Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 26 juillet 2011.

Gérard Marie Alphonse Emile WAUCQUEZ
Rue Montoyer 65 à Bruxelles
Né le 19 juin 1908 à Ixelles / † ?
Activité en mai 40 : Industriel en contact avec le gouvernement belge à Vichy
Rôle : secours aux réfugiés belges en France, ligne de courrier vers le Portugal
Genre : Renseignement et liaison
Tutelle : Sûreté de l'Etat et SIS
Mission : BALDRICK
Noms de guerre : Brichamart, Baldrick
Parachuté la nuit du 28 février au 1er mars 1942, vers 22 heures, à Marchiennes (entre Douai et Valenciennes, Nord, France).
Passage des Pyrénées : le 10 décembre 1941

Informations complémentaires :

Dossier Archives Notariales Défense 003.269.945

En juillet 1940, Gérard Waucquez remet au vicomte Davignon, ambassadeur à Berlin, un message du gouvernement pour le roi, au sujet des conditions de reddition de l'armée belge en France. A la demande de M. Galopin, gouverneur de la Société Générale de Belgique, il organise une colonne de secours et de rapatriement des réfugiés belges en France. Le 10 août, il remet la réponse de Berlin au gouvernement à Vichy, sur la route de Montpellier. Le général Denis décide alors de laisser à chacun le choix de rentrer ou rester.

Le 02 septembre, la princesse Marie de Ligne lui demande de veiller à l'évasion du capitaine Woolton, petit-fils du Maréchal Douglas Haig.

Le baron Robert Goffinet lui remet un tas de renseignements divers, ainsi que des fonds pour aider l'hébergement clandestin de soldats anglais. Le 10 mai 1941, pour fêter l'anniversaire de l'invasion, Goffinet l'invite à manger chez lui avec James Cromar du 1st Highlander. Goffinet lui remet cinq guinées d'or.

Il rencontre Andrée DE JONGH et Arnold DEPPE avant juillet 1941 via Henriette VAN BELLE, qui était chargée de faire parvenir son courrier en Angleterre via Lisbonne. Ils cherchent à établir une ligne pour faire passer des aviateurs ou des militaires du Corps Expéditionnaire n'ayant pu rejoindre Dunkerke. Waucquez est déjà depuis longtemps en contact avec Frédéric DE JONGH et le réseau Luc.

Le 19 août 1941, Waucquez assiste au premier départ de Andrée DE JONGH avec James Cromar sur un quai de la gare du Midi. Arnold Deppé escorte le Cdt de Moerloose, un aviateur belge, et un capitaine d'infanterie d'Etterbeek, rue Aviateur Thieffry (En fait, il s'agit du Cdt d'aviation Victor Benoidt, époux de Léonie De Moerloose, et de Jean Baudot de la Rue Ramscapelle à Etterbeek. Ils sont encore accompagnés de Julien Roovers et de Marcel Grandjean, deux officiers du Génie).

Il est accosté par un individu bizarre (Il doit s'agir de Victor Demets, un rexiste devenu agent de la SiPo, puis de la GFP et enfin de l'Abwehrstelle, qui avait infiltré le groupe de Deppé depuis la fin 1940. La SiPo voulait aussi capturer Andrée DE JONGH, mais Demets n'a parlé qu'à Deppé dans le hall en provoquant ainsi une surveillance de ce groupe, qui est arrêté à Lille). Il reconduit Mme Benoidt chez elle, et elle lui annoncera le lendemain l'arrestation à Lille de son mari et de ses compagnons.

Andrée DE JONGH ne peut plus paraître en Belgique et reste à Valenciennes chez les MORELLE. Waucquez fera la liaison entre son père et elle. Puisqu'il faut des passeports pour voyager au delà de la Somme, M. De Kinder, le beau-frère du ministre Pierlot lui fournit son passeport renouvelable tous les mois et la société de Gérard Waucquez en imprime 40 chaque mois sur ses presses. La couleur change tous les mois. Les clichés sont réalisés par René PIRART au 8 Rue des Tournesols à Anderlecht, père d'un de ses employés, et le dessinateur Vandervelde imitera les signatures et les cachets des mairies de Saint-Jean-de-Thirose et de Saint-Jean-Pied-de-Port ainsi que les "salvo conducto" pour circuler librement en Espagne. Ce matériel est remis chaque mois à Frédéric DE JONGH.

Le 10 novembre, le baron Goffinet lui demande de trouver "quelqu'un de sûr" pour atteindre le gouvernement belge à Londres. Le roi peut être déporté à tout moment, le prince Charles peut-il gagner le Congo ou l'Angleterre ? Le 14 novembre, Gérard Waucquez se porte volontaire.

Le 30 novembre, il va à Valenciennes vérifier chez les MORELLE et rentre à Bruxelles. Le 05 décembre, le baron Goffinet lui remet un message personnel su papier "pelure", ainsi qu'un blaireau de rasage contenant 40 pages microfilmées.

Le 06 décembre à six heures du matin, Frédéric DE JONGH lui confie Hilary Birk, Howard Carroll, qu'il amène à la gare, et Jack Newton qui est guidé par Waucquez. Il leur remet à chacun deux guinées de la part de Goffinet. Il les guide par Mons jusque Quiévrain.

Les MORELLE et Andrée DE JONGH escorteront chacun un pilote pour passer la frontière. Le groupe prend le train jusqu'à Amiens et y passe une nuit. Ils traversent la Somme en barque, non loin du mémorial australien de 14-18 au Sud de Corbie. Ils prennent ensuite le train à Villers-Bretonneux. Ils arrivent à Paris le matin et prennent le train de 21 heures pour Bordeaux. De là, ils se rendent à Biarritz en un jour, Anglet, Saint-Jean-de-Luz (il leur faudra deux jours pour ce tronçon).

Le 09 décembre, après être passés chez les DE GREEF à Anglet, ils gagnent les Pyrénées à la nuit tombante. Le guide est en tête, suivi des trois pilotes. Leur première tentative de passer la Bidassoa la veille avait été infructueuse, les eaux du torrent étant trop hautes. La nuit suivante, ils passent plus au Sud et traversent sur une passerelle à Endarlaza, à proximité d'une cabane de douane espagnole.

Ils se rendent alors à pied à Irun et se cachent dans un château d'eau pendant que Andrée DE JONGH va à San Sebastian. Ils s'y rendent par train, et les aviateurs ne se rendent pas directement au consulat britannique, surveillé par des gardes civils espagnols. Le 10, ils arrivent à Bilbao et Andrée DE JONGH regagne Bayonne.

Le 12 décembre, le consul Dean met Waucquez en contact avec Luis LIZARRITURRI, du consulat de Belgique à San Sebastian. Le 13, le consul belge (LIZARRITURRI) l'accompagne en voiture puis en train à Montforte (Monforte de Lemos ?), d'où il gagne la frontière portugaise en taxi. Il passe au Portugal avec la complicité de deux douaniers portugais déguisés en bergers. Ils le conduisent chez le consul belge à Bragance le lendemain.

Le 14 décembre, le consul de Bragance le conduit en voiture à Porto, d'où il prend le train pour Lisbonne. Il y est hébergé par l'ambassadeur de Grande Bretagne jusqu'au 24 au soir. Il y devient un matelot britannique, rescapé du "Sunderland" qui a coulé au large des Açores. Le 25 décembre, il rencontre le représentant à Lisbonne du gouvernement belge à Londres, M. Motte, et Frédéric Dumon, délégué de la Sûreté de l'Etat à Lisbonne.

Le 28, il quitte Cintra en avion avec Frédéric Dumon et débarquent à Bristol à 15 heures. A 20 heures, Fernand Lepage, administrateur de la Sûreté et le capitaine Nicodème, son aide de camp, les accueillent à Victoria Station. Lepage l'emmène en voiture à Woking, dans l'Essex, où les Pierlot les attendent avec le ministre Gutt. La conversation se prolonge tard dans la nuit.

Le 1er janvier 1942, l'administrateur Lepage le présente au major Page (de son vrai nom Jempson), du War Office. Il lui remet le blaireau et son contenu : les horaires des convois ferroviaires allemands de la Pologne à l'Espagne pour trois mois. Ces documents avaient été volés en gare du Nord et remis en place la même nuit. Le 02 janvier, le papier pelure est remis au directeur de la banque belge à Londres, M. Donnet. Tout le capital anglais de Goffinet est disponible au profit de la Royal Air Force.

Le 03 janvier, sous le nom de "Brichamart", il rentre aux FBGB et rejoint les commandos britanniques. En février, il suit l'entraînement de parachutiste. En janvier, il voit fréquemment le major Page, les capitaines Langley et Conway et Mr Blackwood qui lui enseigne le chiffrement et les codes. C'est à la résidence de Spaak, dans Charles Street, qu'il accepte de retourner en Belgique. Sont présents : Pierlot, Spaak, Gutt, De Vleeschouwer, Lepage et Etienne Tayman, chef de cabinet de Pierlot.

La mission sera baptisée "Baldrick". Le départ est fixé à la prochaine lune, les radios signalent 24 à 40 cm de neige sur toute la Belgique. Cette mission "BALDRICK" est une mission d'Etat, consistant à communiquer la réponse du gouvernement belge de Londres à certaines personnalités. "Baldrick" doit ensuite communiquer par radio un rapport au sujet de chacun. En outre, il doit remettre des cristaux et des instructions au réseau Clarence pour leurs communications radio avec Londres.

En ce qui concerne Comète, "Baldrick" doit communiquer les suggestions de Londres et signaler qu'un poste leur sera livré prochainement pour coordonner l'action, et est chargé de moyens financiers à mettre régulièrement à disposition du service.

Waucquez doit encore prévenir William Ugeux de l'arrivée d'une radio et lui transmettre des instructions de coordination. Il doit aussi mettre des fonds à la disposition de la presse clandestine (Libre Belgique, Voix des Belges et De Vrijschutter). Il doit enfin demander à André De Staercke de rejoindre le gouvernement à Londres, ainsi qu'à Fernand Spaak, le fils du ministre des Affaires Etrangères, et arranger leur évasion.

Le major Jempson/Page désigne le sergent "Roll Bender" (il s'agit de l'agent belge René BRUAUX, qui apporte de l'argent pour les réseaux Luc et Zéro et pour "La Libre Belgique". Il fera une seconde mission plus tard) pour l'escorter.

Waucquez déclare être arrivé en Belgique le 03 mars 1942 (c'est en fait le dimanche 1er mars qu'il part de Ringway). De Reims, le pilote remonte au Nord ; par la trappe de sol, Waucquez voit Hirson, l'étang de Virelles, les tirs de traçantes depuis Maubeuge. Waucquez et "Roll Bender" devaient sauter entre Orchies et Saint-Amand-les-Eaux, au bois de Samain en forme de "U", mais atterrissent vers 22 heures au milieu d'une ferme le long de la Scarpe, à Marchiennes. Les fours à pain de la famille LEBLEU servent à brûler l'équipement de saut. "Roll Bender" et Waucquez vont ensuite prendre un train pour Lille à Orchies, le 02 au matin. Ils gagnent Tourcoing en tram et vont chez les demoiselles BERUDIER (fleuristes qui disparaîtront en camp de concentration). Le 03 mars, au soir, un tram leur fait rejoindre Tournai où ils prennent le train vers Bruxelles.

Le 04 mars, Waucquez rejoint Bruxelles. Son poste émetteur ira dans le coffre de la banque Solvay, porté par M. de Radiguès. Il fait part au baron Goffinet des décisions du gouvernement en cas de menaces sur la dynastie. Il remet les notes aux différentes personnes : Achille Van Acker, le cardinal Van Roey, le général Gérard, les colonels Adam et Bégault, les procureurs généraux Hayoit de Termicourt et Dallemagne, maître Braffort, les ministres Devèze et Tchoffen, le sénateur de la Barre d'Erquelinnes, messieurs Luc Boël, Galopin, Bemelmans, Pierre d'Ydewalle, Pierre Rieland et monseigneur van Zuylen. Les notes, sur papier pelure, une fois lues par leurs destinataires sont enfermées dans un bocal de confiture, enfoui sous un arbuste du parc du Cinquantenaire, du côté de l'avenue de Tervuren.

Le 06 mai 1942, Gérard Waucquez est arrêté à la rue Stévin à Bruxelles. La maison de Madame ROBERTS était devenue un centre de l'organisation, des réunions y étaient tenues, et un émetteur radio y était installé, manipulé sans résultat par des opérateurs qui avaient été parachutés sur la Belgique, les agents ARA Marcel LEFEVRE et Joseph VAN HOOF (joueur de football du F.C.Malines). Madame ROBERTS mit LEFEVRE en rapport avec Henri Michelli, car il devait rejoindre l'Angleterre. Heureusement pour lui, Frédéric DE JONGH, qui se cachait dans cette maison, était parti pour Paris six jours plus tôt.

Waucquez sera accusé de trafic de devises et condamné à trois mois de prison. Son père remet à Jean GREINDL 20.000 FB pour la ligne et 320.000 FB (pour sa libération). Alerté par Londres, le colonel Drummond, attaché militaire à l'ambassade de Grande-Bretagne à Madrid câble en clair : "faisons nécessaire pour libération Waucquez via d'Ursel Berne". Un plan d'évasion est organisé par Me ROBERTS-JONES, qui tente d'acheter un policier vénal (dirigeant la GFP). Le plan échoue.

Waucquez est déporté à Essen et condamné à mort comme ennemi du Grand Reich. Il est transféré en forteresse à Veckta (Westphalie) le 14 août, puis à la prison de Kaisem (Bavière). Il devait être exécuté par 12 minutes de chambre à gaz sur ordre de Kaltenbrünner, mais un bombardement détruit toutes les usines de gaz de Munich et de la région.

Dachau est libéré par les Américains en avril 1945 et Gérard Waucquez rentre à Liège le 13 mai.

Le bocal de confiture et les notes sont déterrés par le sous-officier de Carabiniers qui l'avait caché en 1942. Ces notes furent remises au Roi Léopold III en juin 1950, au château de Prégny à Genève.


Mot de remerciement dans le carnet de Jeanine De Greef à Anglet.


(c) Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters