleterre.


Mot de remerciement de Sheets dans le carnet de Pierre Elhorga.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters