Personne passée à une autre ligne d'évasion

Dernière mise à jour le 25 janvier 2017.

Earl J. WOLF Jr. / O-680356
402 W. Putman Street, Princeton, Illinois, USA
Né le 22 décembre 1921 dans l'Illinois / † le 29 février 1996 Indialantic, Floride, USA
2nd Lt, USAAF 306 Bomber Group 423 Bomber Squadron, copilote
Atterri près de Wavignies, à quelques km de Saint-Just-en-Chaussée, Oise, France.
Boeing B-17G-BO Flying Fortress N° série : 42-31388 (RD-A), abattu par la Flak et achevé par des chasseurs lors de la mission du 11 février 1944 sur Frankfurt.
Ecrasé dans un champ sur la commune de Campremy, près de Wavignies (Oise), au sud d’Amiens (Somme), France.
Durée : 5 semaines.
Evacué via la Bretagne et Shelburn

Informations complémentaires :

Rapport de perte d'équipage MACR 2527. Rapport d'évasion E&E 487 disponible en ligne.

Le B-17 décolle de Thurleigh vers 07h00. Touché par la Flak au-dessus de Frankfurt, l'appareil a de gros trous dans les ailes, sa queue est presque arrachée, du carburant s'échappe des réservoirs. L'intercom est hors d'usage et le pilote Dibetta donne l'ordre verbal d'évacuer l'avion. Le mitrailleur ventral S/Sgt James H. Coleman, atteint par un obus, est mort à son poste. La page 33 du MACR porte la mention manuscrite de ses nom et matricule sur la traduction d’un rapport allemand KU858 indiquant la découverte d’un corps de "pilote" trouvé en liaison avec la Forteresse de Sanders et Feilbach. Il y figure qu’il a été enterré au cimetière militaire de Beauvais-Marissel. Bien que dans leurs rapports, d’autres membres de l’équipage indiquent qu’il a été retrouvé près des débris du B-17 et enterré dignement par des civils français, il semble y avoir confusion, car Coleman figure toujours à la liste des Disparus et son nom est repris aux Tablettes des Disparus du Cimetière Américain des Ardennes à Neupré, près de Liège.

Trois hommes seront fait prisonniers, le navigateur Lt Raymond F. Feilbach, le bombardier Lt Jerroll E. Sanders (tous deux arrêtés dès leur arrivée au sol), le mitrailleur dorsal T/Sgt Fortunato V. Chiccarelli (blessé au bras, d’abord soigné, vraisemblablement par le docteur Édouard REDAUD de Clermont, mais obligé après deux jours, suite à une infection, d’être pris en charge par un hôpital à Beauvais où Bergeron ira le voir avant que les Allemands n’arrêtent son co-équipier).

Outre Earl Wolf, cinq autres parviendront à s'évader: le pilote Geno Di Betta, l'opérateur radio Clyde Hewitt, le mitrailleur gauche Guy Golden, le mitrailleur droit Leonard Bergeron et le mitrailleur arrière Eldo Weseloh.

Earl Wolf est le troisième à sauter, derrière Chiccarelli et Sanders. Il saute à 3300 m et n'ouvre son parachute qu'à 600 m du sol, faisant un atterrissage sans problème au milieu d'un champ. Ce qui lui paraît être l'entière population de la localité voisine vient à sa rencontre et l'aviateur pense qu'il sera arrêté. Il apprendra par la suite qu'il avait été pris pour un Allemand, vu ses cheveux rasés de près. Lorsqu'il montre "USA" sur son parachute, un homme le lui enlève des mains tandis qu'un autre le mène à une maison, suivi par la foule. Dans la liste de phrases de son kit d'évasion, il montre les termes "Je suis" et "Américain" et demande des vêtements civils. On lui en apporte pendant qu'il distribue des cigarettes américaines à l'entourage.

Quelques minutes plus tard, un homme arrive et à partir de ce moment là, son évasion est organisée. Son rapport d'évasion, qui est écrit à la main par son intervieweur est à peine déchiffrable. On y devine qu'il a rencontré le Lt Robert Lorenzi dans une maison à Saint-Just-en-Chaussée, puis, dans la même localité son pilote, le Lt Di Betta, à l'étage au-dessus d'un café, ce que confirme le rapport de Di Betta, plus lisible car dactylographié. La même nuit, les deux hommes sont conduits en voiture jusqu'à une maison où ils passent la nuit. Le lendemain, ils sont guidés vers Clermont, à une quinzaine de km au Sud de Saint-Just-en-Chaussée chez le Docteur Edouard REDAUD au 16 Rue d'Amiens, marié, 4 enfants dont le plus âgé a 12 ans, où ils logent environ 40 jours. Une petite fille les conduit ensuite dans un bureau de police ou à la Justice de Paix à Clermont où ils rencontrent Bergeron, Hewitt, Golden, Weseloh et d'autres évadés. Ces hommes sont emmenés en camion jusqu'à Vineuil-Saint-Firmin où Dibetta et Weseloh logent chez Louise GUYJER, qui était soit l'épouse, soit la secrétaire du maire.

Le rapport de Wolf mentionne qu'ils sont mis en présence d'Edmond BOURGE, de "Gabriel", 47 ans et de Mr "St HubertT", 48 ans (il s'agit ici en fait de Paul Gabriel PREBAY ou PRIRAY né à Sauvigny (Allier) le 29 avril 1883 et du 35 Avenue Baudoin à Deuil, Seine & Oise, et de Raymond STUBERT, qui avec son épouse cache Wolf et Bergeron chez eux à la Rue Henri Pauquet à Creil). A noter que les noms de Wolf et Bergeron sont bien repris dans le rapport d'activités Marathon/Comète d'Edmond BOURGE de Creil, qui les reçoit de M. Georges FLEURY et les remet à Jacky DU PAC (ce dernier étant le franco-canadien responsable de la sécurité de Shelburn Jacques DU PAC DE MARSOULIES, environ 1m70, cheveux foncés, récemment veuf, cité dans le rapport de Wolf, qui ne reprend pas son nom).

Wolf parle d'un transport en camion vers Creil où les hommes sont répartis à plusieurs endroits. Weseloh et Di Betta, d'abord, Hewitt, Golden et deux autres ensuite et finalement Wolf, Gabriel PREBAY/PRIRAY et un gendarme (le rapport d'activités d'Edmond BOURGE renseigne le nom du gendarme PERNET, de Chantilly). Le rapport de Lorenzi précise que Wolf et Bergeron ont été aidés et logés au n° 4 de la Rue de Condé à Montataire, près de Creil, dans la maison de Marie DOREZ (belle-mère d'Edmond BOURGE, époux de sa fille Geneviève) et ce doit donc être vers cet endroit que "Gabriel" avait guidé Wolf "vers une maison à 20 km au Sud de Creil".

Un soir, vers 22h00, arrive une dame italienne (Marguerite BIDEAUX alias 'Margot' épouse Guerino DI GIACOMO au 5 Rue Baudin à Levallois-Perret), propriétaire d'un café à Paris, qui lui prépare de faux papiers d'identité (elle aurait été "arrêtée huit jours plus tard" ? Wolf doit se tromper ici avec Andrée DONJON, célibataire fleuriste au 60 Rue de Bellechasse à Paris VIIe.) Wolf reste loger deux jours chez elle avant de retourner chez "Gabriel" où il reste pendant une semaine environ.

Il se confirme qu'Edmond BOURGE arrive un jour à moto pour mener Wolf à Creil où il reste donc chez Raymond STUBERT pendant trois semaines, en compagnie de Bergeron. Ils y rencontrent un homme venu de Paris et parlant l'anglais. L'homme, environ 35 ans, 1m70, cheveux noirs, yeux bruns (Gilbert THIBAULT), leur annonce que Wolf, Bergeron et le Lt Francis P. Hennesy (E&E 496), un "Bill" de la RAF, le T/Sgt Elmer D. Risch (E&E 498) et le Sgt Paul F. Dicken (E&E 500) partiront bientôt. Les plans sont contrariés, leur départ est ajourné et des rumeurs indiquent que la maison de STUBERT pourrait être visitée par la Gestapo. Le 17 mars, ces hommes sont évacués vers Villers-Saint-Paul (vraisemblablement par FLEURY, de Clermont) et ensuite confiés par Edmond BOURGE à un homme ("environ 35 ans, 1m65, cheveux roux") qui les conduit à Paris (Jacky DU PAC?).

A Paris, Wolf et Bergeron revoient Lorenzi, plus d'autres évadés, dont le Lt Paul Packer, le Lt Robert Costello et le Sgt Edward Sweeney. Ces hommes sont dispersés dans plusieurs maisons.

Un soir, Wolf, Costello, Packer, Lorenzi et Sweeney sont menés vers le métro et arrivent à une gare d'où ils prennent à 22 heures et demie un train en direction de Saint-Brieuc, accompagnés de deux français parlant un peu l'anglais, l'un d'entre eux, âgé de 24 ans, mesurant 1m80. Ils changent de train à Saint-Brieuc et atteignent une petite gare, d'où ils marchent pendant environ 8 km avant d'arriver à la maison d'un homme âgé. Le rapport de Wolf ne mentionne pas Bergeron comme ayant fait partie de ce voyage, mais on peut le supposer ou en tout cas penser que Bergeron a effectué un trajet similaire.

Les rapports de Lorenzi et de Packer sont plus détaillés et, bien qu'ils ne mentionnent pas nommément Wolf, il est certain qu'à partir du moment où le groupe d'aviateurs arrive à Saint-Brieuc, Wolf et Bergeron en font partie. Selon Packer, ils y ont effectivement changé de train. Restés seuls après que leur guide les ait quittés après leur avoir indiqué le wagon dans lequel ils devaient prendre place, les aviateurs sont mal à l'aise. D'autant plus que deux officiers allemands en uniforme et un civil entrent dans leur compartiment. Ils sont soulagés de les voir en sortir peu après et surpris de voir le civil revenir, fermant la portière derrière lui et leur demandant du feu en anglais. Il avait un paquet de cigarettes américaines Lucky Strike et Packer et Costello lui offrent du feu. L'homme, qui ne révèle pas son identité, leur pose alors des tas de questions, la conversation s'arrêtant sur son injonction de descendre à l'arrêt suivant. En les quittant, il déclare aux aviateurs qu'ils doivent suivre les autres passagers descendant du train en même temps qu'eux et que quelqu'un les attend à la gare. Ils descendent donc à la gare de Guingamp et suivent les autres voyageurs vers l'arrière du convoi bourré de soldats allemands, le dernier wagon étant une plate-forme supportant une batterie pivotante de quatre mitrailleuses rapides de 40 mm et dont les serveurs se contentent de les observer alors qu'ils se dirigent vers l'arrière de la gare.

Dans le hall principal, l'homme qui les attendait s'approche du groupe et les évadés sont répartis par la suite dans différents endroits. Nous ignorons comment Wolf et Bergeron y arrivent, mais ils se trouvent dans une ferme (celle de Kerjagu à Plouagat, selon Dominique Lecomte) où se trouve aussi Packer et qui pourrait bien être la bâtisse dont Lorenzi dit qu'il y a passé les nuits des 17 et 18 mars 1944. [La liste des Helpers français reprend M. LE SOMMIER à "Kerjades", Plouagat, Côtes du Nord…]

Comme pas mal d'autres évadés, Wolf, Bergeron et les autres sont entre les mains du réseau Shelburn, organisant des évacuations depuis les ports de Bretagne, d'autres réseaux, dont principalement Comète (qui préparait l'organisation Marathon de camps secrets), ayant de plus en plus difficile à en faire passer vers le Sud en direction de l'Espagne.

Le 19 mars, un message de la BBC annonce l'opération de nuit "Bonaparte IV" qui doit transporter des évadés vers l'Angleterre par canonnière anglaise (MGB - Motor Gun Boat). Vers 21 heures, Wolf et Bergeron se trouvent dans le groupe d'hommes conduits à Plouha dans le camion de François KERAMBRUN, garagiste à Guingamp. A leur descente du camion, deux groupes se forment et des hommes guident les évadés dans l'obscurité le long d'un sentier menant vers la plage, longeant une batterie de 88 mm allemande, évitant une patrouille ennemie. Les seize évadés arrivent finalement à la "maison d'Alphonse", à environ 1½ km de la falaise surplombant cette plage bretonne, chez les propriétaires Jean et Marie-Thérèse GICQUEL.

On explique aux évadés ce que va être cette dernière partie de leur évasion et on leur recommande la plus grande prudence et discrétion de manière à éviter de compromettre l'opération en quelque manière que ce soit. Tous descendent alors en file indienne vers la plage le long de sentiers étroits. La marche, pénible, dure environ 30 minutes et les hommes arrivent au sommet d'une falaise.

A l'heure dite, la canonnière MGB 503, commandée par le Lt Mike Marshall de la Royal Navy, apparaît au large et quatre canots, qui en sont descendus dans le plus grand silence, se dirigent vers la côte, guidés par des signaux lumineux depuis la falaise. Wolf, Bergeron, Hennesy, Costello, Lorenzi, Packer, Risch, Dicken, Sweeney et huit autres évadés montent à bord des canots qui rejoignent bientôt la canonnière, toute l'opération ayant pris environ douze minutes.

Le MGB 503 s'éloigne alors rapidement de la côte pour gagner la haute mer, tandis que les 17 évadés reçoivent à boire et se remettent un peu de leurs émotions. La mer est démontée et beaucoup seront malades durant la traversée, Lorenzi comparant les mouvements du bateau à son expérience dans les montagnes russes du Parc Natatorium de Spokane près de chez lui. La canonnière approche de Dartmouth à l'aube et les hommes peuvent monter sur le pont pour voir les côtes anglaises et apercevoir deux Spitfire dans le ciel, comme s'ils étaient venus leur souhaiter la bienvenue.

Earl Wolf arrive donc en Angleterre le 20 mars 1944 et y est interrogé le 22 par l'I.S. 9.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters