Aviateurs de l'opération Marathon

Dernière mise à jour le 18 novembre 2015.

Edward TAPPAN / O-762019
Box 452, Route 2, Tucson, Arizona, USA
Né le 9 août 1921 en Caroline du Nord, USA / † 10 octobre 1996 à Sonoita, Arizona, USA
2nd Lt, USAAF 801 Bomber Group 36 Bomber Squadron, copilote
Atterri près de Neuvy-en-Beauce, à 10 km au Nord de Janville, Eure-et-Loir, France.
Boeing B-24D-165-CO Liberator N° série : 42-72873 Immatriculation : RU-S, abattu par un chasseur Me110 dans la nuit du 4 au 5 juillet 1944 lors de la mission "Ventriloquist 35" de parachutage d'armes et de matériel aux maquisards du Loir-et-Cher (revendiqué par l'Hptm Fritz Söthe du II.4/NJG4).
Les débris de l'appareil s'écrasent dans un champ au lieu-dit Champbriault à Trancrainville, Eure-et-Loir, France.
Durée : 5 semaines.
Camps Marathon : Fréteval.

Informations complémentaires :

Le rapport de perte d'équipage relatif à la perte de cet appareil : MACR 6990. Rapport d'évasion E&E 1016, disponible en ligne.

Le B-24 part seul pour cette 10e mission de l'équipage et décolle de Harrington le 4 juillet à 22h38. Le largage s'effectue sans problème, mais l'appareil est aperçu par des chasseurs allemands dont l'objectif était en fait d'attaquer une formation de Lancaster de la RAF en mission de bombardement sur Orléans et l'aérodrome de Bricy.

A hauteur d'Artenay, le B-24 est touché par des tirs d'un Me110 dont l'un des obus passe entre Tappan et son pilote, le Lt John O. Broten, blessant le poignet de Tappan et allant s'écraser dans le compas de l'habitacle. Un autre projectile atteint le système hydraulique, une épaisse fumée se propage et un incendie se déclare dans la cabine. Le Lt Broten donne l'ordre d'évacuer l'appareil et Tappan actionne l'avertisseur pour donner le signal au reste de l'équipage.

Ed Tappan sera le seul survivant, les sept autres membres de l'équipage trouvant la mort, soit dans le crash, soit parce que leur parachute ne s'est pas ouvert : le pilote John Broten, le navigateur 2nd Lt Roy C. Gehue, le bombardier 2nd Lt Alfred C. Emert, l'opérateur radio S/Sgt William Freidkas, le mitrailleur dorsal S/Sgt Harry L. Sparks, le mitrailleur gauche Sgt Jesse R. Ellis et le mitrailleur arrière Sgt Michael J. Pranzetelli. Il n'y avait pas de mitrailleur ventral ni latéral droit pour cette mission.

L'avion s'étant mis en vrille, la force centrifuge empêche Tappan de sortir de la trappe supérieure d'évacuation. A environ 600 m d'altitude, une violente explosion le propulse hors de l'appareil et lorsqu'il revient à lui, il se trouve adossé à un arbre au milieu d'un champ près de la petite ville de Trancrainville.

Les jambes de son pantalon de vol brûlées, le visage noirci et endolori, il scrute les environs en vue de trouver un abri. S'étant tordu la cheville en tombant, il doit ramper pour aller se réfugier dans un bois voisin où il cache son parachute et son pistolet calibre .45. Tandis qu'il attend le lever du jour, il aperçoit des camions allemands sillonnant la route, manifestement à la recherche de survivants du crash.

Vers 9h00 du matin, arrivent "two Parisians" (il se serait agi de deux dames, selon des sources locales) marchant par là, auxquels il explique sa situation. On accepte de l'aider en allant lui chercher des vêtements civils à Neuvy-en-Beauce avant de l'y mener. Le rapport d'évasion indique que c'est un des amis des deux personnes, qui soigne ses brûlures au visage. Des sources locales mentionnent l'aide d'un M. SEVESTRE qui l'aurait conduit chez Lucienne BALLOT, tenancière d'un café à Neuvy-en-Beauce (dans l'Appendix "C" de son E&E 1016, on mentionne "Mme BOULLARD"). La liste des Helpers français, publiée après la guerre en vue de l’octroi éventuel de récompenses, reprend un Jean SEVESTRE de Louviers (Eure), et confirme les noms de Lucienne BALLOT et Georgette BOULLARD, toutes deux de Neuvy-en-Beauce (Eure-et-Loir).

Des dispositions sont prises pour qu'il puisse loger dans une ferme proche, celle de la famille de Jean-Pierre FAUCON à Neuvy-en-Beauce (qu'il cite également dans son rapport, "Fulcon"). Tappan reste cinq jours chez les FAUCON. Dans une interview de 1994, il mentionne qu'il passe ses nuits dans un grenier, se cachant de jour dans la grange à foin où les enfants de la maison, deux filles de 9 et 14 ans, viennent souvent le visiter pour jouer avec lui à des jeux de questions et réponses, Tappan connaissant assez bien le français.

Tard dans la soirée du 09 juillet, deux résistants viennent le chercher pour le conduire à Baignolet où ils arrivent le 10 à l'aube (il précise dans L'Appendix "C" qu'il s'agit de Pierre BLANCHEMAISON et de "Edmund", ce dernier instituteur à Baignolet). Il reste là jusqu'à la soirée et une jeune fille vient le chercher pour le conduire à Villiers-Saint-Orien. Là, cinq jeunes résistants le font se cacher dans une ferme pendant deux jours.

Dans l'après-midi du 12 juillet, il est guidé à vélo jusqu'à l'approche d'une ville dont il ne se rappelle pas le nom et où vient à sa rencontre un homme qui le prend sur son vélo tandem pour le conduire dans un camp secret dans la Forêt de Fréteval où Tappan rencontre d'autres aviateurs Alliés.

Dans son interview de 1994, Tappan raconte que vers la mi-août, alors qu'il marche en direction de Châteaudun pour aller chercher de la nourriture pour le camp, il aperçoit une jeep de l'armée américaine en avant-garde des troupes du Général Patton. Les GIs le questionnent pour vérifier l'identité de cet homme habillé en civil, coiffé d'un béret et qui se dit pilote américain. La question étant rapidement éclaircie, Tappan rejoint le camp avec des soldats et tous les évadés sont libérés ce 13 août 1944.

Interrogé par l'IS9 à Paris le 15 août 1944, Ed Tappan quitte la France par avion le 16 et arrive le même jour en Angleterre.

Il effectuera encore quelques missions par après, en temps qu'observateur lors d'opérations de ravitaillement en carburant à bord d'avions de transport C-47 pilotés par son frère le Lt Colonel Arthur E. Tappan. Ce dernier était le commandant du 62nd Troop Carrier Squadron et avait participé, entre autres, aux opérations de largage de troupes lors du D-Day le 6 juin 1944 et à celles de Market Garden en Hollande ("Un pont trop loin") en septembre.

En novembre 1944, Ed Tappan rentre aux Etats-Unis et devient instructeur, donnant des cours de pilotage sur B-25 Mitchell à des recrues chinoises. Démobilisé en 1945, il reste en contact pendant quelques années avec la famille FAUCON, qui envoie à Ed et à sa femme Margaret des chemises et blouses confectionnées avec la soie de son parachute.

Des années se passent et le dernier courrier qu'il envoie aux FAUCON lui revient, ces derniers ayant changé d'adresse. En 1994, des recherches pour les retrouver aboutissent, grâce entre autres à Serge BLANDIN qui retrouve une des filles de Jean-Pierre FAUCON (décédé entretemps, de même que l'autre fille). Ed Tappan et sa seconde épouse Germaine (Margaret décède en 1991) seront présents à Trancrainville le 14 août 1994 lors de l'inauguration d'une stèle à la mémoire de l'équipage, placée sur les murs du cimetière communal.


Edward Tappan – Trancrainville – juillet 1994 (photo famille Tappan)

(Photo famille Tappan)

Nos recherches nous ont permis de localiser la famille d’Edward Tappan aux Etats-Unis et trois membres de sa famille, Levi et Steve Tappan, petits-fils de l’aviateur ainsi que Ed Tappan, leur cousin étaient présents à Villebout / Bellande les 28 et 29 juin 2014 à l’occasion des cérémonies du 70ème anniversaire de l’ouverture des camps en Forêt de Fréteval. Guidés par Jean-François Bouchard, fils du premier témoin de la chute du B-24 de Tappan et qui en possède plusieurs pièces dans son petit musée d’objets et documents liés à l’histoire de la guerre dans la région, ils ont pu à cette occasion voir la plaque à la mémoire de l’équipage apposée près de l’entrée du cimetière de Trancrainville. Bouchard les a également menés à Neuvy-en-Beauce pour voir la ferme de la famille FAUCON où leur aïeul avait été caché pendant cinq jours. Les trois Américains ont gentiment refusé d’emporter quelques parties du 42-72783 que Bouchard leur avait proposé, considérant que leur absence aurait dépareillé la présentation de cette collection unique du musée.


Ed, Levi et Steve Tappan devant le monument de Bellande le 28 juin
2014 (photo E. Renière)

Voir aussi les sites à cette page et cette page (dont est extraite la photo de l'équipage). La photo en uniforme du dessus provient d'un article du "Arizona Daily Star" du 29 juillet 1994. Celle en couleurs en combinaison de vol nous a été transmise par sa famille.


L'équipage du Lt John O. Broten à Harrington au printemps 1944. Edward Tappan est debout, le 2ème depuis la gauche.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters