Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 4 février 2019.

Paul Frederick SHIPE / 33152998
234 S, Second Street, Shamokin, Pennsylvannie, USA
Né à Bear Gap, Pennsylvanie, le 27 juillet 1918 / † 22 janvier 1992 à Danville, Pennsylvanie, USA
St/Sgt, USAAF 381 Bomber Group 534 Bomber Squadron, mécanicien et mitrailleur dorsal
Lieu d'atterrissage : près de Houthem, à environ 6 km au nord-est de Maastricht, Pays-Bas. Boeing B-17F Flying Fortress, n° série 42-3227, GD-G abattu le 17 août 1943 lors d'une mission sur Schweinfurt.
Écrasé près de Obsinnich, Fourons / Voeren, Belgique, au sud-est de Maastricht.
Durée : 10 semaines
Passage des Pyrénées : le 5 novembre 1943

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion : Missing Air Crew Report - MACR 661. Rapport d’évasion E&E 237 (disponible en ligne).

Le B-17 décolle de Ridgewell et, en route vers l’objectif, à hauteur de la frontière belgo-hollandaise, il est attaqué par des chasseurs allemands. Le moteur n°1 est touché et mis en drapeau, le n°2 est en feu et le B-17 est aperçu chutant vers le sol, son équipage l’abandonnant en parachute.

Outre Paul Shipe (la présente page), l’équipage comprend : Harry Horton, le pilote Hamden L. Forkner, le Copilote Joseph A. Kelly, le navigateur Robert E. Hyatt, le Bombardier Edwin L. Vincent, l’opérateur radio Chester E. Shattuck, le mitrailleur ventral Ralph E. Stease, le mitrailleur gauche Edward F. Sobolewski et le mitrailleur arrière Lin F. Chew. Comme Shipe et Horton, leur pilote, Hamden Forkner (E&E 2192) et le mitrailleur Edward Sobolewski (E&E 331) parviendront à s’évader, le premier, caché à Maastricht jusqu’à la Libération, le second, comme Horton, évacué via la Bretagne. Les autres seront faits prisonniers.

Paul Shipe saute à environ 1800 m du sol, atterrit dans un champ au bord d’une rivière (vraisemblablement la Geul) et aperçoit des gens à quelque distance, tous lui criant après. Il les ignore, s’éloigne, dissimule son parachute et ses bottes de vol dans un buisson. Il traverse un pont (probablement sur la Geul) et se trouve confronté à un tas de gens qui lui crient "Deutsch", "Allemand"… Comme il ne les comprend pas, il s’éloigne, suivi par des enfants. L’un d’entre eux, un garçon, lui demande avec insistance s’il est Allemand ou Hollandais. C’est en tout cas ce que comprend Shipe, qui finit par lui dire qu’il est Américain. Le garçon lui pose alors la main sur le bras et lui dit qu’il peut l’aider. Shipe le suit en quittant la route, le garçon le fait se cacher dans un buisson d’une petite colline au bord du ruisseau et Shipe comprend qu’il doit attendre son retour avant de bouger.

Quelques minutes à peine après le départ du garçon, des policiers arrivent dans le coin. Il voit l’un d’eux trouver son parachute et ses bottes et l’entend appeler ses collègues près de lui. Des villageois se joignent bientôt aux policiers et tous fouillent le long du courant. Un villageois lui marche presque dessus et Shipe se persuade qu’il avait remarqué sa présence mais ne dira rien aux policiers à sa recherche. Les policiers s’éloignent finalement, sauf deux d’entre eux, dont l’un patrouille le long de la route tout près de la cachette de Shipe, l’autre restant en faction sur le pont. Après 1 heure, un officier allemand rejoint ce dernier. Les deux hommes discutent pendant ½ heure, l’officier tirant en s’éloignant quelques coups de revolver dans les buissons vers le haut de la colline, au-dessus de la cachette de Shipe.

Les policiers poursuivent leurs patrouilles et au crépuscule, le garçon revient le trouver en rampant dans les buissons. Voyant l’un de ses camarades distraire les policiers en bavardant avec eux, Shipe interprète certaines attitudes comme une preuve que les policiers doivent savoir où il se trouve et qu’il a donc ses chances. Le garçon venu près de l’aviateur lui donne une montre, pointe 22h00 sur le cadran, indiquant qu’il reviendrait vers sa cachette à cette heure-là. A l’heure dite, le garçon réapparaît, accompagné de 3 hommes, dont 2 avec des vélos. Les 4 hommes, deux sur chaque vélo, roulent alors vers une ancienne carrière à quelques centaines de mètres de là (à Geulhem) où Shipe enfile des vêtements civils. Le groupe pédale ensuite vers Heerlen, à une quinzaine de km vers l’est de Houthem, où l’un des hommes, un lieutenant du corps des pompiers, le mène à une maison où Shipe passe la nuit. Son évasion est dès lors organisée.

Dans l’après-midi du 18 août, quelques pompiers arrivent en automobile, emmènent Shipe auprès d’un homme qui confie l’aviateur à Jan MULDERS (qu’il rapporte avoir été dans l’Armée des Pays-Bas et échappé deux fois de prison). Shipe déclare être resté quatre semaines dans la ferme de ce MULDERS (dont on ne trouve pas trace dans la liste des Helpers néerlandais établie après la guerre). Durant son séjour, le lieutenant des pompiers (Charles BONGAERTS ? Gerard COUWENBERGH ?) lui amène deux jeunes filles et un jeune homme nommé "FAHNSTAHN"… Shipe refuse de répondre aux questions posées par les deux femmes et FAHNSTAHN prend Shipe en photo, lui annonçant qu’il reviendrait avec de faux papiers. Au bout de 4 semaines, Shipe, trouvant qu’il avait un peu trop de visiteurs, demande au lieutenant de le déplacer. Le lieutenant lui apprend que FAHNSTAHN et les deux jeunes filles appartenaient à une organisation, qu’ils avaient aidé sept aviateurs, mais que ces derniers avaient tous été arrêtés et que les 3 jeunes gens gardaient dès lors un profil bas. Note : il n’y a aucun FAHNSTAHN – ou patronyme approchant – dans la liste des Helpers néerlandais. Il s’agit peut-être de la prononciation à l’américaine d’un "van Staan", "van Stein"… impossible de vérifier.

Le lieutenant conduit alors Shipe chez "CHARLOTTE", la fille du chirurgien en chef de la clinique de Heerlen (voir ci-dessous). Après une semaine passée là, il voit CHARLOTTE revenir d’Amsterdam où elle allait lui chercher de faux papiers. Elle lui apprend que là-bas, tout a été démantelé (arrestations) et elle demande au lieutenant de trouver une autre planque pour Shipe, elle-même devant se cacher ailleurs. Le lieutenant et un homme identifié seulement comme "JACK" guident Shipe vers la maison de "Mr and Mrs Becker" (il doit s’agir de Victor BECKERS et son épouse, au 15 Eymaelstraat à Heerlen). Par recoupement, nous avons pu retrouver que le chirurgien de Heerlen pratiquait au Sint Josephziekenhuis. Il s’agit du Dr Karel Clemens VAN BERCKEL, né en 1892, époux d’Eleonora et père de Charlotte VAN BERCKEL. Le médecin, arrêté à l’aube du 24 août 1944 par la SIPO à son domicile, 42 Welterlaan à Heerlen, a été fusillé le 5 septembre 1944 au Kommando de Vught, près de ‘s Hertogenbosch (Herzogenbusch) en Hollande. Sa fille Charlotte (1922-2014) est arrêtée en début 1944 dans un train du côté de Perpignan en France, alors qu’elle convoyait quatre aviateurs évadés. Elle sera déportée en Allemagne mais reviendra du camp de Ravensbrück en mai 1945. Les van BERCKEL sont renseignés comme appartenant au Groupe dirigé par le pompier Charles BONGAERTS…

Paul Shipe reste loger dix jours chez les BECKERS à Heerlen, tandis que JACK prend contact avec quatre organisations différentes. Shipe apprendra plus tard que l’une d’entre elles s’était occupée de son coéquipier Sobolewski. Shipe opte pour la 4ème filière, exfiltrant vers l’Espagne. Le 8 octobre, deux hommes le guident vers une maison où il rencontre un sergent de police, qui emmène Shipe à 6 km de là vers une propriété gérée par une compagnie d’assurances. Il y reste deux nuits, le policier le guidant alors vers Weelde, en Belgique, après avoir traversé la frontière. De là, un "SCHMIDT, habitant à Utrecht" le guide à Bruxelles et le ramène le lendemain à Baarle-Nassau en Hollande. Là, le 12 octobre 1943, ils vont dans un commissariat de police où ils rencontrent un ami de SCHMIDT ("DIRK"), trois résistants hollandais et un prêtre. Un policier leur dit de revenir le 15 et le groupe va se réfugier entretemps chez SCHMIDT à Utrecht. Le 15, retour à Baarle-Nassau, où Shipe et d’autres (il ne précise pas qui) sont rejoints par 3 Anglais et un résistant hollandais avec lesquels ils font le voyage vers Bruxelles. Le rapport de Shipe ne fait pas mention du fait qu’il est passé de Hollande en Belgique par le gendarme hollandais (Maréchaussée) Karst SMIT, ni qu’il est accueilli et guidé ce 15 octobre à Bruxelles par Ernest VAN MOORLEGHEM. Les archives du Groupe EVA nous apprennent que les deux hommes ont été réceptionnés par EVA le 15 octobre par Charles HOSTE et Prosper SPILLIAERT.

Dans son rapport, Shipe indique qu’arrivé à Bruxelles, il est interrogé dans une maison par un homme et une femme, avant d’être emmené par "Gaston" (Gaston MATTHYS) en même temps que Herbert Penny vers une autre maison à Bruxelles, où les 2 aviateurs restent 5 jours. [Archives EVA : Shipe et Penny sont conduits par Charles HOSTE chez l'instituteur Hector LEPLAT et son épouse Irma WECKSTEEN au 96 Rue Rubens à Schaerbeek où ils logent jusqu'au 19 octobre]


Mot de remerciement de Shipe aux Leplat.

Penny, Irma (mère de Simone), Shipe et Hector Leplat dans le jardin à Bruxelles.

Toujours selon Shipe, Penny et lui sont alors transférés de l’organisation belge vers une autre, Britannique… Les deux hommes sont interrogés par une dame appelée "Anne" (il s’agit d’Anne BRUSSELMANS) avant que "Lilly" (Aline DUMONT - "Michou") les guide chez le graveur "Pierre" [Archives EVA : il s’agit de René PIRART et son épouse Florentine DE WIT, 8 Rue des Tournesols à Anderlecht] chez qui ils restent jusqu’au 26 octobre. On leur y remet des cartes d’identité françaises et ce même jour, ils sont conduits par Mme PIRART à la gare du Midi à Bruxelles et partent en train pour Paris où "Germaine" (Germaine FLACHET) et un homme les prennent en charge.

Shipe est alors séparé de Penny, pour aller dans un appartement où il reste 6 jours, séjour durant lequel Germaine y amène John Dix. Selon le rapport de Dix, cet appartement était celui de Georges et Lucienne SANTUS, bouchers au 11bis Rue Pierre Demours, Paris XVIIe.

Le 1er novembre, Shipe et Dix sont pris en charge par une "girl" (Marcelle DOAURD) qui les conduit en train jusqu’à Bordeaux. Là, elle les confie à un homme qui les accompagne en train jusque Dax. Arrivés à Dax, on leur donne des vélos et Shipe et Penny, qu’il retrouve là, sont alors rejoints par Jackson Clary et James Berry.

Après une nuit au restaurant Larre de Sutar, dans la banlieue de Saint-Jean-de-Luz, tenu par Jeanne VILLENAVE (Mme MENDIARA), ils sont guidés par des hommes de Pierre ELHORGA jusqu'à la frontière espagnole. Shipe, Penny, Clary et Berry la franchissent par Larressore et Jauriko borda avec un guide seul, de l'équipe de Pierre ETCHEGOYEN pour le 67e passage de Comète. Le trip dure deux jours et ils arrivent près d'Irun. Ils passent 2 à 3 jours chez des policiers espagnols.


Mot de remerciement de Shipe dans le carnet de Pierre Elhorga.

Paul Shipe arrive à Gibraltar le 28 novembre et y est interrogé avant d’être envoyé en Angleterre par avion le lendemain. Arrivé à Bristol le 30, il est transporté à Londres où il est interviewé par le MI-X pour l’établissement de son rapport.

Merci à Jacques Leplat pour ses photos de famille.

Décédé en 1992, Paul Shipe repose au cimetière de Columbia Hill, Montour County, Pennsylvanie.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters